La confrontation entre Washington, Tel-Aviv et Téhéran autour du dossier nucléaire iranien ouvre une séquence particulièrement sensible au Proche-Orient. Pour Abbas Louardi, universitaire et politologue, ces évolutions dépassent le seul face-à-face américano-iranien et exposent directement les pays du Golfe, alliés stratégiques du Maroc, à un risque de déstabilisation majeure. La nouvelle escalade militaire opposant les États-Unis et Israël à l'Iran marque, selon Abbas Louardi, un tournant dans la gestion du dossier nucléaire iranien. Cette confrontation, inscrite dans une rivalité structurelle ancienne, traduit aujourd'hui une volonté américaine de « clore définitivement » une question jugée centrale pour la sécurité régionale et internationale. En toile de fond, la suspicion persistante d'un programme nucléaire iranien à finalité non exclusivement civile continue d'alimenter tensions et démonstrations de force. Pour le politologue, la confrontation actuelle installe un climat d'alerte généralisée au Proche-Orient. « Je ne légitime ni la guerre ni les attaques », insiste-t-il, tout en rappelant que le respect du droit international demeure une ligne rouge intangible. À ses yeux, nul État ne peut s'affranchir des règles régissant la souveraineté et l'intégrité territoriale, quels que soient les rapports de force en présence. Souveraineté du Golfe et droit international en ligne de fracture L'un des points centraux de l'analyse d'Abbas Louardi livrée à Hespress Fr concerne la situation des pays du Golfe. Le Qatar, le Bahreïn, l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis se retrouvent dans une position particulièrement délicate. Toute frappe visant des installations situées sur leurs territoires, incluant des infrastructures militaires américaines, constitue à ses yeux une atteinte directe à leur souveraineté. Le politologue rejette fermement l'argument selon lequel la présence de bases américaines pourrait justifier des attaques iraniennes sur le sol de ces États. En droit international public, la souveraineté est pleine et entière ; elle ne saurait être relativisée par des alliances stratégiques. Cibler des intérêts américains implantés dans un pays tiers revient de facto à violer l'intégrité territoriale de cet État. « Cela n'a aucun statut légitime », tranche-t-il. Il décrit ainsi une dynamique de guerre marquée par des violations répétées des principes fondamentaux du droit international, notamment la non-ingérence et le respect de la souveraineté. La persistance des frappes et des contre-attaques menace directement la stabilité d'un espace qu'il qualifie de « pare-choc » géopolitique et sécuritaire pour l'ensemble de la région. À cette dimension externe s'ajoute, selon lui, une fragilité interne en Iran. Les tensions régionales interviennent dans un contexte où une partie de la société iranienne exprime depuis des années des revendications liées aux libertés publiques, à l'emploi, à la santé et aux conditions de vie. La disparition d'une figure centrale du régime, telle qu'Ali Khamenei, si elle était confirmée, pourrait amplifier ces dynamiques internes et reconfigurer l'équilibre politique du pays. Le Maroc et la logique de solidarité stratégique Dans ce contexte tendu, Abbas Louardi met en avant la position constante du Maroc. Rabat fonde sa diplomatie sur le respect du droit international et la défense de la souveraineté des États. Les relations étroites liant le Royaume aux États du Golfe reposent, selon lui, sur un principe de solidarité assumée : la sécurité de ces pays est considérée comme indissociable de celle du Maroc. Les prises de position officielles intervenues après les frappes visant des territoires du Golfe traduisent cette ligne. Le Maroc condamne toute atteinte à la souveraineté de ces États et réaffirme son soutien à leur stabilité. Cette posture s'inscrit dans une logique de réciprocité, les pays du Golfe ayant à plusieurs reprises exprimé leur appui à l'intégrité territoriale du Royaume. Face à une région qu'il juge profondément fragilisée, le politologue estime que la poursuite de telles actions pourrait conduire les États du Golfe à revoir leur attitude à l'égard de Téhéran si les atteintes à leur souveraineté se multiplient. Dans un espace stratégique qui structure une part essentielle de l'équilibre régional, toute escalade prolongée risque d'entraîner des conséquences durables sur la paix et la sécurité au Proche-Orient.