a appris d'une source bien informée au sein du Haut Conseil d'État libyen qu'un certain nombre de membres de cette instance, issue de l'accord de Skhirat de 2015, s'apprêtent à tenir une réunion. L'ordre du jour portera sur l'affichage d'une carte tronquée du Royaume du Maroc lors de la conférence des chefs du renseignement militaire des pays du Sahel et de la Méditerranée, récemment organisée à Tripoli. Cet événement s'est déroulé en présence du chef du gouvernement d'union nationale libyen, Abdul Hamid Dbeibeh, ainsi que de représentants de l'Algérie, de la Tunisie et d'autres nations. L'objectif de cette réunion est d'adopter une position ferme condamnant cet incident et d'œuvrer pour éviter qu'une telle erreur ne se reproduise lors d'événements officiels. Il s'agit également de réaffirmer l'importance du respect des constantes nationales des États et du refus de s'engager dans des alignements régionaux, une prudence d'autant plus cruciale au vu des profondes divisions qui marquent la transition politique actuelle en Libye. La source libyenne, qui s'est confiée à Hespress, a souligné que « l'élite politique libyenne, pleinement consciente des mutations politiques et sécuritaires que traverse la région, est intimement convaincue que le Grand Maghreb constitue une entité indivisible. Prendre parti pour une thèse spécifique dans un conflit de l'ampleur de celui du Sahara, particulièrement dans ce contexte précis, va à l'encontre des intérêts de l'État libyen ». Elle a également rappelé que « plusieurs membres du Conseil avaient déjà publiquement critiqué le président du Conseil présidentiel, Mohamed al-Menfi, à la suite du sommet tripartite maghrébin qui l'avait réuni avec les présidents algérien et tunisien en l'absence du Maroc ». Poursuivant son analyse, la même source a déploré la posture des dirigeants actuels : « Le peuple libyen est malheureusement affligé par une élite dirigeante et des conseillers qui ne maîtrisent nullement les rouages de la politique. Dbeibeh, par exemple, a une mentalité de commerçant. Par de tels agissements, il place l'ensemble de l'État libyen dans une situation très embarrassante vis-à-vis de nos frères du Royaume du Maroc. Nous espérons qu'ils ne nous en tiendront pas rigueur, surtout en cette période délicate, car ces actes ne reflètent pas le véritable visage de la Libye ». Elle a en outre affirmé que « les élites éclairées au sein du Conseil ont salué la dernière résolution du Conseil de sécurité sur la question du Sahara et soutiennent fermement l'intégrité territoriale du Royaume, considérant que la sécurité et la stabilité du Maroc sont indissociables de celles de la Libye et de l'ensemble de la région maghrébine ». Insistant sur la neutralité bienveillante de Rabat, cette source a ajouté : « Le Maroc s'est toujours tenu aux côtés des différentes parties libyennes, les accueillant à maintes reprises sans jamais favoriser l'une au détriment de l'autre ». Elle s'est ensuite insurgée contre la corruption ambiante : « Cependant, comme je l'ai dit, nous sommes malheureusement aux prises avec des individus obnubilés par leurs intérêts personnels, se souciant peu de l'avenir du pays et cherchant uniquement à piller les ressources de l'État. Nous espérons ardemment que ces figures, qui ont usurpé le pouvoir par la force de l'argent et des armes, disparaîtront prochainement du paysage politique ». De son côté, un autre haut responsable au sein du Conseil d'État a qualifié l'incident de Tripoli de « bévue politique » imputable au gouvernement d'un homme d'affaires s'accrochant au pouvoir. Il a affirmé à Hespress que « le gouvernement d'union nationale se débat actuellement dans d'innombrables difficultés et n'incarne qu'une simple faction du pouvoir. Par conséquent, les autres autorités, qu'il s'agisse du pouvoir législatif avec la Chambre des représentants et le Conseil d'État, ou même du Conseil présidentiel, n'assument aucune responsabilité dans les actes de ce gouvernement ». Il a précisé sa pensée en ajoutant : « L'attitude du gouvernement à l'égard du dossier du Sahara est une initiative isolée émanant d'une partie qui ne maîtrise pas l'ensemble de l'échiquier politique national. Tous les Libyens en sont d'ailleurs convaincus et mesurent parfaitement les limites de l'influence de ce gouvernement. Nous sommes persuadés que nos frères marocains le comprennent également et savent pertinemment que de tels agissements ne sauraient représenter l'ensemble des acteurs politiques libyens ». Dans un registre similaire, suite à un entretien téléphonique avec le journal jeudi soir, Saïd Mohamed