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“Je reste quoi qu'il arrive !”
Publié dans La Gazette du Maroc le 02 - 06 - 2003


La Commuanuté juive du Maroc
au Maroc les Juifs ont de tout temps cohabité avec les Musulmans. Depuis des siècles, les deux communautés ont vécu dans le respect et la tolérance. Aujourd'hui, les Juifs du Maroc, certes touchés par les attentats du 16 mai, refusent de croire qu'ils étaient la cible des assassins.
Pour tous ceux que nous avons rencontrés, c'est au Maroc qu'ils veulent passer le restant de leur vie.
“Vous savez, les Juifs étaient environ 450.000 il a y a plus d'un demi-siècle, soit 4 % de la population de l'époque. Presque tous ont émigré vers Israël ou vers la France au début des années 1960. Nous sommes restés et nous n'avons pas l'intention de partir, quoi qu'il arrive”. Ce que Marie n'aime pas qu'on lui dise c'est que la communauté juive marocaine est aujourd'hui très réduite : à peine 4 ou 5 mille personnes dont la majorité est installée à Casablanca. “Ceux qui sont partis ne sont pas si heureux que cela. La plupart de mes amies pensaient revenir parce qu'en Israël, ce n'est pas la joie non plus. Là-bas, les kamikazes, c'est tous les jours”. Elle n'en dira pas plus. Suivent deux bonnes minutes de silence très lourdes que Marie interrompt subitement en prenant son téléphone pour appeler le fils d'une amie. “Lui, il sait beaucoup de choses sur notre histoire. Il vous dira”. Entre temps, Marie sert des gâteaux “à la marocaine” et un bon thé fumant qu'elle dit avoir appris à faire quand elle habitait encore l'ancienne médina de Rabat avec sa famille : “c'est ma voisine Aïcha qui m'a appris à faire ce thé. Moi, je le trouve bon”. Il l'était. Sa belle-mère, une vieille dame au sourire radieux, égrennait une espèce de chapelet en buvant son café. D'après Marie, c'est un livre ouvert où l'on peut lire l'histoire des Juifs marocains. Mais “il faut savoir la prendre du bon côté”. Notre hôtesse ne veut pas revenir sur le 16 mai ni sur l'horreur et les pauvres victimes de la haine. Elle est écœurée par ce qu'elle lit dans les journaux : “on a monté cette histoire des lieux saints des Juifs en épingle. Je suis convaincue que tout le monde a été visé
par ces explosions, Juifs, Chrétiens et Musulmans. Il ne faut pas semer la zizanie entre nous. Mes voisines et mes amies marocaines sont musulmanes, elles sont venues me voir pour me réconforter, pour me proposer leur aide et leur soutien. De quelle haine parlent les gens ? Il faut arrêter de manipuler les gens”. Là, Marie s'échauffe un peu et commence à nous raconter ce que ses parents lui disaient dans le temps. Il ne faut pas oublier les règles du bon voisinage, il ne faut pas médire des Musulmans, jamais oublier que le Maroc a tant fait pour nous. Ne pas voir de différence entre nos enfants et les enfants des voisins musulmans. “Mais qu'est-ce que vous voulez, les temps ont changé, et on se voit peu avec les amies marocaines. D'ailleurs, même les Musulmans entre eux sont pris dans leurs affaires de tous les jours. Nous n'avons plus le temps comme avant”. La voix de la belle-mère surgit de très loin, comme derrière un voile, un peu lourde et rauque, mais très sereine, sûre d'elle : “c'est une autre époque”. Rien de plus. Silence. Robert est un intellectuel. Il n'aime pas le tapage que l'on fait autour de la communauté juive, il dit que cet air qui souffle en ce moment est très malsain. Il n'y va pas non plus par quatre chemins pour pointer du doigt les islamistes et la haine qu'ils ont semée dans les cœurs d'une jeunesse marocaine, traditionnellement très paisible et tolérante. Il fustige le PJD, Al Adl Wal Ihssane,
passe en revue leurs méthodes basées sur
