La Commission de l'Union africaine et le Royaume-Uni prévoient de tenir une réunion stratégique de haut niveau à Londres dans les semaines à venir. Cette initiative vise à consolider le partenariat afro-britannique tout en soutenant le multilatéralisme et l'ordre international. L'annonce fait suite aux entretiens, au siège de l'Union à Addis-Abeba, entre le président de la Commission de l'UA, Mahmoud Ali Youssouf, et la ministre britannique des Affaires étrangères, du Commonwealth et du Développement, Yvette Cooper. Les deux responsables ont souligné l'urgence de porter la coopération bilatérale à un niveau d'efficacité et de durabilité supérieur, condition sine qua non de la stabilité et du développement du continent. La préparation de ce rendez-vous risque de raviver les débats autour de la participation du Front Polisario, un scénario déjà observé lors de précédents sommets entre l'UA et ses partenaires internationaux. En cause : les manœuvres de l'Algérie et de ses alliés, l'Afrique du Sud en tête, visant à imposer la présence du mouvement séparatiste. Ces tentatives devraient toutefois se heurter à l'opposition de la majorité des États africains ainsi qu'à celle de Londres, le Polisario ne bénéficiant d'aucune reconnaissance internationale. Cette posture s'inscrit d'ailleurs dans une dynamique continentale de plus en plus favorable à la souveraineté marocaine sur ses provinces du Sud, rejointe par la position britannique qui considère le plan d'autonomie sous souveraineté marocaine comme une solution réaliste. Cette réunion de haut niveau se tient dans un contexte marqué par des évolutions majeures du dossier, notamment l'adoption par le Conseil de sécurité de l'ONU de la résolution 2797. Celle-ci consacre l'initiative d'autonomie comme unique base de règlement politique, confortant ainsi les voix opposées à toute participation du Polisario à ce dialogue afro-britannique. Pour Mohamed El Ghaith Maainine, vice-président du Centre marocain pour la diplomatie parallèle et le dialogue des civilisations, cette rencontre intervient à un moment où la scène internationale ne tolère plus la « neutralité grise » sur les enjeux de stabilité régionale. « Les mutations actuelles imposent une clarté accrue des positions internationales », analyse-t-il. Interrogé par Hespress, Maainine explique que la reconnaissance explicite par les États-Unis de la souveraineté du Maroc sur son Sahara, couplée aux acquis diplomatiques de la résolution 2797, a ouvert une nouvelle ère : celle de l'alignement progressif des pays d'Europe occidentale sur la voie tracée par l'ONU. Selon l'expert, le Royaume-Uni ne peut aller à contre-courant de cette tendance internationale et européenne, d'autant que la diplomatie britannique, à l'image de celle du vieux continent, s'appuie traditionnellement sur les résolutions onusiennes pour le respect du droit international. Cette dynamique se reflète également au sein de l'Union européenne, précise-t-il, citant pour preuve le communiqué conjoint du Conseil d'association avec le Maroc et les échecs répétés des séparatistes à exclure les provinces du Sud des accords commerciaux européens. L'analyste estime que Londres et les capitales européennes cherchent désormais moins des postures symboliques que des partenaires solides, capables d'assurer la continuité dans un environnement international instable. « Le Maroc s'impose comme un choix stratégique naturel. Soutenir sa souveraineté et son plan d'autonomie relève autant du pragmatisme sécuritaire que du respect de la légalité internationale », souligne-t-il. Najib Tannan, président du Centre méditerranéen des droits de l'homme, observe quant à lui une fracture au sein de la Commission de l'UA. D'un côté, une majorité d'États favorables au Maroc ; de l'autre, un courant mené par Alger et Pretoria tentant d'imposer le Polisario dans les partenariats internationaux. Dans sa déclaration à Hespress, M. Tannan note que l'axe algéro-sud-africain cherche à présenter le front séparatiste comme une entité à part entière, notamment dans les accords économiques, en dépit de l'absence totale de fondement juridique ou de reconnaissance internationale. L'expert rappelle que les précédentes réunions stratégiques de l'UA avec ses partenaires mondiaux n'ont jamais abouti à des accords incluant le Polisario, malgré d'intenses pressions. « La position britannique s'aligne clairement sur les résolutions du Conseil de sécurité, et notamment la 2797, qui fait de l'initiative marocaine d'autonomie la seule solution réaliste et pratique », ajoute-t-il. Pour conclure, Najib Tannan estime que l'agitation algérienne vise uniquement à offrir une visibilité symbolique au mouvement séparatiste à des fins de consommation interne, tentant ainsi de sauver la face d'une politique étrangère mise à mal par les succès diplomatiques du Maroc sur la scène internationale.