Face à l'ampleur d'une affaire judiciaire aux ramifications internationales, l'ONG marocaine Touche Pas à Mon Enfant a lancé un appel pressant à témoins, invitant victimes et personnes disposant d'informations à se manifester sans délai. Cette mobilisation intervient alors que la justice française enquête sur Jacques Leveugle, un ressortissant français de 79 ans, mis en examen et incarcéré pour des faits présumés de viols et agressions sexuelles sur mineurs. Selon les éléments communiqués par le procureur de la République de Grenoble, Étienne Manteaux, l'homme aurait agressé au moins 89 garçons âgés de 13 à 17 ans, entre 1967 et 2022, dans pas moins de huit pays. L'enquête s'appuie notamment sur des écrits et fichiers numériques laissés par le mis en cause, dans lesquels il évoque des « rapports sexuels » avec des mineurs. Ces documents, compilés sur des supports numériques, ont permis de retracer des faits s'étalant sur plus d'un demi-siècle. Les investigations ont également révélé que Jacques Leveugle a voyagé dans plusieurs pays : Algérie, Niger, Philippines, Inde, Suisse, Allemagne, Nouvelle-Calédonie, Colombie, mais aussi le Maroc, où il participait à des activités éducatives et à l'encadrement de jeunes, facilitant ainsi son accès à ses victimes. Par ailleurs, l'accusé a reconnu avoir tué sa mère en 1974 et sa tante en 1992, deux faits qui font l'objet d'une enquête distincte. Lors d'une conférence de presse, le procureur Étienne Manteaux a insisté sur l'urgence d'identifier d'éventuelles victimes supplémentaires, certaines n'ayant pu être localisées en raison de l'ancienneté des faits et du manque d'informations précises. Une partie importante des victimes serait française, mais d'autres pourraient se trouver à l'étranger, notamment dans les pays où le suspect a séjourné. Cet homme, qui avait une « vraie aura » et beaucoup de « charisme », approchait des familles modestes « avec bienveillance », relève Étienne Manteaux. Et de souligner que les mineurs entendus ont expliqué que Jacques Leveugle passait « beaucoup de temps » à leur apprendre les langues étrangères ou à les éveiller à l'architecture. Dans ce contexte, l'ONG Touche Pas à Mon Enfant (TPAME) appelle toute victime potentielle, tout témoin direct ou indirect, ou toute personne disposant d'informations utiles, à entrer en contact avec ses équipes. L'organisation garantit une confidentialité totale, la protection de l'identité des témoins ainsi qu'un accompagnement psychologique et juridique si nécessaire. Sa présidente, Najat Anwar, insiste sur l'importance de cette démarche : « Le silence ne protège pas la société. Il permet à l'agresseur d'échapper à ses responsabilités. Témoigner est un acte de courage essentiel pour rendre justice aux victimes. » Au-delà du cadre judiciaire, cette affaire soulève une nouvelle fois la question de la protection des mineurs et du rôle de la société civile dans la libération de la parole. TPAME rappelle que chaque témoignage, même partiel, peut contribuer à faire éclater la vérité et à éviter que de telles violences ne restent impunies.