La comédienne Saïda Jawad est en tournée au Maroc pour sa pièce «Monsieur Accordéon». Titre surprenant ? La jeune femme l'est encore plus. Drôle d'histoire que celle de Saïda Jawad ; façon de parler, car son histoire ne prête pas toujours à rire. Née en France et fille d'immigrés marocains, son père l'oblige à l'âge de 7 ans à apprendre l'accordéon, «pour ressembler à toutes les petites françaises» et se fondre dans le moule. Elle déteste cet instrument, et pourtant pendant 10 longues années, son père va l'obliger à l'apprendre : cours réguliers, répétitions et surveillances quotidiennes du père qui veille au grain. De plus, dans le Nord de la France où résidait la famille, l'accordéon était réputé «ringard», alors la petite fille cachait la chose à ses camarades… Les résultats sont pourtant là : la petite fille devenue adolescente remporte plusieurs prix d'accordéon, notamment en Belgique. Mais les prix ne cachent pas la déception profonde, Saïda n'en peut plus ; ce qu'elle veut, elle, c'est devenir comédienne, et pas accordéoniste. Elle décide, après plusieurs turbulences familiales, de monter à Paris faire ses classes. A force de persévérance, elle y arrive. Elle a joué dans «Ali baba et les 40 voleurs», téléfilm en deux parties, pour la chaîne française TF1. Puis c'est le cinéma, avec le tournage des «Casablancais» du réalisateur marocain Abdelkader Lagtaa ; bientôt, elle va tourner sous l'impulsion de Gérard Jugnot une fiction qui s'appelle «Rose et Noir»… Et puis, il y a ce spectacle étonnant : «Monsieur Accordéon». Spectacle autobiographique et d'émotions, qu'elle a écrit il y a deux ans. Détrompez-vous, Saïda Jawad ne cherche pas à y régler ses comptes avec son passé, avec cet instrument qu'elle n'aimait pas, et son père qui l'obligeait à en faire. Non, elle a cherché la réconciliation, et c'est ce qui fait la beauté de sa pièce, «sorte de mariage forcé entre le Maroc et la France». L'histoire ? On s'en douterait presque : Saïda est en train de jouer de l'accordéon lorsqu'elle se fait arrêter par un commissaire qui croit qu'il y a là une bombe cachée. La jeune fille commence à se justifier, à s'expliquer, non il n'y a pas de bombe cachée monsieur le commissaire. Progressivement, le commissaire devient un confident, puis un complice, un ami, une figure du père… La jeune fille lui dévoile son histoire, ses expériences, ses déboires, ses rêves. Très vite, cela devient un monologue passionnant pendant lequel l'héroïne se confie enfin… Spectacle total, qui réunit musique et théâtre «Monsieur Accordéon» est véritablement l'histoire d'une réconciliation entre le désir d'une fille de devenir actrice et le désir de son père de la voir accordéoniste. Pari réussi, puisqu'en plus de jouer cette pièce, Saïda Jawad joue de l'accordéon sur scène. Drôle, émouvant, touchant, toutes les gammes des sentiments sont explorées, le tout formant une jolie harmonie musicale et sentimentale. Le public ne s'y est pas trompé : en tournée depuis deux ans à travers le France et maintenant au Maroc, la pièce est un succès incontestable et mérité. «Monsieur Accordéon», avec Saïda Jawad. Le 17 avril à Agadir, le 18 à Marrakech, le19 à l'institut français de Casablanca.