La Belgique prévoit des investissements et l'extension de sa couverture consulaire au Sahara marocain    CMGP augmente son chiffre d'affaires consolidé de 25,6 % en 2025    Guerre au Moyen-Orient : Un Marocain raconte sa frayeur en plein vol pour la Omra    Alerta meteorológica: Se esperan nieve, tormentas y fuertes vientos en varias regiones de Marruecos    Conflit Iran-USA : trois avions américains abattus « par erreur » par le Koweït    Jet Contractors : le chiffre d'affaires consolidé augmente de 17,3 % en 2025    CESE : le Conseil renouvelle son bureau et adopte un avis sur la protection de l'enfance    Mehdi Ezzouate : "Le marché marocain a du potentiel, mais il reste encore en phase de maturation"    Frappes contre l'Iran: Le baril de pétrole à plus de 80 dollars    Le cinéma chinois démarre en force en 2026 : des recettes dépassant 1,44 milliard de dollars    Revue de presse de ce lundi 2 mars 2026    Samsung étend son pari sur l'IA au MWC 2026 avec un écosystème entièrement repensé    ChatGPT devient le nouvel allié du Pentagone après le refus d'Anthropic    Escalade USA–Iran : le Golfe sous tension    Sahara marocain : La Finlande salue le leadership Royal et soutient le Plan d'autonomie    Frappes iraniennes : la France envisage un soutien militaire aux États du Golfe et à la Jordanie    Dakar et Abidjan accélèrent leur intégration stratégique    L'Iran annonce une attaque de missiles visant Tel-Aviv, Haïfa et Jérusalem-Est    L'Iran affirme avoir visé le bureau de Netanyahu, des rumeurs d'assassinat démenties    Racisme en Espagne : La FRMF exprime sa solidarité avec Omar El Hilali    Brahim Diaz entre rumeurs de conversion à l'Islam et présence remarquée à un iftar à Madrid    Botola Pro : le CODM chute, le Raja leader sous pression du Wydad    Munir El Haddadi fuit l'Iran par la route via la Turquie    Benatia revient sur sa décision et justifie son maintien à l'OM    Mondial 2026 sous menace géopolitique : l'Iran au cœur d'une crise qui secoue la FIFA    Sans appel dans les délais, le consulat du Maroc à Las Palmas contraint de verser 20000 euros à un employé    Caftans in Morocco #2: Fez's caftan, a legacy of ancestral craftsmanship    Enquête à Tanger sur des fraudes de visa espagnol suite à des documents falsifiés    FM6SS inaugure un Hub de Médecine de Précision pour transformer la prise en charge des maladies rares au Maroc    Moyen-Orient : Une cellule de crise au profit de la communauté marocaine    La Protection civile ouvre ses portes au public    Orientation scolaire et universitaire : le gouvernement adopte un nouveau décret    Décès de Boncana Maïga, monument de la musique africaine    Le site historique de Chellah s'illuminera avec les concerts Candlelight®    Casablanca accueille pour la première fois Magic Garden Light Festival    La 5G et la numérisation au cœur d'un partenariat prometteur entre le Maroc et la Finlande    Maroc-Finlande : confirmation d'un partenariat dynamique et privilégié    Caftans au Maroc #2 : Le caftan de Fès, emblème d'un savoir-faire ancestral    Maroc : Naufrage d'un navire panaméen au large de Laâyoune    L'UE condamne les attaques iraniennes au Moyen-Orient    Alerte météo : chutes de neige de mardi à jeudi dans plusieurs régions    L'armée algérienne annonce la mort de deux Marocains à Beni Ounif    Sénégal : entre accusations dans la rue et demande officielle de grâce royale    Zakaria El Ouahdi au PSG : rumeur crédible ou simple observation de marché ?    Safi : Après les crues, la reconstruction et la revalorisation du patrimoine    Food Bladi, une immersion dans la gastronomie marocaine sur Medi1 TV    Christophe Leribault, nouveau président du musée du Louvre    L'Université Mohammed VI Polytechnique rejoint le réseau mondial APSIA    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.



Mehdi Ezzouate : "Le marché marocain a du potentiel, mais il reste encore en phase de maturation"
Publié dans Les ECO le 02 - 03 - 2026

