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L'Etat encadre strictement les dépenses numériques des campagnes électorales
Publié dans Hespress le 26 - 03 - 2026

Le ministère de l'Intérieur franchit un nouveau cap dans la régulation des campagnes électorales à l'ère digitale. Un projet de décret, adopté ce jeudi en Conseil de gouvernement, introduit pour la première fois un encadrement précis des dépenses liées aux outils numériques, devenus incontournables dans la conquête de l'électorat.
Selon ce texte, les dépenses engagées via les supports numériques ne pourront excéder le tiers du plafond global des dépenses électorales autorisées pour chaque candidat. Une limitation qui s'accompagne de plafonds chiffrés : 800.000 dirhams pour chaque liste locale et 1,5 million de dirhams pour les listes régionales.
Derrière ces nouvelles règles, l'exécutif affiche un objectif clair : rétablir un semblant d'équité dans un terrain de jeu de plus en plus dominé par les moyens financiers et technologiques. Car, d'un scrutin à l'autre, les campagnes digitales ont pris une ampleur considérable, transformant les réseaux sociaux et les plateformes en véritables arènes politiques.
Le projet de décret 2.26.279, qui modifie et complète le texte en vigueur depuis 2016, ne se limite pas à plafonner les dépenses. Il redéfinit également les contours mêmes de la campagne numérique. Exit la notion restrictive d'« Internet » : place désormais aux « moyens numériques », un concept élargi qui englobe réseaux sociaux, plateformes de diffusion, applications, mais aussi outils d'intelligence artificielle (IA).
Cette évolution n'est pas anodine. Elle traduit une volonté d'adapter le cadre légal à des pratiques de plus en plus sophistiquées, où les candidats ne se contentent plus de simples publicités, mais investissent dans des contenus variés : interventions, débats, messages ciblés et autres formats conçus pour capter l'attention des électeurs.
Autre changement notable : le relèvement du plafond global des dépenses électorales, qui passe de 500.000 à 600.000 dirhams par candidat. Une augmentation justifiée par l'évolution des coûts des campagnes, mais qui pourrait aussi raviver le débat sur l'influence de l'argent dans le jeu électoral.
Le texte introduit également une mesure technique mais stratégique : l'intégration des frais liés à l'établissement du compte de campagne dans les dépenses électorales. Ces coûts, parfois engagés après les délais habituels, pourront désormais être pris en compte, notamment dans le calcul du soutien financier public accordé aux candidats, en particulier les jeunes.
Au fond, ce texte entérine un basculement déjà acté sur le terrain : la campagne électorale ne se joue plus uniquement dans les meetings ou les tournées de proximité, mais dans les fils d'actualité, les formats sponsorisés et les stratégies d'influence. Reste une inconnue de taille : la capacité réelle des autorités à contrôler ces flux numériques, souvent opaques, où les règles peuvent être contournées plus vite qu'elles ne sont fixées.


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