Frappée par les inondations en décembre 2025 avec un lourd bilan humain et matériel, la ville de Safi s'est orientée vers la reconstruction et la reprise des activités. Si le chantier concerne principalement les infrastructures, les habitats et les commerces impactés, des acteurs locaux agissent pour que le patrimoine de la ville soit inclus à ce projet d'envergure. La ville de Safi / Ph. Visit Morocco ‹ › Avec au moins 37 morts et 14 blessés, Safi panse ses plaies depuis les inondations du 14 décembre 2025, qui ont fait le plus lourd bilan ce type de catastrophes naturelles au Maroc, durant la dernière décennie. Deux mois plus tard, autorités locales et acteurs de la société civile convergent les initiatives, pour une vision plus élargie de la reconstruction. Si la priorité porte sur les infrastructures, les habitats et les commerces, le riche patrimoine de la ville n'est pas en reste. En effet, des initiatives sont en réflexion pour revaloriser ce leg de la cité, comme le confirme à Yabiladi Mohamed Mennis, président de l'association Mémoire de Safi. Contacté par notre rédaction, il souligne que parmi les propositions figurent la réhabilitation de la maison de l'enfance de l'écrivain marocain Edmond Amran El Maleh (1917 – 2010), ou encore celle de l'emblématique église construite vers 1519, symbole de l'histoire du XVIe siècle de la ville. La maison d'Edmond Amran El Maleh et l'église Depuis quelque temps, l'idée est de classer ce bâtiment au patrimoine de la ville. Mohamed Mennis met en avant «la grande symbolique du lieu, en tant que témoin des brèves années passées de l'auteur défunt dans sa ville natale, qu'il a quittée pour rester plus longtemps à Essaouira». A cet effet, l'association a «entrepris des contacts avec les ayant droit et la famille de l'auteur, au Canada, pour en savoir plus sur les voies administratives possibles». La maison d'enfance d'Edmond Amran El Maleh à Safi / DR «Avec les projets de reconstructions et de rénovation de la ville, à la suite des inondations de décembre 2025, nous avons voulu relancer l'initiative et faire en sorte qu'elle fasse partie intégrante de ce grand chantier, au même titre que certains autres bâtiment hautement symboliques de la ville, d'autant que cette maison est en effritement depuis longtemps et qu'elle sert de squat.» Mohamed Mennis Pour le président de l'association Mémoire de Safi, la douleur des inondations et le deuil en raison des pertes humaines sont autant de défis qui «doivent donner naissance à une nouvelle vie de la ville : celle de la reconstruction à grande échelle qui préserve la dignité humaine, avec une dimension patrimoniale». FIFM 2024 : Simone Bitton rend à Edmond Amran Elmaleh ses lettres de noblesse [Interview] Selon Mennis, c'est «une occasion aussi pour revaloriser l'église de la ville». «Nous avons déjà négocié avec l'ambassade d'Espagne pour acquérir cet édifice et en faire un Centre de recherches et d'études sur Safi», nous déclare-t-il. Dans ce sens, il rappelle la symbolique de cet édifice historique également squatté. Un projet de convention a été acté et 90 000 DH ont été rassemblés. Pour mener à bien ces initiatives, l'organisation compte non seulement sur la société civile et les autorités locales, mais aussi sur la Direction de la culture à Safi. «Nous sommes en contact permanent et le département nous accompagne dans toutes nos démarches», nous dit le président de l'association, ajoutant que «les gouverneurs de la province et de la région sont également informés». Une revalorisation élargie du patrimoine de Safi Ces initiatives ont été remises en lumière à l'occasion d'une récente journée d'étude, qui a porté sur «la réussite de la restauration, de la réhabilitation et de la valorisation du patrimoine architectural de la vieille ville de Safi». La rencontre a réuni les spécialistes et les intervenants de 19 villes historiques, afin de d'échanger sur les bonnes pratiques et sur l'intérêt d'inclure cette dimension aux chantiers de reconstruction. Selon les intervenants, «le programme de réhabilitation les zones touchées par les inondations a un impact positif sur la ville, notamment pour préserver le patrimoine architectural de la vieille ville et son influence culturelle, en tant que moteur du développement économique, social et touristique». C'est ainsi qu'à l'initiative de Mémoire de Safi et de la Coalition pour la mémoire du Maroc, le 14 février dernier à la Cité de la culture et des arts de Safi, les spécialistes ont levé plusieurs recommandations. Dans ce sens, ils ont appelé «les acteurs publics et privés à garantir la préservation de l'identité architecturale de la vieille ville et à faire appel à des experts et ingénieurs spécialisés dans la réhabilitation des sites patrimoniaux». Les participants et les organisateurs plaident aussi pour «la valorisation du patrimoine matériel et immatériel de la vieille ville, en veillant à l'achèvement du classement de ses monuments historiques et en réaffectant les bâtiments patrimoniaux et les espaces urbains au développement culturel, touristique et économique». Par ailleurs, ils préconisent de «valoriser le riche patrimoine culturel, historique et civilisationnel de la vieille ville de Safi, en créant de nouvelles perspectives de développement local qui intègrent ses habitants au circuit économique, notamment par la revitalisation des métiers et artisanats traditionnels, essentiels au patrimoine immatériel de la ville». Par la même occasion, ils ont appelé à «intensifier les efforts d'inventaire et de documentation de toutes les représentations du patrimoine immatériel», en plus d'«institutionnalise les relations entre la société civile et les parties prenantes du patrimoine par la création de la 'Fondation de la Vieille Ville'». Pensée comme un «mécanisme consultatif», cette entité devrait contribuer à «la gestion efficace des interventions publiques et communautaires» dans la vieille ville de Safi. Les recommandations ont porté aussi sur «le relogement des groupes vulnérables vivant dans des bâtiments insalubres dans le cadre de la politique de la ville, grâce à des programmes qui préservent la dignité des citoyens».