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PHILOSOPHES A LA PAGE : «Nous voulons être les poètes de notre vie»
Publié dans La Gazette du Maroc le 29 - 02 - 2008

Nietzsche voyait dans le ressentiment, la maladie morale majeure des sociétés modernes et contemporaines; ce ressentiment se traduit par des envies de vengeance. Cette maladie étant contagieuse, chacun suivant et imitant l'opinion du voisin, le nombre des mécontents peut augmenter très vite. C'est ce que notre philosophe appelait «l'instinct du troupeau».
Aujourd'hui, on trouve beaucoup de mécontents au sein de la société marocaine, parfois pour de bonnes raisons; parfois pour de moins bonnes. A cette différence près : beaucoup de nos concitoyens sont mécontents des autres, avant de l'être d'eux-mêmes.
Un exemple parmi tant d'autres : Les dos d'ânes poussent sur les routes comme des champignons; prenez un taxi, même pas besoin d'interroger le chauffeur, vous l'entendrez de lui-même pester contre ces obstacles qui ne sont là (selon lui) que pour abîmer sa voiture. Ce que ce chauffeur ne sait pas (ou ne veut pas savoir) c'est que le nombre de morts sur la route ne cesse d'augmenter au Maroc (plus de 3600 morts en 2006 selon les sources officielles), et que ces dos d'ânes sont là pour empêcher que la fureur de vitesse qui anime beaucoup d'automobilistes ne se transforme en fureur meurtrière, les peuples ont les routes qu'ils méritent…
Autre motif de mécontentement, qui nous intéresse particulièrement : la culture. Les jeunes ne liraient plus, ne s'intéresseraient plus à l'instruction, ils ne chercheraient qu'à s'amuser ; encore un cliché qui a la vie dure, comme si une partie de la jeunesse était représentative de sa totalité. L'une des caractéristiques du dernier Salon du livre de Casablanca, c'était précisément cette masse de jeunes qui déferlait quotidiennement, non seulement pour se divertir mais aussi pour s'instruire; mais il est si facile de jouer sur les mots et de dire que c'était la foire… Et ceux qui doutent encore de cette soif de savoir et de culture de la jeunesse marocaine peuvent prendre contact avec le Réseau de lecture publique marocain; né en 2006 de la coopération franco-marocaine, ce réseau organise des rencontres littéraires et des ateliers d'écriture avec des comédiens, des écrivains et des dramaturges. Ce réseau de lecture publique compte aujourd'hui huit médiathèques à travers le Maroc, chacune de ces médiathèques offrant des collections imprimées (10?000 en arabe et en français), un service multimédia avec accès à internet, ainsi que des collections audiovisuelles (500?CD). Le succès de cet organisme est tel que trois nouvelles médiathèques ouvriront leurs portes au mois de décembre prochain à Fès, Meknès et Oujda.
Ça ne vous suffit pas ? Alors sachez que la ville de Casablanca va voir la mise en place d'une grande médiathèque de 8000 mètres carrés d'ici le deuxième semestre 2009. Le ministère marocain de la Culture, la Wilaya ainsi que la ville de Casablanca se sont associés pour ce projet qui devrait conférer à la ville une réelle dimension culturelle. On pourrait aussi parler de la future création de médiathèques dans les provinces du Sud marocain; il s'agit d'un projet réunissant l'agence de développement des provinces du Sud et le ministère marocain de la Culture; trois médiathèques nouvelles ont déjà vu le jour à Lâayoune, Terfaia et Smaraâ. Nietzsche avait un mot pour tous les prédicateurs de malheurs qui vivent et qui ne sont heureux que dans le misérabilisme, ces gens qui se complaisent dans le constat stérile, il les appelait des «nihilistes». Il y a nihilisme à partir du moment où l'on se pose la question «à quoi bon ?», nous dit notre philosophe; et c'est vrai que si l'on se pose cette question pour chaque projet ou pour chaque entreprise, c'est l'énergie de chacun qui est dilapidée.
Plainte généralisée
«A quoi bon une bibliothèque puisque personne ne lit ?» se dit le nihiliste, qui espère au fond de lui que personne ne lira… Contre cela, ce qui est affirmé c'est l'audace : la philosophie de Nietzsche est une philosophie de l'essai (un coup d'essai peut se transformer en coup de maître…), philosophie de la tentative, de l'expérimentation. De là, naît la bonne conscience, sentiment exactement contraire au ressentiment?: «Une chose est nécessaire : que l'homme parvienne à être content de lui-même, fût-ce au moyen de telle ou telle poétisation et de tel ou tel art. Celui qui est mécontent de lui-même est toujours prêt à s'en venger : nous autres deviendrons ses victimes, ne serait-ce que pour avoir à toujours supporter la laideur de son aspect». En ces temps de plainte généralisée, la leçon est bonne à retenir?: que chacun fasse de son mieux pour avoir bonne conscience et être satisfait de lui-même, plutôt que de tomber dans la complainte malheureuse. La philosophie de Nietzsche est d'abord pratique, au sens premier du mot. Il est vrai que les motifs de mécontentements existent et qu'ils existeront toujours, est-ce une raison pour laisser libre cours à un discours négatif qui au fond est le discours de l'ennui ? La réalité est toujours plus complexe et plus nuancée qu'on ne le croit, et concernant notre sujet de la culture, il faut savoir éviter les clichés et stéréotypes qui souvent régissent ce domaine, car médisance et clichés vont souvent de pair. Notre philosophe nous donne une recette pour éviter les clichés et autres lieux communs : il recommande d'adopter un point de vue artiste. Que fait un artiste dans son travail, un sculpteur par exemple ? Il prend une matière, un bloc d'argile par exemple, et il lui donne une forme esthétique. Le travail est long et laborieux mais le résultat est beau : c'est cette belle sculpture qui pourtant n'était à l'origine que matière informe. Il est sûr que si l'artiste était resté inactif en train de médire face à sa masse d'argile, il n'y aurait eu aucun résultat… Appliquons ce travail d'artiste à la réalité : modifions-la, embellissons-la, soyons bien disposés envers elle, envers tous ces projets culturels et tous ces gens qui oeuvrent dans l'ombre… La bonne disposition envers la société marocaine et envers ses acteurs (culturels pour ce qui nous concerne), c'est déjà là un premier pas dans l'amélioration des choses. Il ne s'agit pas de tomber dans un angélisme niais ou dans un optimisme inconscient, il s'agit de construire, d'aider celles et ceux qui oeuvrent en matière de culture (entre autres domaines), en tout cas essayer de médire le moins possible. Celles et ceux qui agissent dans le domaine de la culture ont d'abord besoin d'encouragements, et d'une façon générale toute initiative ne peut être que la bienvenue en ce domaine. Bien sûr qu'il y a des priorités, l'emploi, le logement, pour ne citer que les domaines les plus cruciaux, en font partie; cependant il faut se rappeler que le progrès a deux versants : un versant matériel et scientifique, (et aujourd'hui nous vivons une période de mutation technologique extraordinaire), mais il existe aussi un versant spirituel au progrès, il concerne tout ce qui touche aux mœurs, à la morale, à l'esprit. Ce sont là les deux jambes du progrès, et la société marocaine, pour avancer sans boiter, doit tenir compte de ces deux aspects du progrès. Le contraire de la culture, c'est la barbarie.


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