Alors que le Maroc se prépare à coorganiser la Coupe du monde 2030, la presse espagnole observe avec attention la stratégie de la Royal Air Maroc. Le journal ABC souligne que Casablanca est en passe de devenir un hub intercontinental capable de rivaliser avec les plateformes européennes, comme Madrid-Barajas, pour les flux entre l'Afrique et l'Amérique. À l'approche de la Coupe du monde 2030, que le Maroc, l'Espagne et le Portugal coorganiseront, la montée en puissance de Royal Air Maroc retient particulièrement l'attention en Espagne. Le quotidien ABC décrit l'ambition du royaume de faire de Casablanca un hub intercontinental et anticipe une concurrence future avec l'aéroport de Madrid-Barajas. À Madrid, le projet marocain ne passe pas inaperçu. Dans un article paru dans sa livraison du 18 février, le quotidien conservateur ABC consacre un long papier à la stratégie de développement de Royal Air Maroc (RAM), présentée comme un levier central de la transformation économique du Royaume à l'horizon 2037. Le journal espagnol met en avant un objectif structurant : porter la flotte nationale à 200 avions et étendre le réseau à 150 destinations à travers le monde. ABC souligne que cette montée en puissance s'inscrit dans un contrat-programme signé entre la compagnie et l'État marocain pour la période 2023-2037. L'enjeu dépasse, selon le journal, le simple développement commercial. Il s'agit de capitaliser sur la position géographique de Casablanca pour en faire une plateforme de correspondance entre l'Afrique, l'Europe et les Amériques. Le quotidien cite Amine El Farissi, vice-président de RAM, qui qualifie l'aéroport Mohammed V de « hub naturel », situé à la croisée des flux Nord-Sud et Est-Ouest. C'est dans ce contexte que le média madrilène introduit la notion de rivalité avec Madrid-Barajas. ABC relève que l'extension de l'aéroport de Casablanca, intégrée aux grands chantiers d'infrastructures liés au Mondial 2030, aura pour effet de doubler sa capacité, passant de 15 à 30 millions de passagers, grâce à un investissement estimé à 1,4 milliard d'euros. Une progression qui placerait la capitale économique marocaine dans la compétition des grandes plateformes de transit euro-africaines, segment où Madrid s'est historiquement imposée comme porte d'entrée privilégiée vers l'Amérique latine. Le quotidien insiste également sur l'offensive transatlantique de RAM. La compagnie dessert déjà Miami, Washington et New York, prévoit une liaison vers Los Angeles et envisage Boston ainsi que Toronto. En Amérique latine, elle opère vers São Paulo et projette d'élargir son empreinte. Pour ABC, cette stratégie vise à capter une partie des flux entre l'Afrique et le continent américain, aujourd'hui largement structurés autour des hubs européens, dont celui de la capitale espagnole. Enfin, le journal rappelle que Royal Air Maroc prévoit de quadrupler sa flotte actuelle via un appel d'offres susceptible d'impliquer Boeing et Airbus. Vu d'Espagne, ce plan ne relève pas d'un simple rattrapage sectoriel mais d'un repositionnement stratégique à long terme, adossé à l'État marocain et accéléré par l'effet vitrine du Mondial 2030, dans un contexte de recomposition des équilibres aériens en Méditerranée occidentale.