Ouenis, membre de la commission économique du Haut Conseil d'État libyen, a publié une mise au point sur son compte Facebook, illustrée par la photo de Dbeibeh devant la carte tronquée. Il y déclare : « Conformément à notre vision qui privilégie l'équilibre institutionnel et le respect de la profondeur de nos relations régionales, il est impératif de souligner que le gouvernement ne représente qu'une fraction du pouvoir exécutif. Ses prises de position ne sauraient résumer la volonté politique globale de la Libye ni l'orientation officielle de l'État ». Il a ensuite détaillé ce fonctionnement institutionnel : « La gestion des affaires politiques et diplomatiques en Libye est partagée entre de multiples institutions, chacune exerçant des rôles précis au sein d'un cadre complexe. Il est donc erroné d'accorder une représentativité totale aux actions d'une seule de ces parties. La grande majorité des institutions impliquées dans la diplomatie libyenne ne cautionne pas cette approche et reste attachée à la préservation de nos relations historiques ». Ouenis a conclu son message en affirmant : « Ce qui s'est produit ne traduit en rien la position unanime de la Libye. Cela ne correspond pas non plus aux liens fraternels et historiques profonds qui nous unissent au Royaume du Maroc, ni à la vaste reconnaissance de son rôle central dans la réussite du dialogue inter-libyen, avec en point d'orgue l'accord de Skhirat. Préciser cette nuance institutionnelle n'a pas pour but de fuir nos responsabilités, mais plutôt de clarifier le contexte réel et de préserver des relations stratégiques fondées sur le respect mutuel et une concertation continue ». Interrogé sur ce sujet, le journaliste et chercheur libyen en affaires politiques maghrébines et internationales, Idriss Ben Jdiria, a confié à Hespress : « Chacun mesure l'extrême sensibilité du dossier du Sahara pour le Maroc, car il s'agit d'une cause souveraine fondamentale de sa politique étrangère. L'utilisation de ces cartes lors de la réunion sécuritaire à Tripoli aurait dû faire l'objet d'une vigilance beaucoup plus stricte ». Il a ajouté que « la gestion de ces questions exige une prise en compte minutieuse des considérations politiques et une juste appréciation du rôle constructif du Royaume du Maroc, qui n'a cessé d'encourager le dialogue et de favoriser une issue pacifique à la crise libyenne ». Mettant en lumière l'envergure régionale du Maroc, il a précisé : « Le Maroc est une puissance incontournable sur les scènes arabe, maghrébine, africaine et méditerranéenne, dotée d'une véritable influence stratégique, diplomatique, économique et militaire. Son expertise reconnue en matière de sécurité, de lutte antiterroriste et de renseignement constitue une richesse dont la région gagnerait grandement à s'inspirer ». Le chercheur a par ailleurs rappelé que « les relations libyo-marocaines sont historiquement ancrées, les deux nations étant des membres fondateurs de l'Union du Maghreb Arabe. Quant à la proposition marocaine d'autonomie pour le Sahara, elle représente une approche pragmatique qui bénéficie d'un soutien croissant de l'ONU et de pays influents, s'imposant comme une base solide pour un règlement définitif favorisant la stabilité régionale ». Il a conclu en soulignant : « L'intérêt suprême de la Libye réside dans le renforcement de ce partenariat. La période actuelle requiert une coordination accrue entre les pays de la région, en évitant toute source de crispation afin de bâtir des alliances stratégiques mutuellement bénéfiques ». Il convient enfin de souligner que l'évolution de la scène politique libyenne met en exergue une divergence frappante entre l'approche du gouvernement Dbeibeh, basé à l'Ouest, et celle du gouvernement d'Oussama Hammad, établi à l'Est, concernant les enjeux maghrébins, en particulier la question du Sahara marocain. Selon de nombreux observateurs, le cabinet de Tripoli semble récemment pencher en faveur de la position algérienne, une inflexion possiblement liée aux pressions internes grandissantes ainsi qu'aux soupçons de corruption et de mauvaise gestion financière qui le visent. En revanche, le gouvernement mandaté par la Chambre des représentants, situé à l'Est, affiche un soutien clair à l'intégrité territoriale du Maroc. Ce positionnement a été illustré par plusieurs précédents significatifs, à l'image de l'intervention personnelle du ministre des Affaires étrangères, le Dr. Abdelhadi Lahweej, qui a exigé la correction immédiate d'une carte du Royaume exposée au siège de la Chambre libyenne de commerce, d'industrie et d'agriculture à Benghazi.