Rabat et Amman scellent un accord de jumelage et de coopération    Espagne : Murcie secouée par une affaire de séquestration d'une Marocaine    Le cimetière et le carré militaire d'Alnif-Bougafer inaugurés après restauration    Maroc Telecom enregistre un chiffre d'affaires de 36,7 MMDH (1,4%) en 2025    Bahreïn exprime sa solidarité avec le Maroc après les inondations    Isla Délice souhaite renforcer sa position sur le marché halal en Europe    Le Marocain secouru par un navire écossais tentait de rallier Ceuta    GenZ in Morocco: Zineb El Kharroubi's trial set for February 26 in Casablanca    Morocco's ancient Igoudar at risk as severe weather worsens damage    Murcia se ve sacudida por un caso de secuestro de una marroquí    Ramadan sur Tamazight : La fiction et le documentaire s'invitent sur la chaîne amazighe    Bryan Adams se produit au Maroc avec «The Bare Bones Show»    Yassir Zabiri attendu pour ses débuts en Ligue 1 face à Achraf Hakimi    Girona : Azzedine Ounahi de retour avant le choc face au FC Barcelone    Achraf Hakimi de retour : l'heure de la relance face à Rennes    Croissance de 11 % du financement des petites et micro-entreprises en Chine en 2025    Moroccan–Croatian Economic Forum Lays the Groundwork for Strategic Multi-Sector and Trans-Mediterranean Partnerships    Revue de presse de ce vendredi 13 février 2026    Forum économique maroco-croate : vers des partenariats stratégiques multisectoriels et transméditerranéens    Abus de marché : L'AMMC publie un guide sur la prévention et la répression pour consultation publique    Maroc Telecom : Le RNPG culmine à près de 7 MMDH en 2025    L'ambassadeur russe salue la stabilité et la croissance du Maroc    Libye : première attribution internationale de blocs pétroliers depuis plus de 17 ans    Sécurité : l'UE veut durcir les conditions d'enregistrement des drones    Live. Suivez le débat de La Vie Eco sur l'investissement public et privé    Info en images. UNESCO : «L'artisanat marocain» célébré à Paris comme patrimoine vivant «en mouvement»    CasablancaRun revient pour une 5e édition les 14 et 15 février    Réformes fiscales : le FMI salue les avancées réalisées par le Maroc    Souffian El Karouani met les choses au clair concernant la rumeur Al Qadisiah    Intempéries : aucune perte enregistrée dans les établissements pénitentiaires    De la CAN 2025 au Mondial 2030, le Maroc construit bien plus qu'un événement    Intempéries : Programme d'aide de 3 milliards de dirhams sur Hautes Instructions Royales    Addis-Abeba : Le Maroc participe à la 48ème session du Conseil exécutif de l'UA    Maroc–Emirats arabes unis : Partenariat stratégique renforcé en santé    Coupe de la CAF (6è journée/Gr. B) : Wydad Casablanca/Azzam FC, bataille pour une place en quart de finale    Venezuela : vers la fin de l'embargo pétrolier américain après un accord énergétique inédit avec Washington    Bulletin d'alerte : fortes pluies orageuses, neige et rafales de vent vendredi et samedi    Maroc : Un séisme d'une magnitude de 3,7 près de Setti Fadma    Intempéries : Ouverture de 124 sur 168 tronçons routiers endommagés    CAN 2028 : La FRMF entretient le mystère sur une éventuelle candidature du Maroc    Officiel : annonce du premier pays arabe fixant la date du début du Ramadan    Intempéries en France: Un mort et un blessé grave, cinq départements en alerte maximale    Berlinale 2026 : Le cinéma marocain sous les projecteurs à l'European Film Market    Une chanteuse namibienne entre dans le catalogue mondial de Sony Music    Trafic record à l'aéroport de Dubaï en 2025, avec 95,2 millions de passagers    UNESCO : « L'artisanat marocain » célébré à Paris comme patrimoine vivant « en mouvement »    Dakar Restaurant Week 2026 : la capitale sénégalaise célèbre la gastronomie    « 3ech Tma3 » : le thriller choc qui va secouer le public pendant le Ramadan    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.



