Réuni à Rabat, le Comité directeur national a validé une stratégie de lutte contre les incendies 2026 dotée de 150 millions de dirhams. Après une année 2025 marquée par une résilience exemplaire et une baisse de 65% des surfaces brûlées, l'Agence nationale des eaux et forêts (ANEF) adapte son dispositif pour répondre au défi majeur d'une biomasse végétale devenue hautement inflammable suite aux récentes précipitations. L'année 2025 s'est imposée, à l'échelle planétaire, comme la troisième année la plus chaude jamais enregistrée, s'inscrivant dans une trajectoire de réchauffement accéléré où la moyenne des températures dépasse le seuil critique de 1,5°C. Ce dérèglement a frappé de plein fouet le bassin méditerranéen, épicentre d'une série de feux de forêts ayant dévasté des centaines de milliers d'hectares en Espagne et au Portugal. Dans ce contexte, les incendies de forêt ont concentré près de 25% du fardeau financier mondial lié aux catastrophes naturelles, illustrant la vulnérabilité croissante des écosystèmes et des infrastructures face à des phénomènes de plus en plus extrêmes. Malgré ces conditions climatiques défavorables, marquées par une sécheresse prolongée et des vagues de chaleur intense, le Maroc a su faire preuve d'une résilience durant cette période. Le bilan de la campagne 2025 a enregistré 418 incendies ayant parcouru 1.728 hectares. Ce chiffre marque une baisse de 65% par rapport à la moyenne décennale, confirmant l'efficacité du dispositif national de prévention. C'est du moins ce qui ressort du Comité directeur national chargé de la prévention et de la lutte contre les incendies de forêts qui s'est réuni à Rabat, au siège de l'Agence nationale des eaux et forêts (ANEF). Cette réunion stratégique a constitué une étape déterminante dans la préparation de la campagne estivale 2026. Elle a permis d'établir un bilan approfondi des incendies enregistrés, d'en tirer les principaux enseignements et d'évaluer l'efficacité des dispositifs déployés. La géographie du risque reste contrastée Cette performance repose sur une mobilisation multisectorielle, coordonnée par l'ANEF et unissant les autorités locales, le ministère de l'Intérieur, la Protection civile, les Forces armées royales, les Forces royales air, la Gendarmerie royale et les Forces auxiliaires. Cette synergie a permis de maîtriser 94% des départs de feu à un stade précoce. Toutefois, la géographie du risque reste contrastée, la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima ayant concentré 89% des surfaces brûlées, notamment lors d'épisodes critiques en août dans la province de Chefchaouen. Pour l'horizon 2026, l'analyse technique de l'ANEF met en lumière un défi majeur : le développement important de la biomasse végétale à la suite des récentes précipitations. Cette abondance de matières organiques, en devenant sèche et hautement inflammable à l'approche de la période estivale, accroît mécaniquement le risque de propagation des feux. Face à cette menace, l'Agence structure son programme d'action autour d'un budget global de 150 millions de dirhams pour basculer d'une logique de réaction vers une approche préventive et intégrée. Le volet principal de cet effort concerne le renforcement des infrastructures de prévention, avec plus de 102 millions de dirhams dédiés à la gestion de la biomasse via la sylviculture préventive, le débroussaillement intensif ainsi que la création de tranchées pare-feu et l'entretien des pistes forestières. En parallèle, près de 40 millions de dirhams sont alloués à la surveillance technologique et humaine, avec le déploiement de 1.493 guetteurs sur tout le territoire, appuyés par un monitoring satellitaire accru pour une détection en temps réel. Intensification des campagnes de communication La stratégie marocaine mise également sur une coordination interinstitutionnelle, incluant la recherche systématique des causes des incendies par des équipes pluridisciplinaires et l'organisation d'exercices de simulation pour optimiser la réponse opérationnelle. Enfin, le programme intègre un volet de réhabilitation des zones sinistrées, à l'image de la forêt de Derdara, à Chefchaouen, où des infrastructures antiérosives et des plans de reboisement seront déployés pour restaurer durablement les écosystèmes. Consciente que la grande majorité des départs de feu est d'origine humaine, l'ANEF place la sensibilisation au cœur de sa démarche. Après avoir touché 35.000 personnes en 2025, l'Agence intensifie ses campagnes de communication pour 2026, ciblant prioritairement les écoliers et les populations riveraines. Cet engagement citoyen est indispensable pour protéger le patrimoine forestier, pilier essentiel du développement durable du Royaume. En alliant innovation technologique, infrastructures résilientes et responsabilité collective, le Maroc se donne les moyens de faire face aux défis climatiques persistants. Le programme d'action 2026 Le programme 2026 est articulé autour d'une enveloppe globale de 150 millions de dirhams. Il repose sur quatre piliers : le renforcement des actions de prévention (sylviculture, pistes forestières et points d'eau) pour un montant de 102,13 MDH, la surveillance et l'alerte (39,3 MDH) avec le déploiement de 1.493 guetteurs, et les interventions d'urgence (8,6 MDH) incluant le matériel de lutte et l'imagerie satellite. Le programme intègre également un volet de réhabilitation post-incendie pour les zones sinistrées, ainsi qu'un renforcement des mécanismes de recherche des causes via des équipes mixtes spécialisées et une coordination interinstitutionnelle accrue. Yassine Saber / Les Inspirations ECO