“le mercantilisme de l'esprit” et “le travestissement des idéaux”. Robert finit par fulminer en parlant de l'ignorance de tous ceux qui sèment la violence aujourd'hui au Maroc : “ils oublient peut-être que je suis autant sinon plus Marocain que beaucoup d'entre eux, tous ces prestidigitateurs d'un jour. Les Juifs vivent au Maroc depuis l'époque romaine (dans le Haut Atlas en particulier), bien avant que le pays ne devienne très majoritairement musulman. Que tous ceux qui ignorent l'histoire de ce pays aillent se documenter, cela leur fera le plus grand bien”. Sa femme, Sylvie, se mêle très vite à la conversation ( ou plutôt au cours magistral qui s'amorçait devant nos yeux). Pour elle, il y a une réelle méconnaissance de la culture judéo-marocaine de la part des autres communautés vivant au Maroc. “Peu de gens connaissent nos traditions communes, nos fêtes, notre héritage, nos costumes, nos traditions, qui sont très liés à celles musulmanes. Et cela s'est toujours passé dans un esprit de respect, de partage et d'échanges entre les deux cultures ”. Robert n'est pas tout à fait sûr de ce qu'avance Sylvie. Pour lui, une telle méconnaissance est à la limite de l'injure. “On ne peut pas vivre dans un pays et ignorer sa propre histoire. C'est du jamais vu. D'autant plus que notre histoire marocaine est d'une richesse peu égalable, variée, mouvementée, complexe…”. Après un petit silence, il ajoute qu'il ne connaît pas dans son entourage un Juif qui ignore l'histoire du judaïsme au Maroc “et nous en sommes tous fiers”. Sylvie vient détendre l'atmosphère en se remémorant des noms d'amies marocaines de Tétouan, de Fès, de Salé, de Marrakech et d'Essaouira. On voyait les visages défiler. Toutes ces Hlima, Fatéma, Rabiaâ, Zahia qui ont partagé la Skhina avec Sylvie, qui ont fait le marché ensemble, bu le thé sur les terrasses, voyagé ensemble dans le Nord pour “voir les enfants d'une amie de Tétouan, Lalla Fetoum, une sacrée bonne femme qui était comme ma mère”.
Robert est décidément intarissable et très remonté pour se calmer un peu. “Aujourd'hui on veut peut-être réécrire l'histoire ! Ce pays est grand et tout le monde y a sa place. Je ne partirai jamais loin d'ici alors que je n'ai connu que cet air, ce soleil et cette lumière. Je vais souvent en Israël, je peux y rester, mais je ne veux pas. Je me sens mieux au Maroc, qu'on vienne me chasser alors si ma présence dérange tant. Mais je ne le pense pas. Les kamikazes sillonnent le monde. Il y en a partout. Ce qui est arrivé au Maroc n'est pas une histoire de Juifs ou de non Juifs. C'est un jeu de pouvoir que certains convoitent”.
Chez Marie, les souvenirs du bon vieux temps fusent. Marie sort de vieilles photographies à Rabat ou à Casablanca avec la famille, les copines, à la campagne : “c'était un vendredi, je crois. On avait mangé de la pastèque, je m'en souviendrai toute ma vie”.
Arrive un jeune homme, un tantinet fringuant, peu loquace et très sérieux. C'est le fils de son amie, celui qui connaît un long chapitre sur l'histoire des Juifs au Maroc. Les choses commencent bien : “on dit que l'on a ciblé des lieux fréquentés par la communauté juive marocaine. Je n'y crois pas du tout. Si les kamikazes voulaient notre mort à tous, ils auraient pu attendre un autre jour, mais pas le vendredi soir pour frapper l'Alliance où il n'y avait personne”.
Le jeune homme dit avoir sa théorie sur la question, mais il ne nous dira pas de quoi il retourne. Il préfère me parler d'histoire, ce qui le passionne au-delà de tout : “je suis en train de faire des recherches pour un livre… Est-ce que vous savez que la communauté juive au Maroc est très faible aujourd'hui, y compris à Casablanca ? Nous sommes entre 3.000 et 5.000 personnes dans tout le pays. La majorité sont des personnes âgées, la communauté juive n'est plus que l'ombre d'elle-même. Ce qui m'intéresse est de savoir pourquoi nous sommes passés de 400.000 à 4.000 en quarante ans”.
Là non plus, il ne dira pas sa théorie que l'on imagine pas encore tout à fait au point. Mais le jeune homme se fait par ailleurs le porte-parole de toute une jeunesse qui se sent bien au Maroc. “Je suis en sécurité dans ce pays. Je suis chez moi. J'ai grandi entre Casablanca et Fès. J'ai surfé à plage David, j'ai joué avec mes amis marocains dans le quartier, nous sommes sortis ensemble en boîte, nous avons fait les 400 coups ensemble sans jamais avoir de problèmes. Jamais un Marocain musulman ne m'a insulté, ne m'a traité de sale Juif. En Europe, dans une boîte de nuit, on me l'a sortie celle-là . Mais jamais ici”.
