Des sources bien informées ont révélé à Hespress que la Direction Générale des Impôts (DGI) et l'Office des Changes ont placé sous haute surveillance des voyages de « Omra de luxe ». Cette mesure fait suite à la réception de rapports signalant des dépenses suspectes liées à des prestations VIP (hébergement, transport, restauration), dont les montants dépassent largement les dotations autorisées et impliquent des hommes d'affaires, des entrepreneurs et des promoteurs immobiliers. Ces mêmes sources font état d'une intensification des échanges de données entre les contrôleurs fiscaux et ceux de l'Office des Changes. L'objectif est de passer au crible la situation fiscale de pèlerins ciblés, en recoupant leurs identités avec les Identifiants Communs de l'Entreprise (ICE) de leurs sociétés. Cette procédure, conforme au Code Général des Impôts, vise à tracer les flux financiers massifs manipulés durant leur séjour aux Lieux Saints, particulièrement lors de la Omra du Ramadan. Les investigations se concentrent principalement sur les dépenses de grands patrons et de promoteurs immobiliers, majoritairement casablancais, habitués de ces voyages ces dernières années. Les autorités s'intéressent également à l'implication présumée de responsables d'agences de voyages qui auraient facilité la fuite de capitaux contre commissions, s'appuyant sur un réseau de relations en Arabie saoudite. Ces soupçons ont été étayés par la détection, lors de précédents voyages, de dépenses excédant le plafond légal des transferts et en contradiction flagrante avec la situation financière des bénéficiaires. Selon les informations recueillies par le journal, ces voyages fastueux se sont mués en véritables carrefours d'affaires. Ils offriraient l'occasion de régler des litiges financiers ou judiciaires grâce à l'entremise d'intermédiaires présents sur place. Plus encore, certains « grands pèlerins » profiteraient de ces séjours pour échapper temporairement à leurs créanciers, le temps de mobiliser de nouveaux financements à l'étranger avant de relancer leurs activités. Pour rappel, la Circulaire Générale des Opérations de Change pour l'année 2026, entrée en vigueur en janvier dernier, a pourtant relevé le plafond de la dotation pour voyages personnels. Le montant de base est passé de 400 000 à 500 000 dirhams, avec une majoration possible équivalente à 30 % de l'impôt sur le revenu payé. Malgré cet assouplissement, les billets en « Business Class » et les factures d'hôtels sept étoiles ont renforcé les doutes des contrôleurs quant à la sincérité de certains contribuables lors de leurs transferts de fonds. Ces pratiques interviennent alors que plusieurs d'entre eux sont déjà visés par des procédures pour fraude fiscale, ayant conduit à des redressements et des saisies. Enfin, les missions d'audit conjoint ont exploité des données issues de précédents contrôles où des pèlerins tentaient de justifier leurs dépenses excessives par des prêts contractés auprès de proches résidant sur place. Des justifications rejetées par les services de contrôle, qui ont confronté les intéressés à la nature ostentatoire de leurs achats : montres de luxe, bijoux en or, parfums onéreux et articles de haute couture.