Il publie un récit de ses 18 ans de détention: Aziz BineBine, le conteur de Tazmamart
Publié dans La Gazette du Maroc le 31 - 01 - 2009

C'est un mausolée pour les morts de Tazmamart, ces jeunes gens enterrés sans sépulture après qu'on eut volé leur vie. Tazmamort est le récit digne, magnifiquement écrit, de leur vie et de leur mort, de leur formidable solidarité comme de ces moments où l'âme se fissure et livre ce qu'elle a de pire. ■
C'est parce qu'il n'avait nulle envie de raconter ces instants-ci qu'Aziz Binebine s'est refusé pendant longtemps à écrire ce livre. «Il fallait raconter les âmes à nu : certaines ne sont pas belles, d'autres sont belles et pas belles alternativement. Il fallait tout raconter ou ne rien dire», explique-t-il. Et puis, il y a trois ou quatre ans, le déclic se fait : «je me suis aperçu qu'on avait beaucoup parlé des survivants de Tazmamart, mais que personne n'avait jamais parlé des morts, dit-il. J'ai ressenti cela comme une injustice. Je voulais la réparer et rendre hommage à ces camarades qui sont morts dans des circonstances atroces». Aziz Binebine était un fringant officier de 25 ans quand il fut enterré vivant dans cette geôle au milieu de nulle part, lui dont le seul crime était d'avoir été au mauvais endroit au mauvais moment, un certain 9 juillet 1971. C'est un presque vieillard qui en ressortit 18 ans plus tard. Entre temps, pour soutenir ses camarades et s'aider lui-même, il devint le conteur de Tazmamart, se remémorant pendant des années les livres qu'il avait lus, en inventant d'autres au besoin. C'est ce don, entre autres, qui lui aura permis de tenir, en donnant un sens à une incarcération qui n'en avait pas : «vous vous demandez pourquoi ça vous est arrivé, explique-t-il. Quand vous avez une réponse, c'est beaucoup moins lourd à porter. Jusqu'à aujourd'hui, tous mes camarades qui ont survécu le reconnaissent : je les ai aidés par mes récits. Même ceux qui n'ont pas tenu, je les ai aidés le temps qu'ils étaient là ». Aujourd'hui, c'est sa propre histoire et celle de ses camarades qu'il raconte, avec une absence de rancoeur qui l'honore. De son père, qui l'a renié, il affirme : «Ce qu'a dit mon père ne m'a pas blessé. Il a dit cela parce que c'est sa nature. Il est comme ça : c'est un courtisan. S'il avait donné une autre réponse, cela m'aurait étonné. C'était comme ça, cela faisait partie de ce Maroc».
Fragments de vie
Concernant Hassan II, il affiche la même sérénité : «Je me suis convaincu, là-bas, que je n'avais pas le droit d'en vouloir, de haïr ou de juger quelqu'un. A quoi ça sert ? Hassan II est mort, moi je suis toujours vivant. Et puis, je crois en Dieu et dans le jugement dernier. S'il a fait des choses atroces, il en répond aujourd'hui ». Dans ce livre bouleversant, où Aziz Binebine prend soin d'épargner le lecteur en décrivant l'insoutenable avec infiniment de délicatesse, il nous livre des fragments de vie. «J'espère que ce livre arrivera aux familles, qu'elles sauront au moins comment sont morts leurs enfants, dit-il. Qu'elles sachent et que tout le monde sache que, parmi eux, il y avait des êtres exceptionnels.  Mon but, dans ce livre, c'était ça : leur donner une sépulture et que les familles puissent faire leur deuil». Parmi ces fantômes qu'Aziz Binebine fait revivre avec force, on retiendra, parmi tant d'autres, la figure bouleversante de Boujemâa, le petit berger berbère qui se battit pour apprendre à lire et crut donner un sens à sa vie en intégrant une école d'officiers. Cette vie lui fut confisquée au moment où son rêve était en passe de se réaliser. ■


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.