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La fetwa et la force
Publié dans La Gazette du Maroc le 26 - 04 - 2004


Alaoui M'daghri
Alaoui M'daghri, qui a quitté le ministère des Habous depuis presque un an, en a commis une bien bonne. Autrefois porte-étendard attitré du conservatisme soft et branché, l'ex-ministre ne se gêne pas de montrer un rigorisme encore plus coriace.
Une fois les coudées franches, il étale le fond de sa pensée : “il faut tuer les renégats”, c'est en substance ce qu'il a trouvé religieusement correct. Invité par l'Association des lauréats de la Faculté des lettres et sciences humaines à Rabat, M'daghri Alaoui a vivement critiqué les associations des droits de l'homme et autres médias “qui refusent l'application de la sentence maximale à l'encontre de ceux qui ont renié la religion, l'Islam”. Les hérétiques, selon M'daghri, ne trouvent aucune grâce aux yeux de la chariâ. Pas de pitié donc, ils méritent la mort.
Aussi immuable qu'intransigeant, Alaoui, selon Al Ahdat Al Maghribia du 24 avril courant, ne doute pas de la “véracité” religieuse de ce principe. Toutefois, son application n'est
pas encore de mise. Motif : les Musulmans sont encore très faibles pour imposer l'application de la peine de mort à l'encontre des scélérats. En d'autres termes : la fetwa de Alaoui M'daghri est momentanément mise en veilleuse en attendant des jours meilleurs. Toutes ces conventions, pactes et articles universellement reconnus, rendent la nation musulmane incapable d'être digne de sa religion - selon A. M'daghri - car les fidèles ne peuvent - actuellement - appliquer cette loi sans s'attirer les foudres des autres nations.
L'implacable “takfiriste” - moins la barbe, évidemment - espère trouver la force requise pour mener à bien son “jihad” contre les renégats (Al mourtaddine).
Youssef Fikri et consorts auraient-ils trouvé mieux ? On en doute. Eux, plus téméraires que le futé ministre, sont sortis un peu tôt de leurs bois. Lui, reste à l'affût. Scandaleux, c'est le moins que l'on puisse dire. Car Alaoui M'daghri, en jouant ce jeu, oublie l'essentiel : que l'intolérance est aussi éloignée de l'esprit religieux que le blasphème.
Que l'ouverture de l'esprit, le droit à la différence et la coexistence avec les autres ne nous rendent pas indignes de notre religion, ou font de nous des brebis galeuses. Que Dieu, de simples Musulmans vivant amplement et sereinement leur spiritualité, est un Dieu d'amour remplit l'âme de ces millions de fidèles et les rend incapables d'autre fin que Lui-même. Incapable donc de tuer.
L'ex-ministre n'est pas sans savoir que le fanatisme est d'abord une idée, une idée de mort. L'obscurantisme, même imberbe, n'est pas une manière de persuader la vérité (la lumière donc) de la religion. Ni la force, non plus. La force de la raison, elle, oui. L'autorité de celui qui parle, également. Et c'est là où le ministre prêcheur pèche. L'autorité justement, il en a : une autorité d'influence.
Alaoui M'daghri trouvera toujours quelqu'un de plus rigoriste que lui. Il pourrait être Fizazi, Haddouchi ou Abou Hafs. Il sera le renégat, il sera, le cas échéant, condamné par sa propre raison. Au lieu de rejeter le principe même de tuer, pour “délit de confession”, Alaoui fait dans la demi-mesure, sous le prétexte : “l'état de notre capacité présente !”
Question, horrible : le seul Musulman qui sera fort ne le serait-il que pour être capable de tuer ? Ainsi Ben Laden ne serait-il pas dans le tort, puisqu'il a la force de l'argent. Et celle, plus grave encore, de
la conviction. M'daghri aussi convaincu? C'est là la question . Et la confusion, toute la confusion, aussi !


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