Le Fonds monétaire international analyse l'accélération des investissements publics au Maroc sur la période 2024-2030. L'institution met en avant un potentiel réel de croissance, tout en soulignant les contraintes structurelles et les risques associés à ce type de programme. Le Maroc engage une montée en puissance de ses investissements publics dans les infrastructures d'une ampleur rarement observée. Selon une analyse du Fonds monétaire international, cet effort est estimé à environ 11,9% du PIB de 2024 sur la période 2024-2030. Ce programme cible principalement les infrastructures de connectivité et de tourisme. Il comprend notamment la modernisation du réseau ferroviaire, des aéroports et des routes, ainsi que la construction et la rénovation de stades et le développement d'infrastructures urbaines et touristiques. L'architecture de financement repose en grande partie sur le secteur public élargi. Les entreprises publiques jouent un rôle central, finançant à elles seules 7,4% du PIB de cet effort, devant les collectivités territoriales (3,2%) et le budget de l'État (1,4%). Des gains de croissance mesurés mais réels Les simulations réalisées par le FMI indiquent que ce programme pourrait générer un gain de croissance mesurable. À l'horizon 2030, le PIB réel serait supérieur d'environ 2% à un scénario sans investissement. Au-delà de cette phase, les effets deviennent plus structurels. À partir de 2031, les gains de productivité liés à l'accumulation de capital public pourraient porter l'augmentation du PIB à environ 3% à long terme, principalement via l'amélioration de la productivité globale des facteurs. Le FMI souligne que ces effets reposent sur un mécanisme bien identifié : le capital public améliore l'efficacité de l'économie en réduisant les coûts, en facilitant les échanges et en soutenant l'investissement privé sur le long terme. Des effets atténués à court terme Le rapport met toutefois en évidence plusieurs facteurs qui limitent l'impact immédiat de cet effort. L'un des principaux tient à la structure même des investissements. Environ 60% des dépenses d'infrastructure sont constituées d'importations, notamment pour les équipements lourds comme les infrastructures ferroviaires ou aéroportuaires . Cela réduit l'effet direct sur la production domestique à court terme. Par ailleurs, le financement du programme exerce une pression sur les conditions financières. L'augmentation de la dette publique entraîne une hausse du risque souverain et des taux d'intérêt réels pour les entreprises, ce qui freine l'investissement privé dans un premier temps. Ce phénomène d'éviction est temporaire. À moyen terme, il s'inverse à mesure que les gains de productivité améliorent la rentabilité des investissements privés. Une trajectoire budgétaire sous contrainte L'accélération des investissements se traduit par une dégradation temporaire des finances publiques. Le FMI estime que le déficit budgétaire est accru en moyenne d'environ 1,2 point de PIB sur la période 2024-2030. Dans le même temps, la dette publique augmente de 7 à 8 points de PIB durant la phase de construction, avant de se stabiliser puis de diminuer progressivement grâce aux effets de la croissance et au remboursement via les revenus générés par les infrastructures. Le modèle repose en effet sur l'hypothèse que les infrastructures généreront des recettes ( notamment sous forme de redevances ) permettant de couvrir une partie des coûts de maintenance et du service de la dette. L'efficacité, variable clé du scénario Le FMI insiste sur un point central : les résultats dépendent fortement de l'efficacité de l'investissement public. Une amélioration de 20% de l'efficacité permettrait de porter les gains de croissance à 3,5% à 4% à long terme, sans aggraver la trajectoire de la dette . À l'inverse, une baisse de cette efficacité réduirait significativement les gains, pour un niveau de dette comparable. Autre risque identifié : les dépassements de coûts. Une dérive de 30% des coûts d'investissement augmenterait la dette publique sans générer de gains supplémentaires de production. Dans ce contexte, le FMI met en avant plusieurs priorités : renforcer la gestion des investissements publics, maîtriser les coûts, assurer la maintenance des infrastructures et suivre de près l'endettement du secteur public élargi, y compris celui des entreprises publiques et des collectivités. L'analyse met ainsi en évidence une équation précise : l'investissement dans les infrastructures peut soutenir durablement la croissance, mais son rendement dépend directement de la qualité de son exécution et de la maîtrise des risques budgétaires.