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Au Maroc, le cash fait de la résistance
Publié dans La Vie éco le 03 - 02 - 2023

Après une accalmie en 2021, la circulation de la monnaie liquide dans l'économie marocaine est repartie de plus belle en 2022, au grand dam de la banque centrale.
Les opérations d'Open Market réalisées par Bank Al-Maghrib (BAM) ces dernières semaines sont venues nous rappeler une donnée structurelle qui caractérise le secteur bancaire marocain : son déficit de liquidité. C'est même la principale raison qui a poussé la banque centrale à se lancer dans les opérations de rachat de bons du Trésor (BDT) auprès des banques, sur le marché secondaire, pour quelque 16 MMDH : il s'agit avant tout d'apporter de la liquidité aux banques, afin de leur permettre de revenir sur le marché primaire des BDT pour répondre aux adjudications du Trésor.
Il faut dire que faute de liquidités suffisantes disponibles, ces séances avaient été désertées par les banques avant l'intervention de BAM (lors de certaines de ces séances, la demande en BDT n'a pas dépassé 3 MMDH). L'intervention de la banque centrale a visiblement fait son effet, puisque la demande sur les BDT a fortement augmenté lors des deux dernières séances d'adjudication, pour atteindre 34 MMDH et 23 MMDH.
Les problématiques du volume du cash en circulation et du déficit de liquidité bancaire restent toutefois entières. Selon les prévisions de BAM, le déficit de liquidité bancaire devrait même aller crescendo durant les prochains mois. Il passerait de 89,1 MMDH à fin 2022 à 87,7 MMDH à fin 2023, avant de culminer à 100,5 MMDH à fin 2024.
Cette problématique a un lien direct avec le volume important du cash en circulation au Maroc, comme l'a encore récemment souligné Younes Issami, directeur des opérations monétaires et des changes au sein de BAM : «L'augmentation du besoin de liquidités des banques émane de plusieurs facteurs, dont principalement l'augmentation de la circulation de la monnaie fiduciaire».
Hausse du cash : l'effet Covid
Il est vrai qu'au Maroc le cash a la peau dure : 74 % de tous les paiements dans le pays se font en espèces, selon une étude réalisée en août dernier par la plateforme anglaise Merchant Machine, qui place le Royaume parmi les pays les plus dépendants de la monnaie sonnante et trébuchante. La pandémie et les épisodes de confinement qui se sont ensuivis n'ont fait qu'exacerber une pratique déjà bien ancrée dans les habitudes de consommation des Marocains.
«Au moment de la crise sanitaire, nous avons enregistré un saut significatif de la circulation du cash. Dans un contexte de crise, il y a des craintes et les gens ont le réflexe de sortir leur argent des circuits bancaires», a souligné Issami. Les chiffres sont parlants: après une hausse annuelle de près de 7% en 2019, pour atteindre un montant de 250 MMDH, la circulation de la monnaie fiduciaire (pièces et billets) a dépassé les 300 MMDH en 2020, en croissance de près de 20%, soit le rythme le plus élevé observé sur les trente dernières années. Cela représente près de 30 % du PIB. En volume, cela correspond à 2,1 milliards de billets et 2,9 milliards de pièces de monnaie en circulation, soit des progressions respectives de 17% et 2%, avec les coûts que cela implique (voir encadré).
Après les sorties massives du cash enregistrées en 2020, il n'y a pas eu un retour de cet argent dans le circuit bancaire. Toujours est-il qu'en 2021, la progression de la circulation fiduciaire, après une accélération exceptionnelle dans le contexte de la crise sanitaire, est revenue à son rythme normal, avec une hausse de «seulement» 6,6% pour atteindre 320 MMDH. Mais cette accalmie n'était que passagère.
Dès 2022, le cash en circulation a de nouveau accéléré, enregistrant une hausse à deux chiffres : les derniers chiffres disponibles font état d'une augmentation de 10,6% de la circulation fiduciaire pour atteindre 354,8MMDH à fin décembre2022. C'est plus de 24 MMDH de cash en plus en un an.
Les raisons d'une recrudescence
Comment expliquer cette recrudescence du cash ? S'il est encore tôt pour déterminer avec précision les origines de cette accélération, il semble toutefois qu'elle est corrélée à la hausse de l'inflation, comme l'a suggéré le responsable de BAM: «Quand il y a une hausse de l'inflation, il y a nécessairement une hausse du cash», a-t-il rappelé.
Autre élément explicatif avancé : la hausse des transferts des Marocains résidents à l'étranger (MRE) et des recettes touristiques, qui inondent d'autant plus l'économie nationale en cash, qu'ils enregistrent des niveaux jamais atteints en 2022: plus de 100 MMDH pour les transferts de la diaspora et près de 90 MMDH pour les recettes touristiques.
Une grande partie de ces transferts, même s'ils se font à travers des canaux électroniques, finit en cash lorsque les bénéficiaires de ces transferts les retirent. Le poids de l'informel dans l'économie, qui atteindrait près de 30% du PIB selon une étude de BAM datant de 2021, contribue également à alimenter le cash en circulation au Maroc, malgré les efforts des autorités monétaires du Royaume pour tenter de le réduire. Ces dernières années, en effet, BAM a lancé plusieurs chantiers visant à atténuer la circulation de la monnaie fiduciaire. Parmi ces chantiers figurent celui de l'élaboration d'une monnaie digitale et surtout le mobile banking.
Ce moyen de paiement peine néanmoins à s'imposer auprès des consommateurs et des commerçants, reconnaît-on au sein de la banque centrale. «Nous sommes encore confrontés à des difficultés culturelles. Les gens ne changent pas, du jour au lendemain, de mode de paiement». Autrement dit, au Maroc, l'argent liquide a encore de beaux jours devant lui, et ne sera pas détrôné de sitôt…
Circulation du cash : un coût non négligeable pour l'économie
Le cash a un coût, et le montant de la facture n'est pas anodin : entre la production des pièces, l'impression des billets, la distribution, la sécurisation et l'entretien des distributeurs, sans parler des opérations de tri et de ramassage, le cash coûterait à l'économie marocaine environ 0,8% du PIB chaque année, soit autour de 10 milliards de dirhams, selon diverses estimations. C'est beaucoup d'argent qui pourrait être utilisé ailleurs.
Les estimations divergent toutefois quant au coût de production des billets et à la frappe des pièces de monnaie. Certaines sources évoquent un coût de 0,40 DH par billet produit. Mais vu la hausse des cours des intrants, principalement le papier, dont le prix a presque doublé entre 2021 et 2022, la facture a dû considérablement s'alourdir.


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