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Contre la France et le Maroc : La fuite en avant du pouvoir algérien
Publié dans La Gazette du Maroc le 24 - 04 - 2006

Crispations et surenchères avec la France, rigidité sur la question du Sahara avec le Maroc : le pouvoir algérien, dopé par ses réserves grandissantes en pétro-dollars, fait monter les enchères et les pressions. L'essentiel demeure, pour son noyau militaire, de ne pas se remettre en cause face aux exigences criantes de sa propre société et de l'évolution démocratique du Maghreb.
Le regain d'hostilité à l'encontre de la France et du Maroc manifesté
par le pouvoir algérien s'explique par la conjonction de deux séries de raisons d'ordre externe et interne. En déployant une véritable mise en scène, ce pouvoir a voulu dramatiser outre-mesure son refus de conclure le traité d'amitié qui devait être signé entre l'Algérie et la France avant décembre prochain. En recevant le ministre français des affaires étrangères, Philippe Douste Blazy le 10 avril dernier, le président Bouteflika a étalé les trois griefs qui selon lui, empêchent cette signature. A savoir : le contentieux sur la mémoire de l'époque coloniale, les difficultés liées à l'octroi de visas aux Algériens et le soutien de la France au Maroc sur la question du Sahara.
Cette attitude condense, en fait, des calculs, des pressions et une forme de chantage très révélateurs de la situation où se trouve le pouvoir d'Alger et de la marge de manœuvre qu'il cherche à s'assurer.
Ce qui n'a pas été évoqué par Bouteflika est la politique de « réconciliation nationale », engagée depuis le référendum du 29 septembre 2005 et les décrets du 28 février 2006. Ces derniers portent sur les indemnisations des familles des victimes de la guerre civile des années 90 et surtout sur l'amnistie des auteurs des exactions, actes terroristes et massacres. Ils rendent illégales les revendications des associations ou des personnes exigeant que la vérité soit établie et reconnue sur ces atrocités avant que l'on puisse parler de réconciliation ou de pardon. Ceci provoque une large réprobation parmi les familles des victimes qui y voient une volonté de nier les responsabilités et de recouvrir d'une chape de silence des épreuves qui ont profondément meurtri et traumatisé de larges pans de la société algérienne.
Les organisations de défense des droits de l'homme ont exprimé vivement leur opposition à cette politique de l'effacement contraire à la fois aux dispositions constitutionnelles affichées et même à l'esprit d'une justice transitionnelle. L'exemple de ce qui a été entrepris au Maroc à propos de la reconnaissance des violations des droits humains (qui n'ont pas atteint l'ampleur de celles de la guerre civile algérienne) ainsi que les exemples d'autres pays (en Amérique latine et en Afrique du sud) ont pu être évoqués. Des craintes sont formulées quant à une possible résurgence des violences si l'on se limite à les refouler et à ne pas en faire l'objet d'un véritable travail de vérité et de prise de conscience, seuls en mesure de permettre d'assumer le passé et de le surmonter.
Noyau du pouvoir
Le pouvoir algérien et surtout son noyau militaire ne parait guère sensible à une telle nécessité. L'essentiel pour lui est de prémunir ses éléments contre toute mise en cause ouverte de leurs responsabilités et de leurs actes. Des données concordantes permettent de considérer que c'est le DRS (département de renseignement et de sécurité), héritier de l'ancienne Sécurité militaire, de triste notoriété, qui a la main-mise sur l'appareil militaire et contrôle les postes-clés du gouvernement. Malgré les mises en scène montrant un président Bouteflika qui rabroue sévèrement des ministres ou accable les partis politiques de ses critiques courroucées, il semble que la DRS n'a jamais été aussi puissante et son autorité politique aussi centrale.
Cependant si aucune poursuite n'est possible en Algérie contre les auteurs de crimes et d'exactions pour cause d'amnistie impérative, les victimes peuvent s'adresser à des juridictions étrangères. Comme en France, par exemple. L'enlèvement et l'assassinat des moines français à Tibéhirine en mars 1996 est à nouveau évoqué, dix ans plus tard.
