Mustapha Ramid, Jamaâ Mouatassim Mustapha Ramid n'a pas l'intention de se réveiller. Il se prélasse dans ses certitudes, s'étire sous ses draps (beaux draps !) et s'efforce de fermer les yeux. Langoureusement, souverainement, un brin de douleur dans l'âme. Ramid ne veut pas savoir que seul un désaccord avec soi-même est à même de provoquer un éveil. Du corps et de l'esprit. Lui, se complait dans la pénombre, le clair-obscur et les “à-peu-près”. Parfois, il choisit le coup de poing, rue dans les brancards. On le reconnaît. C'est lui, cela ne fait pas l'ombre d'un doute. Il est triste, désemparé ? Alors là, il prend le premier poil de sa barbe et clac ! Le coupe en quatre parties. Très très égales. Un exploit pour un barbu peu habitué à la coiffure. A la logique, aussi. “Il faut se demander, s'est-il interrogé dans une interview publiée par Assahifa, si des politiques laïques (sic) et certaines données non-religieuses (un tour de passe-passe pour dire ou ne pas dire athées) n'ont pas attisé la haine et les ressentiments qui ont conduit aux attentats du 16 mai”. Autrement : puisque les cibles ne sont pas en odeur de sainteté avec les kamikazes, la vérité est sans doute du côté des victimes ! Logiquement, il faut qu'il y ait une logique dans tout cela, les morts ont appelé les criminels. Ni plus, ni moins. Il fallait, pour sauver les âmes et les corps, plus de talibans et plus de talibanisation. Là, il faut l'avouer, on reconnaît Ramid. Ses faux-fuyants, de toujours. C'est pourquoi, il n'assume pas. “Le PJD, dit-il, n'est en rien responsable de ce qui s'est passé. Il en est même victime !”. La haine, l'ex-communication, la campagne de redressement moral, les partis pris, la diabolisation de l'Autre… Oublions ! “Le parti, le sien s'entend, n'est jamais d'accord sur ce qui est publié par Attajdid”. Attajdid, vous n'êtes pas sans le savoir, est l'organe du parti. Ce que l'organe du parti transmet, publie ou défend, n'a rien à voir avec le parti (excusez la redondance !). L'organe du parti serait l'organe d'un autre parti qui n'est pas le parti !). C'est très socratique tout ça ! D'ailleurs, le fameux philosophe de la ciguë est lui-même un barbu non ? Lui aussi aurait eu un ciseau, une barbe et un cheveu à couper en quatre. Socrate à Sidi Moumen, ou en face du café Balima. C'est exotiquement religieux, re-non ? Peut-être que Ramid fait allusion à l'hebdo “Al Asr” qui serait selon toute vraisemblance, l'organe officiel du parti ? Que nenni ! “Al Asr” non plus. C'est en réalité, selon le saint Ramid, l'affaire du “frère Khalidi et une poignée de jeunes journalistes”. Déduction : ni “Attajdid” ni “Al Asr” n'engagent le parti. Le superflu, disait Voltaire (lui-même un barbu d'Outre-mer) est une chose très nécessaire. Pour se désengager, se dédouaner, et surtout pour la suite du raisonnement. Les déclarations de Saâd Eddine Othmani, par ailleurs, vice-président du PJD ? «Elles n'engagent que lui». Celles de Khatib ? Même réponse. Les propos de A. Benkirane ? Voir chapitre précédent. Les vôtres, Ramid ? Les miennes, euh… Un homme sérieux a peu d'idées ! En avoir de sérieuses, claires et sans “jeux de mots”, serait fatal. Surtout que le moment s'y prête mal. Pour être malin, il faut composer. “Pour l'instant, martèle Ramid, on s'adapte aux données du moment”. En clair, on fait dos rond. Un chat nous le dira mieux. “Quand la tempête sera passée, et que nous serons à même d'interpeller les gens, alors on procédera à l'évaluation requise”. Surtout, accusatrice à l'égard de l'Etat. Impulsif, comme le laisse entendre son président Khatib ? On a désormais la preuve que Ramid est un homme méthodique, fin tacticien. D'abord, son instinct lui fait sentir le besoin de chercher la responsabilité hors de lui, hors de son parti, hors de ses pairs. Ensuite, son esprit est peu exigeant. Il faut lui savoir gré, également, d'exiger le même choix des autres esprits. Le nôtre, y compris. Néanmoins, il n'a qu'un seul regret : c'est de ne pas être ailleurs. Une chance que son co-barbu Jamaâ Mouatassim semble avoir déjà goûté à ses délices et ses supplices. Celui-là est député. Son siège, il le doit au syndicat (UNMT), très proche du PJD. Il croit dur comme fer que la députation est bonne pour faire l'historien : “nous avons - lui et sa génération ! - appris les préceptes de la religion hors de l'école !”. C'était au moment - tenez-vous bien où “les enseignants progressistes enseignaient l'athéisme dans les lycées ! !” Tout en but ! Heureux qui, comme Jamaâ Mouaâtassim s'est exilé pour emprunter les voies du Seigneur dans ce bas monde impie ! Un Youssef Fikri, ou Zakaria Miloudi d'Assirat Al Moustaqim, auraient-ils trouvé mieux ? Peu probable. Ces propos n'engageaient que Moustaquim, sans doute. N'est-ce pas monsieur Ramid ?