En quelques jours d'intempéries, l'accès aux carburants s'est compliqué et les stations ont dû rationner. L'épisode ravive une question centrale : quelle sécurité d'approvisionnement réelle et avec quels stocks ? Alors que les opérations reprennent progressivement, la controverse sur les stocks stratégiques et la souveraineté énergétique revient sur le devant de la scène. Par les temps qui courent, remplir son réservoir relève du parcours du combattant. Dans plusieurs villes, les réserves des stations-service restent désespérément vides. Et si d'aventure une station est approvisionnée, le carburant est parfois servi avec parcimonie. En cause, une perturbation de l'approvisionnement liée aux intempéries. ces dernières ont entraîné la fermeture temporaire de ports et retardé des livraisons. Pour éviter que les cuves ne se vident en quelques heures, un système de quota s'est imposé, avec un plafond par véhicule. La rumeur d'une pénurie s'est propagée comme une traînée de poudre, alimentant l'inquiétude des automobilistes. Le signal est remonté jusqu'au Parlement. Dans une question écrite adressée à la ministre de la Transition énergétique et du Développement durable, la Fédération de la gauche démocratique (FGD) demande des clarifications sur «la situation réelle des stocks effectifs de gasoil, d'essence et de butane», ainsi que sur les mesures prévues pour limiter une fragilisation de l'approvisionnement. Les députés mettent en cause une dépendance accrue aux importations nettes et relancent, en filigrane, un débat récurrent depuis l'arrêt de la raffinerie Samir : celui de la souveraineté énergétique et du niveau de stock stratégique réellement disponible. À leurs yeux, une remise en marche du site, ou, à défaut, une réponse structurée à la question du raffinage, renforcerait la sécurité d'approvisionnement et pourrait contribuer à contenir les prix, dans un marché libéralisé où la concurrence est souvent jugée insuffisante. Une question de stocks Le fait est que les perturbations météorologiques qui balaient la façade atlantique depuis plusieurs jours ont compliqué l'accès des navires pétroliers aux ports de déchargement. Ceux de Jorf Lasfar et Mohammedia, points névralgiques du dispositif d'importation et de distribution d'hydrocarbure, ont été affectés, selon plusieurs acteurs du secteur. À mesure que la houle se renforce, l'attente en rade se prolonge et, mécaniquement, les volumes destinés aux dépôts puis aux stations se raréfient. Sur le terrain, cela se traduit par des livraisons plus faibles ou plus tardives dans certaines stations. Pour des professionnels, l'épisode actuel révèle surtout une vulnérabilité structurelle plutôt qu'un simple accident climatique. «Le problème dure depuis très longtemps», résume l'un d'eux, pointant un défaut de protection des ports face à la houle. Mohammedia en particulier décrit comme un site essentiel pour le transit et le stockage, reste cependant insuffisamment abrité. Les opérateurs réclameraient depuis des années une digue, ou des aménagements capables de limiter l'entrée de la houle dans l'enceinte portuaire. Faute de protection, les navires préfèrent attendre au large, avec un effet immédiat sur les stocks disponibles. «Les compagnies pétrolières ont passé leurs commandes habituelles, mais elles ne peuvent pas y accéder», explique un expert en énergie ayant requis l'anonymat. Entre-temps, les volumes déjà présents dans les dépôts s'amenuisent au fil des jours. Dans le même temps, la référence au stock de 60 jours, régulièrement invoquée dans le débat public, revient sur le devant de la scène. Or la question de savoir qui finance et supporte le coût du stockage, et selon quelles obligations demeure en suspens. Le mutisme du département de tutelle ne fait qu'accentuer les préoccupations. «Le stock stratégique n'est pas respecté. De plus, il est difficile d'obtenir des chiffres. Ni le ministère ni les sociétés ne communiquent des données suffisamment transparentes pour dissiper les rumeurs», avance un professionnel. Un répit attendu D'après Mohamed El Jaouadi, président de l'association marocaine des armateurs, les navires pétroliers n'ont pu accoster ni à Mohammedia ni à Jorf LAsfar pendant environ deux semaines. Une reprise timide des opérations à Jorf Lasfar aurait toutefois commencé depuis quelques jours, au prix de moyens importants et avec un niveau de risque élevé pour maintenir les navires pétroliers à quai lorsque les conditions se dégradent. L'impact, prévient-il, pourrait se faire sentir encore quelque temps, avec «une petite semaine » de chamboulement, mais sans pour autant basculer dans une pénurie totale. Par ailleurs, plusieurs acteurs s'accordent sur un point crucial, celui de l'infrastructure. Des travaux de réhabilitation et de protection des ports concernés sont jugés indispensables pour renforcer la sécurité des opérations et limiter la répétition des épisodes tels que celui en cours. C'est une forme d'urgence qui s'impose. Dans l'immédiat, l'évolution dépendra d'un facteur que ni les distributeurs, ni les armateurs, ni le ministère ne contrôlent : la météo. Si l'accalmie annoncée dans les prochains jours se confirme, les navires en attente pourront décharger plus régulièrement, les dépôts se remplir, et les stations retrouver un rythme normal de ravitaillement. Maryem Ouazzani / Les Inspirations ECO