Avocat au barreau de Casablanca
Derrière l'architecture technique du projet de loi sur la cession de gré à gré des créances en souffrance des établissements de crédit et des organismes assimilés, se posent des questions sensibles : quel équilibre entre assainissement des bilans bancaires et protection des débiteurs vulnérables ? Quelle place pour les investisseurs étrangers ? Et surtout, ce cadre juridique, aussi solide soit-il, suffira-t-il à créer un marché liquide et transparent ? Me Mehdi Ezzouate, avocat au barreau de Casablanca, décrypte pour nous les forces et les angles morts du dispositif et livre ses conseils aux banques comme aux investisseurs.
Le projet de loi utilise le terme de "cession" et précise que le cédant n'est pas garant de la solvabilité du débiteur. Juridiquement, s'agit-il d'une vente pure et simple, d'une cession de créance classique, ou d'un hybride que le droit marocain n'avait jusqu'ici pas véritablement consacré ? Cette distinction a-t-elle une incidence sur le régime fiscal de l'opération ?
Il s'agit juridiquement d'une cession de créance, au sens classique du droit des obligations, mais aménagée par un régime spécial bancaire. Ce n'est pas une vente d'actifs au sens commercial, même si économiquement elle s'en rapproche. Le texte consacre une cession translative de propriété avec transfert automatique des sûretés, simplification des formalités et exclusion de la garantie de solvabilité : c'est donc une cession spéciale, structurée pour les créances en souffrance.
La qualification a une incidence fiscale importante. Si l'opération est traitée comme une cession de créance, la fiscalité portera notamment sur la plus-value ou la décote enregistrée par la banque. En revanche, la question des droits d'enregistrement liés aux garanties, notamment hypothécaires, devra être clarifiée. Une doctrine fiscale d'accompagnement sera probablement nécessaire.
L'article 7 écarte le consentement du débiteur, sauf clause expresse contraire. N'y a-t-il pas, à votre avis, un risque que des débiteurs vulnérables – particuliers surendettés, TPE en difficulté – se retrouvent du jour au lendemain face à des fonds d'investissement agressifs, sans avoir été préparés à ce changement d'interlocuteur ?
Juridiquement, le consentement du débiteur n'est pas requis dans une cession de créance :
la dette ne change pas de nature, seulement de titulaire. Le texte reste donc cohérent avec les principes classiques du droit. Les droits de défense du débiteur et les règles de protection du consommateur demeurent applicables. Cela dit, le risque économique et social existe. Le passage d'une banque relationnelle à un fonds spécialisé dans le recouvrement peut être brutal pour des profils vulnérables. L'équilibre du dispositif dépendra en pratique du comportement des acquéreurs et du contrôle exercé par les autorités.
Le texte ouvre la porte à "toute personne" pour acquérir des créances en souffrance. Concrètement, qui va acheter ? Le marché marocain vous paraît-il suffisamment mature pour absorber ce type d'opérations ?
En pratique, les acquéreurs seront des fonds d'investissement, des sociétés spécialisées en gestion d'actifs dégradés et éventuellement des opérateurs étrangers habitués au marché des NPL. Il ne s'agira pas d'un marché diffus, mais d'un segment professionnel structuré autour d'acteurs spécialisés. Le marché marocain a du potentiel, mais il reste encore en phase de maturation. Il faudra un temps d'appropriation, une standardisation contractuelle et probablement un encadrement prudentiel renforcé pour sécuriser les premières opérations et instaurer la confiance.
Des investisseurs non bancaires pourront désormais détenir des créances et, à terme, devenir propriétaires d'actifs immobiliers par le jeu des saisies. N'est-ce pas une concurrence nouvelle pour les banques sur le terrain du recouvrement et de la détention d'actifs ?
Oui, cela introduit une nouvelle dynamique. Des investisseurs non bancaires pourront acquérir des créances et exercer les voies d'exécution, y compris devenir propriétaires d'actifs immobiliers. C'est une ouverture du marché du recouvrement à des acteurs spécialisés. Mais ce n'est pas une concurrence sur le crédit lui-même. Les banques financent ; les investisseurs rachètent et restructurent ou liquident. En réalité, il s'agit plutôt d'une complémentarité stratégique permettant aux banques d'assainir leurs bilans.
Ce texte arrive à un moment où les créances en souffrance pèsent lourdement sur les bilans bancaires, dans un contexte économique tendu. Le législateur a-t-il, selon vous, trouvé le bon équilibre entre l'urgence de la situation et la nécessité de bâtir un cadre durable ?
Le texte répond clairement à une urgence : la nécessité de réduire le stock de créances en souffrance et d'améliorer les ratios prudentiels. Sur ce plan, il constitue un outil efficace et cohérent avec les standards internationaux. L'équilibre semble globalement maîtrisé, mais sa réussite dépendra de l'encadrement pratique : fiscalité, contrôle des pratiques de recouvrement, et sécurité juridique des formalités. Une loi crée le cadre ; la stabilité viendra de son application rigoureuse.
Si un fonds d'investissement étranger vous interrogeait demain sur l'opportunité d'entrer sur le marché marocain des créances en souffrance, quel conseil lui donneriez-vous ? Et, à l'inverse, quel conseil donneriez-vous aux banques marocaines qui s'apprêtent à céder une partie de leur portefeuille ?
À un fonds étranger, je conseillerais une due diligence extrêmement rigoureuse : validité des contrats initiaux, solidité des garanties, régularité des inscriptions hypothécaires et analyse du risque contentieux. Le rendement dépendra autant de la qualité juridique des dossiers que des délais judiciaires. Aux banques, je recommanderais une segmentation stratégique du portefeuille, une documentation irréprochable des créances cédées et une sécurisation fiscale préalable. La cession ne doit pas être un simple nettoyage comptable, mais une opération structurée et maîtrisée.
M.A. / Les Inspirations ECO


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.