La famille de l'un de ces moines a déposé une plainte à Paris et une information a été engagée qui pourrait mettre en cause des officiers de la DRS algérienne, soupçonnés d'être impliqués dans cette affaire. L'agitation actuelle contre la France est sans doute, pour une part non négligeable, liée à de telles poursuites qui pourraient éventuellement se multiplier. Le contentieux latent sur les violations des droits de l'homme est ainsi le quatrième sujet, non évoqué ouvertement, de la grogne anti-française. Tout ce qui est susceptible de mettre
en cause l'armée et son noyau dirigeant provoque les réactions les plus épidermiques de ce dernier.
Le prétexte du contentieux sur la mémoire de la guerre coloniale paraît de ce fait, tout à fait excessif et plutôt anachronique.
Il est toujours ressorti pour faire pression sur la France en cas de nécessité politique ou économique. Des militants des droits de l'homme algériens relèvent le fait que Bouteflika insiste sur des massacres commis par l'armée coloniale, il y a très longtemps alors que ceux imputés à l'armée algérienne il y a seulement quelques années ne sont même pas évoqués ni reconnus.
Surenchères
Il y a une surenchère manifeste quand les porte-parole du pouvoir répètent « qu'il n'y aura pas de traité d'amitié sans demande de pardon par la France ». Qui exigera des terroristes islamistes et des militaires qu'ils demandent pardon à leurs innombrables victimes ?
Près d'un demi-siècle écoulé n'est-il pas suffisant pour aborder avec plus d'objectivité et de maturité la mémoire et les séquelles de la colonisation ?
L'historien et ancien résistant algérien Mohamed Harbi a écrit fort justement à ce propos : « la guerre est terminée, il ne faut pas faire tomber sur elle le rideau de l'oubli mais il ne sert à rien de la continuer par d'autres moyens ; paradoxalement c'est l'Algérie, sortie politiquement victorieuse de la guerre, qui est hantée par la France ».
Cette surenchère anti-française n'est pas du tout le fait de la société algérienne ni des associations des familles des martyrs. C'est le pouvoir seul qui l'attise et l'utilise comme moyen de pression et de manœuvre. La nouvelle hospitalisation de Bouteflika au Val de grâce en France quelques jours après ses diatribes anti-francaises n'est pas pour atténuer la nature contradictoire du rapport à l'ex-colonisateur.
Malgré les incertitudes sur l'état de santé du président et sur l'après-Bouteflika, on ne cache pas à Alger que l'on ne veut pas faire cadeau à Chirac de la signature du traité d'amitié et que l'on veut garder cette carte pour influencer l'attitude du futur président de la république en France concernant le soutien au Maroc.
On table évidemment sur l'atout des réserves grandissantes de l'Algérie en pétro-dollars par ces temps de flambée des prix des hydrocarbures.
Cette manne rend l'Algérie plus alléchante pour les fournisseurs étrangers, des USA à la Russie en passant par l'Europe et l'Asie. Alger espère ainsi faire basculer en sa faveur l'appui international à sa position invariable sur le Sahara. Il veut être reconnu comme première puissance dans la région maghrébine et parvenir enfin à «contenir» le Maroc.
Le chef du gouvernement algérien, Ahmed Ouyahia l'affirme très ouvertement : « le problème entre le Maroc et l'Algérie est connu, c'est la question du Sahara ». Il souligne que « la frontière entre les deux pays restera fermée tant que le dossier du Sahara et les questions frontalières bilatérales ne sont pas résolues ».
Qu'en pense la population algérienne ? « Elle se soucie comme d'une guigne de ce dossier », indique la correspondante du quotidien français « Le Monde ».
Seul le pouvoir considère la question du Sahara comme essentielle et presque vitale pour lui. La nécessité de conserver un « ennemi » extérieur, de manière artificielle, est toujours d'actualité pour lui, malgré toutes les évolutions qui ont marqué la région depuis la disparition du président Houari Boumédiène et du roi Hassan II.
Que ce soit vis-à-vis du Maroc ou périodiquement vis-à-vis de la France, le pouvoir d'Alger fonctionne selon une logique consistant à lui éviter de se retrouver seul face à face avec son peuple et ses réalités.
Le déficit de légitimité de l'emprise de l'armée est largement perçu et contesté dans la société algérienne.
L'armée ne veut pas se résoudre à lâcher le pouvoir absolu et à laisser se développer un Etat démocratique fondé sur des institutions représentatives en mesure de mobiliser la société et de résoudre les problèmes vitaux de celle-ci. Héritière du mouvement national, elle ne veut pas encore envisager que la légitimité provienne d'une autre instance qu'elle même.
