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L'Espagne et nous
Publié dans La Vie éco le 12 - 06 - 2012

Les contentieux historiques, tels Sebta, Mellilia, ou les Morisques, ces Espagnols qui furent expulsés il y a de cela quatre siècles par d'autres espagnols, au nom d'une idéologie qui se voulait puritaine, et qui ont élu domicile en Afrique du Nord, tous ces contentieux pourraient, par un traitement intelligent, être une chance pour les deux pays. Depuis le sultan saà¢dien, Al Mansour Dahbi, le Nord est un choix stratégique pour le Maroc, malgré les vicissitudes.
Entre l'Espagne et nous il y a, ce qu'un connaisseur des relations entre les deux pays, Bernabé Lopez Garcia, appelle une histoire contre toute logique. Jamais les perspectives d'avenir n'ont été aussi bonnes dans ce contexte de réconciliation historique entre les deux rives. Jamais l'ambitieux projet d'alliances des civilisations porté par l'Espagne ou une certaine Espagne, et que confortait le discours d'Obama au Caire, n'a eu autant de chances de voir le jour quand les peuples de la rive sud de la Méditerranée ont brisé le moule de «l'exception culturelle» qui les condamnait au ban des civilisations.
Jamais le rêve d'Andalousies, toujours renouvelées, dont «nous portons en nous à la fois les décombres amoncelés et l'inlassable espérance», selon l'expression de Jacques Berque, n'a été à portée de main. Nous détenons, de part et d'autre, le brevet d'invention de cet excellent produit d'interaction culturelle, de coexistence et de tolérance, tout comme la responsabilité des contrecoups et des travers qu'il a connus. C'est dans ce contexte où l'espérance l'emporte sur le poids des décombres que le gouvernement espagnol a choisi d'exhumer un passé douloureux en honorant ses soldats morts à la bataille d'Anoual. Les symboles et le timing ne sont jamais innocents en politique. La vérité historique ne devrait se refuser à une lecture sereine de toutes les séquences de notre historique commune, certes. Mais pour disséquer ce corps commun, il faut un contexte aseptisé, un bloc opératoire, et des professionnels de la chirurgie historique. On ne peut l'opérer à découvert. La vérité historique ne correspond pas, de part et d'autre, à ces «vérités» confortantes, qui sont autant de «vérités toutes faites et surfaites», mais qui tiennent au chaud.
Non, la décision de réveiller ce passé douloureux est inopportune et incongrue, car la bataille d'Anoual était une expédition coloniale. Il fut horrible, nous en convenons, mais existe-t-il une guerre propre ? L'Espagne peut-elle un jour, selon la même logique, honorer ceux qui ont utilisé les gaz chimiques contre les populations du Rif ? Ceux qui ont exécuté la sale besogne n'étaient-ils pas au service de leur pays aussi ?
J'ai toujours pensé que l'Espagne pourrait se hisser au rang de superpuissance culturelle car elle a toujours été au confluent de plusieurs courants civilisationnels ? N'est-elle pas la tête de pont du monde hispanophone ? Mais ne pourra-t-elle pas être le miroir d'interaction entre l'Occident et l'Orient ? Entre «chrétienté» et monde musulman ? Ortega y Gasset, le grand philosophe espagnol, disait que l'humanité devrait apprendre à écouter l'Espagne car elle a quelque chose à dire au monde. Je le pense. J'ajouterai, à condition qu'elle devienne elle-même, c'est-à-dire qu'elle réintègre toutes les séquences de son histoire.
L'Espagne est plurielle, et c'est le propre des démocraties, mais le voisin du sud de l'Espagne l'est aussi. Il serait malheureux que l'état des relations des deux pays soit pris en otage d'un côté par les tenants des préjugés et de l'autre par les dépositaires des fantasmes. C'est un peu cette complicité tacite entre les uns et les autres qui nourrit cette incompréhension, entretenue et voulue et qui hypothèque l'avenir. Cet état de fait éclipse les fleurons d'un rapport serein et raisonné entre les deux rives. Or, c'est à l'Espagne de montrer la voie, elle est la plus avancée dans l'échelle de l'Histoire. Le Maroc suivra.
Il ne s'agit pas pour cette sensibilité au Maroc, qui voit les rapports entre les deux pays de manière dépassionnée, d'une quelconque «revanche» ou une Reconquista à rebours, mais d'un héritage commun. L'Histoire se fait des fois par viol, mais le viol, pour fâcheux qu'il soit sur le plan moral, n'est pas moins porteur de fécondité. 711 était peut-être un viol, mais 1912 l'était aussi. Faudrait-il regretter l'un et l'autre pour autant ? L'allusion à la phase musulmane de l'Espagne renvoie à une séquence historique sans connotation messianique, tout comme l'Espagne fut à un moment de son histoire, du temps romain, païenne. Les contentieux historiques, tels Sebta, Mellilia, ou les Morisques, ces Espagnols qui furent expulsés il y a de cela quatre siècles par d'autres Espagnols, au nom d'une idéologie qui se voulait puritaine, et qui ont élu domicile en Afrique du Nord, tous ces contentieux pourraient, par un traitement intelligent, être une chance pour les deux pays. Depuis le sultan saâdien, Al Mansour Dahbi, le Nord est un choix stratégique pour le Maroc, malgré les vicissitudes.
Il faut espérer que ce fâcheux événement soit l'occasion d'une reprise de conscience et non d'une méprise qui ne pourra être que négative pour l'Espagne, le Maroc (du moins pour une sensibilité de notre pays) et des rapports entre les deux rives de la Méditerranée.


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