Marie participe à la conversation et appuie les propos de son jeune protégé. Pour elle, ceux qui disent que les Juifs sont partis à cause de la haine et du racisme ont tort. Ils sont partis comme tous ceux qui émigrent pour gagner leur vie. “Combien de Marocains vivent en France, en Belgique ou en Italie? Des dizaines de milliers. Eux aussi sont partis à cause du racisme ?” . Le jeune chercheur fait un signe de la tête en notre direction pour nous signifier que la question ne mérite même pas d'être posée. Et il ajoute de but en blanc : “en Israël, il y a un demi-million de descendants de la communauté juive marocaine qui vivent et prospèrent . Ils sont structurés, influents par leur force électorale et tous ont une grande nostalgie du Maroc. Le leader de cette communauté, David Lévy, est né à Rabat, vous le saviez ça ?”. Marie surenchérit en nous rappelant que depuis plusieurs années des Juifs séfarades originaires du Maroc, installés en Israël, ont pris l'habitude de revenir dans leur pays de naissance pour passer les vacances d'été. Et que d'ailleurs malgré ce qui vient de se passer, ils n'ont pas changé leurs plans”.
“Aujourd'hui à Casablanca, on dispose d'une trentaine de synagogues, de trois écoles, d'un centre de soins gratuits pour un quart de la communauté, d'une chambre rabbinique au tribunal et de quelques cercles. Nous avons aussi un musée qui retrace l'histoire de la culture judéo-marocaine. Notre communauté est vivante même si on n'est plus des centaines de milliers”.
Marie prend le relais et dit “qu'ils sont 30 millions de Marocains qui aiment leur pays”.
“Jamais un Marocain musulman ne m'a insulté, ni m'a traité de sale juif. En Europe, dans une boîte de nuit,
on me l'a sortie
celle-là!”
La Fédération mondiale du Judaïsme marocain
Le 1er janvier 2001, la Fédération mondiale du Judaïsme marocain a vu le jour grâce aux efforts des présidents des organisations et des mouvements des originaires du Maroc et de l'Afrique du Nord en Israël, des élus, des magistrats, des chercheurs, des professeurs, des écrivains et des journalistes désireux de préserver, faire connaître et promouvoir en Israël et dans l'ensemble du monde juif le riche héritage historique et culturel du judaïsme marocain.
Les fondateurs ont élu pour Président un homme qui a œuvré durant des années pour le rapprochement et l'amitié entre les communautés juive et marocaine. Un homme qui a donné les preuves de son attachement à la tradition du judaïsme marocain. Sam Ben-Chétrit, qui a été
le fondateur de "Beyahad", le mouvement d'intellectuels d'origine nord-africaine ainsi que du "Comité public des festivités de la Mimouna".
Ce comité qui a fait de la Mimouna une fête nationale culturelle en Israël, a démontré au fil des ans qu'il avait la compétence et le recul nécessaires pour servir une telle cause entre deux communautés amies.
Sam Ben-Chétrit a été l'émissaire personnel auprès du Roi Hassan II et des chefs de gouvernement Itshak Rabin, Shimon Peres et Itshak Shamir.
Son amour pour le Maroc l'a poussé, après la disparition du Roi Hassan II, à fonder le Comité national pour la perpétuation de sa mémoire. Sous la présidence d'honneur du ministre Shimon Peres, le Comité a déjà publié des brochures, inauguré des rues, places et promenades dans plusieurs villes d'Israël au nom du roi disparu et produit un film, en hommage à sa bienveillance envers la communauté juive marocaine et à ses efforts en faveur de la paix au Moyen-Orient.
Mohammed V et les Juifs du Maroc
De Robert Assaraf
À l'époque de Vichy
Ce livre met en lumière de façon saisissante les liens étroits qui ont existé, tout au long des siècles, entre les souverains marocains et la communauté juive peuplant le pays. Les rois de la dynastie alaouite ont constamment protégé leurs sujets juifs, quels que soient les événements politiques, et même dans les heures les plus sombres. Ainsi, Mohammed V, auquel les Juifs marocains vouent un véritable culte, s'opposa totalement à la mise en application de la politique raciale de Vichy. Dans son livre, Robert Assaraf décrit également l'évolution du judaïsme marocain, partagé, au début des années 60, entre deux tendances : l'une en faveur de l'émigration, l'autre prônant au contraire l'intégration dans un Maroc devenu indépendant. Il décrit les vagues de départs qui suivirent la mort du souverain, en 1961, et qui finiront par vider le royaume de la majeure partie de ses habitants juifs.


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