Présentée avant l'échéance normale de la législature, la communication du Chef du gouvernement sur son bilan n'a rien d'un calendrier contraint. Pour Mustapha Baitas, elle relève d'un choix assumé : exposer les résultats, ouvrir le débat et inscrire l'action publique dans une logique de reddition des comptes. La séquence politique s'accélère. Au lendemain de la présentation du bilan de mi-mandat par Aziz Akhannouch devant les deux Chambres, le porte-parole du gouvernement, Mustapha Baitas, a tenu à en préciser la portée. Loin d'un exercice formel, cette initiative est, selon lui, « un signal fort » adressé à l'opinion comme aux institutions. S'exprimant lors du point de presse hebdomadaire à l'issue du Conseil de gouvernement, ce jeudi 16 avril, le ministre délégué chargé des Relations avec le Parlement a insisté sur le caractère volontaire de la démarche. Le chef de l'exécutif aurait choisi d'anticiper, alors même que «quelques mois seulement » restent avant la fin de la législature. Une anticipation qui, loin d'être prématurée, s'inscrit dans une volonté de transparence et de débat public. Une initiative politique assumée, entre transparence et cadrage institutionnel Dans la lecture qu'en fait l'exécutif, cette présentation anticipée vise un double objectif. D'une part, permettre au public de disposer d'une vision claire et chiffrée de l'action gouvernementale. D'autre part, ouvrir un espace de discussion parlementaire en amont, avec deux séances distinctes prévues la semaine prochaine, à la Chambre des représentants puis à celle des conseillers. Mustapha Baitas y voit « une démarche positive », traduisant à la fois « la bonne foi » et une forme de « courage politique ». Le message est clair : il ne s'agit pas seulement de dresser un bilan, mais d'en assumer la confrontation politique, dans un cadre institutionnel formalisé. Cette insistance sur la dimension chiffrée du bilan n'est pas anodine. Le porte-parole met en avant un exercice « fondé sur les données », loin des appréciations qualitatives ou des discours d'intention. Une manière de crédibiliser la communication gouvernementale, tout en la rendant vérifiable et contestable dans l'arène parlementaire. Un bilan revendiqué dans un environnement contraint L'autre axe structurant du discours de Baitas tient au contexte dans lequel s'inscrit l'action gouvernementale. Le responsable rappelle une succession de chocs exogènes : sécheresse prolongée sur plusieurs années, conséquences de la guerre en Ukraine, tensions persistantes au Moyen-Orient. Autant de facteurs ayant pesé sur les prix de l'énergie, les chaînes d'approvisionnement et les coûts logistiques. À cela s'ajoute l'héritage de la crise sanitaire liée au Covid-19, encore perceptible au début du mandat. Dans ce cadre, l'exécutif cherche à installer une lecture contextualisée de son bilan : les performances affichées doivent être appréciées à l'aune de ces contraintes multiples. Malgré cet environnement jugé « difficile », le gouvernement revendique des indicateurs «positifs». Le porte-parole insiste sur la progression du taux de croissance, passée d'environ 1,8% en 2022 à près de 4,8% en 2025, avec des projections avoisinant les 5% selon certaines estimations. Même logique pour l'inflation, présentée comme maîtrisée après un pic à 6,6% en 2022, pour retomber autour de 0,8% en 2025. Sur le plan budgétaire, l'exécutif met en avant une réduction progressive du déficit et une trajectoire de dette jugée soutenable. Croissance, investissement et recettes : les marqueurs d'un bilan positif Au-delà des agrégats macroéconomiques, le discours gouvernemental s'appuie sur plusieurs leviers sectoriels. Le tourisme, le bâtiment, l'industrie ou encore les services sont présentés comme des moteurs de la reprise. Les politiques publiques engagées ( soutien au logement, stratégies industrielles, relance de l'investissement ) sont mobilisées pour expliquer cette dynamique. L'investissement public constitue l'un des axes majeurs de cette lecture. Son volume serait passé de 230 milliards de dirhams en 2021 à près de 380 milliards attendus en 2026, illustrant le rôle de l'État comme moteur de l'activité. Parallèlement, les recettes ordinaires de l'État auraient fortement progressé, atteignant plus de 420 milliards de dirhams en 2025, contre environ 256 milliards en début de mandat. Cette hausse est attribuée à une combinaison de réformes fiscales et d'élargissement de l'assiette, malgré des baisses ciblées d'impôts. Sur le plan social, le gouvernement met en avant un dialogue social qualifié d'« inédit », avec un effort budgétaire estimé à 47 milliards de dirhams, ainsi que des hausses significatives des budgets de la santé et de l'éducation. Enfin, l'exécutif insiste sur la cohérence d'ensemble de son action, en soulignant que « tous les secteurs » ont contribué à la dynamique, à l'exception notable de l'agriculture pénalisée par la sécheresse. Une relation revendiquée de coopération avec les institutions Dernier élément du cadrage : la relation du gouvernement avec les institutions nationales et les organismes producteurs de données. Mustapha Baitas tient à souligner que l'exécutif n'a « jamais été dans une logique d'affrontement » avec ces acteurs. Au contraire, il met en avant une approche fondée sur « le respect et la coopération », dans le cadre des règles constitutionnelles. Une manière de renforcer la crédibilité des chiffres avancés, en les inscrivant dans un écosystème institutionnel partagé, incluant notamment le Haut-Commissariat au Plan ou Bank Al-Maghrib.