Le Haut-Commissariat au Plan (HCP) a dévoilé, mercredi à Rabat, les résultats très attendus de son Enquête nationale sur la Famille (ENF 2025). Entre l'essor fulgurant du modèle nucléaire, la baisse inédite des intentions de mariage et une fécondité désormais sous le seuil de renouvellement, l'étude dessine le nouveau visage d'une société marocaine en profonde transformation. La famille marocaine se resserre de manière spectaculaire. Trente ans après la première édition de cette enquête en 1995, le paysage domestique a radicalement changé. Aujourd'hui, 73% des ménages marocains relèvent du modèle familial nucléaire, marquant une nette progression par rapport aux 60,8% d'il y a trois décennies. Cette polarisation autour du noyau parental se généralise sur l'ensemble du territoire, aboutissant à une quasi-convergence entre la ville et la campagne.Toutefois, cette mutation conserve quelques spécificités selon le milieu de résidence. Dans les zones urbaines, la progression s'avère plus soutenue avec un taux d'accroissement annuel moyen de 3,6%. Les contraintes liées à l'accès au logement, l'évolution des normes résidentielles et la transformation des modes de vie favorisent logiquement des foyers plus restreints. À l'inverse, le milieu rural affiche une croissance plus modérée de 2,4%, freinée par la persistance de configurations familiales plus étendues. Malgré ces nuances géographiques, le couple avec enfants célibataires s'impose comme la configuration dominante à l'échelle nationale, représentant 53,9% des ménages marocains. Nuptialité et natalité : de nouveaux paradigmes Les données de l'ENF 2025 mettent en lumière une véritable révolution dans le rapport au mariage. Désormais, plus de la moitié des célibataires, soit 51,7%, déclarent ne pas souhaiter se marier, contre seulement 40,6% qui envisagent encore cette union. Ce recul du projet matrimonial s'accompagne d'un décalage de l'âge moyen au premier mariage, atteignant aujourd'hui 26,3 ans pour les femmes et 33,3 ans pour les hommes. Parallèlement, le Royaume franchit un cap démographique historique. L'indice de fécondité s'établit à 1,98 enfant par femme, un niveau qui se situe désormais en dessous du seuil de remplacement des générations, fixé à 2,1. Les dynamiques de séparation évoluent également, le taux annuel moyen de divorce s'établissant à 3,6‰ au niveau national. Ce phénomène touche davantage les femmes, avec un taux de 4,9‰ contre 2,4‰ pour les hommes, et s'avère plus prononcé en milieu urbain qu'en milieu rural. Monoparentalité, seniors et maintien au foyer L'enquête du HCP lève également le voile sur de nouvelles réalités structurelles marquant le quotidien des Marocains. La monoparentalité, par exemple, affiche un visage quasi exclusivement féminin. En effet, 90,7% des familles monoparentales sont dirigées par une femme, une proportion qui culmine même à 93% dans les campagnes. Un autre phénomène marquant est le départ de plus en plus tardif du nid familial. À l'âge de 35 ans, 16,5% des individus n'ont connu ni départ du foyer parental ni mariage. Cette situation concerne de manière beaucoup plus prononcée les hommes, à hauteur de 20,3%, contre 12,9% pour les femmes. Face à ces mutations individuelles, la solidarité familiale reste toutefois un pilier essentiel pour le troisième âge. Près de six seniors sur dix, soit 59,3%, vivent avec au moins un de leurs enfants, perpétuant ainsi une tradition d'entraide intergénérationnelle face au vieillissement. Mobilité sociale et impact du numérique Si la taille des ménages se réduit pour se concentrer sur un cercle de parenté proche d'environ 17 personnes — soit moins du tiers du réseau familial global —, les liens affectifs et familiaux se maintiennent et se réinventent. Le numérique joue un rôle clé dans cette nouvelle dynamique sociale. Pour 56,3% des sondés, les technologies de l'information et de la communication consolident fortement les relations avec les frères et sœurs vivant hors du foyer, tandis que 31,7% soulignent un impact positif sur les liens avec leurs parents. Enfin, l'étude révèle un indicateur encourageant concernant l'ascension sociale, soulignant que 41% des individus ont connu une promotion sociale par rapport à la position occupée par leur père.