Tropismes du pouvoir
La question du Sahara apparaît ainsi comme un enjeu vital pour la perpétuation du pouvoir militaire sur la société algérienne. La fuite en avant actuelle n'est pas très rassurante de ce point de vue. Dopé par les réserves en pétro-dollars, ce pouvoir veut compenser aujourd'hui la perte d'influence et d'image qu'il a subie au cours de la décennie sanglante de guerre civile. Il lorgne vers Washington (« son premier client ») où il multiplie les visites et les contacts afin, espère-t-il, de parvenir à une pression américaine en faveur de l'application du plan Baker dont le caractère impraticable est largement admis au sein de l'ONU. En misant, grâce aux surenchères et aux pressions sur la France, sur un changement de l'attitude de Paris après le départ de Chirac, le pouvoir d'Alger s'acharne à faire capoter la proposition marocaine d'autonomie du Sahara comme base de règlement négocié, pacifique et définitif.
Face à la raideur et à l'immobilisme de l'attitude algérienne, le Maroc est seul à manifester des initiatives. Refusant le piège de la montée des tensions, il cherche à promouvoir une nouvelle approche et un autre style. Le ton et l'ouverture des déclarations du président du CORCAS (Conseil royal consultatif pour les affaires sahariennes), Khali Hanna Ould er-Rachid sont significatives à cet égard. Il en appelle à l'Algérie et à ses « cousins » du Polisario pour envisager l'avenir autrement, car « l'autonomie préservera la dignité de tous ».
Cette démarche impliquera à la fois l'ouverture et la fermeté, la volonté de convaincre et la lucidité vigilante. Les tropismes (réflexes élémentaires) du pouvoir algérien buteront sur l'irréalisme de sa position. Par contre toute évolution de celle-ci sera bénéfique aussi bien pour la stabilité que pour la démocratie dans tout le Maghreb.
Question du Sahara :
Kofi Anan : priorité à une solution négociée
n demandant une nouvelle fois dans son dernier rapport au Conseil de sécurité la prorogation de 6 mois du mandat de la Minurso au Sahara, le secrétaire général de l'ONU, Kofi Anan a plus que jamais souligné la nécessité d'une négociation impliquant l'Algérie pour parvenir à une « solution consensuelle définitive ». L'analyse effectuée par le représentant personnel du secrétaire général, M. Van Walsum, impute le statu quo actuel qu fait que les puissances veulent ménager aussi bien le Maroc que l'Algérie. Cependant, il exclut pour de bon toute solution qui serait imposée par l'ONU et aucune référence au plan Baker n'est plus de mise. La seule voie désormais privilégiée est celle de la négociation entre les parties en conflit, l'Algérie étant mentionnée comme devant y prendre part, ainsi que, pour faire bonne mesure,la Mauritanie. C'est ainsi que pour Van Walsum et Kofi Anan la nature essentiellement régionale de cette question ne peut plus être occultée. L'évidence de l'implication de l'Algérie est plus nettement soulignée alors que la position de celle-ci continue de se prévaloir du plan Baker et de se cantonner dans une rigidité invariable.La souplesse manifestée par le Maroc en avançant sa proposition d'une solution basée sur l'autonomie du Sahara dans le cadre de la souveraineté nationale constitue le seul élément nouveau et la seule initiative en faveur d'une formule négociable. L'insistance mise par Kofi Anan sur la négociation comme unique voie de règlement et sur l'exigence d'un consensus à trouver est, sans doute, en rapport avec l'initiative marocaine. Des craintes sont formulées quant aux risques représentés par le maintien du blocage actuel. Les concentrations des éléments armés du Polisario à Tifariti en février dernier sont qualifiées de violation des stipulations du cessez-le-feu. Un avertissement direct est ainsi exprimé pour prévenir toute tentation de jouer sur la tension et les démonstrations belliqueuses. Alors que les questions de sécurité et de stabilité sont devenues une obsession pour les puissances du Conseil de sécurité, USA en tête, toute éventualité d'un retour à la tension ou à des actes violents est exclue. Pour Van Walsum, une telle aventure, loin d'aboutir à la réalisation du but proclamé par le Polisario avec le soutien d'Alger, ne fera que « condamner » de nouvelles générations de sahraouis à végéter dans les camps de Tindouf.


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