Akhannouch a salué la « nouvelle génération » d'acteurs économiques    Devises vs Dirham: les cours de change de ce mercredi 30 novembre    Qatar 2022: le point des groupes C et D    Maroc-Canada: à quelle heure et sur quelles chaînes ?    Les confessions touchantes du père de Walid Regragui (VIDEO)    Alerte météo au Maroc: averses orageuses et chutes de neige à partir de ce jeudi (Villes concernées)    Météo Maroc : les températures baissent ce mercredi 30 novembre 2022    La Bourse de Casablanca débute en baisse    TGCC : Des projets d'expansion dans le pipe d'ici fin 2022    CDG : Comment se présente 2023 ?    Bank of Africa : Hausse de 5% du PNB au 3ème trimestre    Marketing territorial: l'implication citoyenne est indispensable    Maroc : Démarrage de la période de souscription à l'introduction en bourse d'Akdital    Des mesures concrètes pour la Palestine mises en lumière par le Souverain    Décès de l'ancien président chinois Jiang Zemin    USA: Biden appelle le Congrès à agir pour éviter la grève du fret ferroviaire    9è Conférence sur les armes biologiques : L'ONU plaide pour des progrès même en "période de défis géopolitiques"    Après le Maroc, l'Algérie négocie l'achat de missiles balistiques chinois    Entretien téléphonique entre le roi Mohammed VI et l'émir du Qatar    Révolution médicale    FAMI 2022 : Les managers territoriaux d'Afrique en conclave à Agadir    Le jumelage institutionnel entre le SGG et le Conseil d'Etat d'Italie a atteint ses objectifs    Qatar 2022 : Dans quel cas la Tunisie peut se qualifier pour les huitièmes de finales    Mondial : voici les premières affiches des huitièmes de finale    Volley-ball : Réélection de Bouchra Hajij pour un nouveau mandat à la tête de la CAVB    Cameroun : Le gardien Onana écarté pour «indiscipline»    Le Brésil et le Portugal en huitièmes, le Ghana se rachète    Bénin-Maroc: échange des instruments de ratification relatifs à la Convention en vue d'éviter la double imposition (communiqué)    Charte de l'investissement. La Chambre des Conseillers adopte le projet de loi-cadre    Revue de presse quotidienne de ce mercredi 30 novembre 2022    Tentative de suicide d'un touriste français soupçonné d'homicide volontaire : Une enquête judiciaire est ouverte à Marrakech    Première en Afrique : Le Maroc se dote d'une unité de radiothérapie adaptative    Le sida est toujours là... Faisons un don !    Peines alternatives : Pomme de discorde entre Ouahbi et Hajoui !    Interview avec Pr Tayeb Hamdi :« Aucune raison de s'inquiéter de la grippe cameline »    Exposition «Melehi à Loft Art Gallery 2009–2020» : Histoire de complicité entre un artiste et sa galerie    Protection du patrimoine : Le Maroc et l'Unesco scellent un accord-cadre de partenariat    8 longs-métrages et 3 courts-métrages à découvrir dès le 7 décembre    Chambre des conseillers: Akhannouch se félicite des étapes franchies en matière de justice sociale    Front commun Maroc-UNESCO pour la protection du patrimoine    Rabat : théâtralisée de «Comme la mer, mon amour»    Message Royal à l'occasion de la Journée internationale de solidarité avec le peuple palestinien    Cinéma : Une célébration haute en couleur pour la 20e édition anniversaire du FIFM    Maroc : Le gouvernement promet d'accélérer l'introduction de l'amazigh dans l'administration    L'exposition itinérante de l'artisanat sino-marocain fait escale à Marrakech    Le Maroc sous le leadership visionnaire de SM le Roi, engagé à faire des problématiques climatiques en Afrique une priorité (Diplomate)    L'Iran fait état de plus de 300 morts depuis le début des troubles    Sauvegarde du patrimoine culturel immatériel: le roi se félicite de la qualité du partenariat entre l'Unesco et le Maroc    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.



Décès du troubadour de l'amour
Publié dans La Gazette du Maroc le 18 - 07 - 2005


Salim Halali
D'une élégance inouïe, ce cosmopolite, polyglotte, humaniste et universel qui brassait des fortunes, a fini ses jours dans l'anonymat et la déchéance. " Ya hasra aâla douk liyyam " !
