Dans de nouvelles révélations, les documents déclassifiés par la justice américaine autour de Jeffrey Epstein mettent en évidence les liens entre le pédocriminel et des figures politiques, notamment en France. En filigrane, ses relations avec le Maroc se précisent, l'ancien ministre français de la Culture Jack Lang lui ayant donné le prix d'une villa à Marrakech. Jeffrey Epstein / DR. ‹ › L'ancien ministre français de la Culture, Jack Lang, s'est exprimé mardi sur ses liens avec Jeffrey Epstein. Dans des déclarations exclusives à France Télévision, l'actuel président de l'Institut du monde arabe (IMA) a affirmé assumer ses rapports au financier américain, inculpé pour exploitation sexuelle de mineurs. C'est seulement au début du feuilleton judiciaire que le responsable politique français aurait pris connaissance de ces «crimes abominables». «Je suis tombé de l'armoire : comment cet homme si courtois, si charmant, si généreux, ait pu perpétrer de pareilles abominations ? Nous avons coupé court avec lui tout aussitôt», a-t-il dit sur le 20 heures de France 2. Dans les documents déclassifiés par la justice américaine et consultables sur le site ouvert par les autorités sur ce dossier, le nom de Jack Lang revient 685 fois. En 2019, il a invité Jeffrey Epstein aux 30 ans de la Pyramide du Louvre. Il lui a aussi proposé un projet de film, en partenariat avec le journaliste et documentariste Serge Moati. Invité sur RTL ce mercredi, Jack Lang a reconnu avoir rencontré Epstein en 2010 à travers le réalisateur et scénariste américain Woody Allen. «Je ne l'ai pas connu comme prédateur sexuel», a affirmé le responsable français. Seulement, le mis en cause a déjà été condamné en 2008, ce que Lang dit ne pas avoir su, dans le temps. A Paris, le financier américain a été un habitué de l'hôtel Bristol. Plus tard, il achète un hôtel particulier où il a reçu des mineures, ainsi que des invités pour des dîners mondains. Le 6 juillet 2019, il a été arrêté à New York par le FBI. Retrouvé mort dans sa cellule d'une prison de Manhattan le 10 août de la même année, il s'est suicidé par pendaison, selon les résultats de l'autopsie. Des échanges qui confirment l'intérêt d'Epstein pour le Maroc Dans les correspondances échangées avec Jack Lang, ce dernier donne par ailleurs le prix d'une villa vendue par une relation à Marrakech : 5,4 millions d'euros (540 millions de dirhams). Aujourd'hui, le responsable français dit seulement avoir «mis en relation» un acheteur et un vendeur, tout en affirmant n'avoir «jamais vu» cette maison. «Je rends service à des amis, c'est tout», a-t-il déclaré à France 2. Toujours est-il que ces correspondances montrent une certaine proximité entre les deux hommes. Elles vont également dans le sens des révélations sur l'intérêt de Jeffrey Epstein pour un pied à terre au Maroc, bien avant son arrestation et son inculpation en 2019. En 2013, un mail a déjà mentionné le «marché très limité des propriétés ultra-luxueuses» de Marrakech. Le financier américain a porté son intérêt également sur Bin Ennakhil, dans la Palmeraie de la cité ocre. Considérant le prix de 50 millions d'euros comme «exorbitant», Epstein a demandé des comparables. Dans ce sillage, Jack Lang affirme pour sa part n'avoir tiré aucun avantage de la villa à 5,4 millions d'euros évoquée avec le financier américain. «Je n'ai jamais vu la maison. Le document, je ne l'ai probablement pas lu (…) Vous l'imaginez bien, je n'ai jamais reçu un seul centime de lui, pas plus de ma fille, Caroline», a insisté le président de l'IMA. Jeffrey Epstein a failli acheter un palais à Marrakech avant son arrestation Caroline Lang s'exprime sur ses liens avec Epstein Dans la suite de ces déclarations, Caroline Lang s'est exprimée également sur France 2, Jeffrey Esptein ayant été l'un de ses anciens associés. En 2016, ils ont tous les deux créé la société de mécénat Prytanee, basée dans les Îles vierges américaines. Dans son testament, Epstein décide de verser 5 millions de dollars à sa partenaire en affaires. À la télévision française, elle dit ne pas avoir touché cette somme. «Je n'en avais jamais entendu parler. Je n'avais jamais vu ce document, je n'ai jamais été saisie par la justice américaine ou par un avocat m'informant de ce testament», a déclaré Caroline Lang. À la veille de sa sortie télévisée et à la suite de révélations de Mediapart sur ses liens financiers avec le criminel sexuel, elle a annoncé sa démission de son poste de déléguée générale du Syndicat de la production indépendante (SPI). Selon elle, le souci est de ne pas «fragiliser» l'institution. Mais en France, ces liens ne se limitent pas à la famille Lang. Les noms de plusieurs autres personnalités politiques apparaissent dans les documents. En 2018, Steve Banon a demandé des financements à Jeffrey Epstein pour le Rassemblement national (RN), après une rencontre avec Louis Aliot, alors mari de Marine Le Pen. L'ex-conseiller diplomatique de Nicolas Sarkozy, Olivier Colom, s'avère pour sa part avoir échangé des mails inappropriés et racistes avec le mis en cause.