"Moi, je suis d'un pays et d'une race étrange
Je n'ai pas d'horizons, de frontières à mon cœur
Le chant d'une guitare et puis mon âme change
Je n'ai plus de parents
Ici je n'ai que des frères et des sœurs de cœur…
Mon pays c'est l'amour
et j'aime avec outrance
les enfants des faubourgs…"
A feuilleter son passeport français, on apprend que Shlomo ou Simon Halali, dit Salim Hilali, est né un 30 juillet 1920 à Bône (Annaba), à la frontière algéro-tunisienne. Issu d'une famille de Souk Ahras, berceau des plus grandes tribus Chaouia, les Hilali, descendants de la Kahéna la magnifique, la prêtresse aurésienne qui régna sur l'Ifriquia (actuel Maghreb) avant la conquête arabe. Son père est d'origine turque et sa mère (Chalbia) une judéo-berbère d'Algèrie. A quatorze ans, il quitte le cocon familial, prend le large et débarque en 1934 à Marseille, éjecté d'un bateau dont la seule cargaison fut un troupeau de moutons.
A l'occasion de l'exposition universelle de 1937, il monte à Paris pour y débuter une carrière de chanteur de charme espagnol. Sa rencontre avec Mohamed El Kamal et Mahieddine Bashtarzi fut décisive. Ils l'initient au chant arabo-oriental, l'intègre à la troupe "Al Moutribia", fondée par le grand Edmond Yafil, pour une grande tournée dans les capitales européennes. C'est à Paris qu'il rencontre Mohammed Iguerbouchen, fondateur du Cabaret Al Jazair, rue de la Huchette, et génie de la musique, qui lui composa des morceaux à sa mesure. Son étoile ne cessa de briller depuis. Ses disques connaissent des ventes record et deviennent, dans l'effervescence des années quarante, "la coqueluche des radios d'Alger, Tunis, Rabat et Tanger qui passaient, en boucle, ses chansons…", se souvient Mme Nina Banon, l'une des premières journalistes marocaines de radio Tanger.
En 1940, il échappe à la déportation grâce à l'intervention de Si Kaddour Benghabrit. Ministre plénipotentiaire au Maroc sous le protectorat et premier recteur de la grande mosquée de Paris, inaugurée en 1926 par Moulay Youssef et dont le premier appel à la prière fut lancé par la voix du ténor Mahieddine Bashtarzi. Il lui délivre une attestation de conversion à l'Islam au nom de son père et fait graver le nom de ce dernier sur une tombe abandonnée du cimetière musulman de Bobigny ! Non seulement le recteur le sauve des fours crématoires nazis, mais l'engage au café maure de la mosquée où il s'est produit en compagnie de grands artistes tels Ali Sriti et Ibrahim Salah ! Kaddour Benghabrit est certes un "Alem", docteur en foi, mais aussi un grand mélomane. En tant que luthiste et violoniste, feu Mohammed V le désigna membre de la délégation marocaine au congrès de la musique arabe du Caire de 1932 ! ca nous change des " figures " actuelles de l'Islam de France et leurs bysantines polémiques sur la viande Halal et autres bandanas et fichus foulards !
En 1947, il crée à Paris le cabaret oriental Ismaïlia Folies dans un hôtel particulier qui appartenait à Ferdinand Lesseps (ingénieur du canal de Suez ), situé dans la prestigieuse avenue Montaigne. Ceux qui l'ont fréquenté se souviennent de ses folles soirées avec une clientèle huppée à l'instar d'un roi Farouk d'Egypte, de sa cour et des stars d'alors, Mohamed Abdelouahab et Oum Keltoum. En 1948 il en crée un autre, rue Colisée , le Sérail.
Au sommet de sa carrière, il choisit de vivre au Maroc où il est accueilli par les grandes familles. Il y installe , en 1949, dans l'ancienne Médina de Casablanca, le fameux Coq d'Or, l'un des plus prestigieux cabarets au monde où se sont produits les plus grands artistes (Fouiteh, Hajja Hamdaouia, Maâti Belkacem, Line Monty, Blond Blond, Lili Bouniche, Safia Rochdi, Latifa Amal, Warda al jazairia, Raoul Journo….). Ce fut l'époque de la convivialité et de la symbiose judéo-arabe, évoquées, avec nostalgie, par Mohamed Maradji dans son livre "Salam Shalom", publié dans les années soixante-dix. En ami, il sauvegarde la mémoire iconographique de l'artiste et possède, comme relique, l'une de ses fameuses " Derbouka ". Salim Halali ne quitte le Maroc qu'au début des années soixante pour s'installer sur la Côte d'Azur. En 1970, il se lance dans une carrière en France, investit dans de ruineux studios faisant venir les meilleurs musiciens du monde arabe, se produit à la salle Pleyel avant de se retirer, une deuxième fois, à Cannes pour se consacrer à sa passion d'antiquaire, de collectionneur de tapis persans, bibelots et autres objets d'art…
Les années marocaines
Au Maroc, bien qu'il ne passait plus à la radio ( les bandes de Salim, de Samy Elmaghribi, de Zohra Elfassia et d'autres se sont évaporées des archives des radios nationales !? ), le souvenir de son séjour reste intact au fin fond de la mémoire de ceux qui l'ont fréquenté, aimé, écouté et Dieu sait s'ils sont nombreux . (les grandes familles, les artistes mais aussi les humbles). Les témoignages sont unanimes. Ils évoquent surtout son grand cœur et sa générosité inouïe. Salim donnait tout ce qu'il possédait jusqu'à, ses vêtements et ses bijoux. Il gâtait ses musiciens et offrait, à chaque fête de l'Aïd el Kebir, un camion de moutons aux pauvres de l'ancienne Médina. Une fois, il anima un gala au cabaret Rissani, actuelle place d'armes , place Mohammed V à Casablanca. Il débarqua avec quelques tableaux de valeurs qu'il mit en vente aux enchères. Un gros bonnet de la place fut le premier à lever la main pour la première toile annonçant le chiffre de cinq millions de centimes. La réplique de Salim, ses colères sont mémorables, fut cinglante. "Que dieu maudisse la religion de ta mère. Toi, fils d'un tel, propriétaire des sociétés X et Y, tu ne donnes que cinq millions ! Tu n'as pas honte ? Pour si B. ça sera vingt-cinq millions. Adjugé !". Il passa ainsi la soirée à plumer les bourgeois de Casa au profit du Croissant Rouge Marocain.
Il parait que cheb Khaled est allé le voir, accompagné de son impresario, pour lui acheter les droits de l'une de ses chansons. Il eut cette réponse, " Tu mets le prix que tu veux. Une fois fixé, tu le divises en deux. 50% pour les orphelins des musiciens algériens et le reste pour le centre où je finis mes jours. Moi je ne veux pas d'argent. " Interloqué par une telle seigneuriale offre, à laquelle il ne s'attendait pas, le roi du Raï fut très, très généreux…
Une fois, Albert Kakon, son voisin de l'ancienne Médina et ancien client , devenu par la suite l'un de ses amis intimes, débarqua au Coq d'or vers vingt-trois heures pour s'y retrouver nez à nez avec un seul client ! Une soirée de perdue pour le prestigieux établissement. Salim, en colère, lança au personnel, " fermez la porte et n'ouvrez plus à personne, même pas au Pape. Ces messieurs sont mes invités". Il les rejoint à table et passèrent la nuit à siroter, à l'œil, du bon Whisky et à l'écouter, accompagné du luth, leur chanter " ya lil ya aïn "…
Ainsi fut Salim Halali. Un artiste total, esthète, décalé et hédoniste . Ce cosmopolite aux identités multiples, a fini ses jours, début juillet 2005, dans l'anonymat et la déchéance, dans un hospice de Vallouris ( région de Nice). Incinéré , suite à son souhait testamentaire, ses cendres seront-elles accueillies, en offrande, par la mer Méditerranée qu'il a tant célébrée et chantée ?
" Méditerranéen, je suis, croyez- moi
Méditerranéen , je le suis dans la voix
je le suis dans l'amour
je le serai toujours… "


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.