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Dubaï, le centre névralgique du marché de l'art régional reprend des couleurs
Publié dans L'Economiste le 02 - 04 - 2018

L'artiste marocain Mahi Binebine, représenté par la galerie berlinoise Katharina Maria Raab, est un habitué des marchés du Moyen-Orient où ses œuvres suscitent beaucoup d'intérêt (Ph. ArtDubai)
Les observateurs semblent catégoriques: Cette année sera celle de la reprise pour le marché de l'art régional. Après avoir souffert des turbulences dues aux printemps arabes cumulés à la baisse des prix du pétrole, les affaires semblent reprendre de plus belle. En témoigne la forte affluence des collectionneurs venus des 4 coins du globe pour cette 12e édition de l'Art Dubaï, la plus grande foire de l'art de la région, fondée en 2006 et dédiée à l'art moderne et contemporain.
L'évènement clôturé le 24 mars, qui a réuni quelque 105 galeries venues de 48 pays, a su s'imposer comme le centre névralgique de l'art dans la région. Alors que l'Art Fair Tokyo et l'Armory Show à New York ont tout juste fermé leurs portes, la foire de Dubai s'est glissée dans le calendrier international juste avant l'incontournable Art Basel Hong Kong, attirant galeristes, marchands d'arts et collectionneurs, à la recherche d'un dynamisme que l'on dit éculé ailleurs «Il y a un contexte culturel, religieux, politique et créatif dans la région qui fait qu'il y a une tension que seul un artiste peut saisir. Il se passe des choses ici que je ne vois plus en Occident. C'est extraordinaire de découvrir qu'ici, ça existe encore!» affirme ce collectionneur américain rencontré dans le stand de la Dastan Gallery, l'une des principales galeries à Téhéran présentant un groupe d'artistes iraniens émergents.
Il faut dire que la foire de Dubai est l'une des plus diversifiées à en juger par les 48 pays représentés, du Pakistan, à la Tunisie, la Palestine, la Géorgie, la Russie, le Mexique, l'Uruguay, le Pérou, le Nigéria... Sans compter quelques principales galeries américaines et européennes. «On célèbre ici toutes les cultures du monde», se félicite la nouvelle directrice de l'Art Dubaï Myrna Ayad, pour qui l'atout important d'Art Dubai, c'est d'être accessible à toutes les bourses.
La scène artistique contemporaine s'est ouverte récemment à un certain nombre de pays dits «périphériques qui sont entrés à leur tour dans l'économie internationale de l'art. De Dubaï à Shanghai, en passant par Marrakech, Rio de Janeiro ou São
Si certaines œuvres étaient d'une qualité muséale, à l'instar de Miro, Anish Kapoor, beaucoup de galeries ont fait le pari de présenter des artistes émergents (Ph. ArtDubai)
Paulo, les foires et biennales d'art contemporain se succèdent à un rythme soutenu et dessinent une nouvelle géographie de la production artistique basée sur des polarités inédites», notait déjà en 2012 Catherine Choron-Baix dans son essai sur l'émergence des nouveaux marchés de l'art. Une diversification soutenue par une nouvelle génération d'acheteurs en quête de reconnaissance sociale et l'apparition de nouveaux collectionneurs dans des pays tels que la Chine, l'Inde ou la Russie faisant de Dubaï le premier marché de l'art au Moyen-Orient, l'Afrique du Nord et l'Asie du Sud. Du côté des œuvres exposées, on notera la même diversité. Certaines sont d'une qualité muséale indiscutable (Miro, Anish Kapoor, Mario Merz...), alors que beaucoup de galeries ont fait le pari de présenter des artistes émergents.
La galerie Brandstrup, de Oslo, venue avec des pièces de 9.000 à 90.000 dollars, estime que «c'est une région très importante où il faut être maintenant». Même constat chez Mark Hachem, de la galerie parisienne éponyme qui exprime un satisfecit sans détour: «Nous avons rencontré de merveilleux collectionneurs et les ventes ont été fantastiques. C'est notre première fois à Art Dubai - nous sommes très heureux d'être ici et nous reviendrons certainement».
Mais si l'Art Dubai s'est ouverte sur le monde avec une sélection plus internationale, l'évènement reste le meilleur tremplin pour des artistes arabes et l'occasion de se faire un nom au Moyen-Orient en particulier et sur la scène internationale en général.
Car traditionnellement les collectionneurs arabes, particulièrement ceux du Golfe, achètent d'abord des artistes arabes. Bien qu'ils s'ouvrent de plus en plus vers d'autres horizons, notamment vers des artistes indiens, africains et européens, il existe une sorte «de fierté nationale» de l'avis de ce galeriste qui fait que les artistes arabes sont très appréciés.
Entre l'Armory Show à New York et l'incontournable Art Basel Hong Kong, la foire de Dubaï s'est glissée dans le calendrier international attirant artistes, galeristes et collectionneurs internationaux (Ph. ArtDubai)
Autre avantage non négligeable pour les artistes régionaux: Pas moins de 106 représentants de musées et institutions culturels ont fait le déplacement à Dubaï. Parmi les plus prestigieux: Le Metropolitan Museum of Art de New York, le Los Angeles County Museum of Art, le Victoria & Albert Museum et le British Museum à Londres, le Louvre, le Centre Pompidou, le Palais de Tokyo à Paris, ou encore le Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía à Madrid. Sans compter les institutions locales telles que le Louvre Abu Dhabi, The Sharjah Art Foundation, Art Jameel ainsi que le Guggenheim Abu Dhabi.
Côté marocain, une seule galerie a fait le déplacement pour cette 12e édition. Il s'agit de la Voice Gallery installée à Marrakech. Ce qui n'empêche pas la présence de plusieurs artistes nationaux représentés par des galeries internationales. C'est le cas de Mahi Binebine proposé par la galerie berlinoise Katharina Maria Raab, alors que Mounir Fatmi prend place chez la gallerie dubaiote Lawrie Shabibi. Leila Alaoui est, quant à elle, exposée par la galerie italienne Galleria Continua et la jeune Sarah Ouhadou est doublement représentée par la galerie parisienne Polaris et la marrakchie Voice Gallery.
Rude, la concurrence!
Dubaï laboratoire de l'avenir. C'est ainsi que se plaît à se présenter cet émirat, ancien village de pêcheurs, qui est devenu en quelques décennies le temple de la démesure. La cité-état s'en donne les moyens. A quelques encablures de Burj Khalifa plus grande tour du monde, (829 mètres, près de deux fois et demie la hauteur de la tour Eiffel) trône depuis l'année dernière la maison l'opéra, inaugurée en 2017 pour damer le pion à celui de Mascate, la capitale du sultanat d'Oman où les mélomanes du Golfe avaient leurs habitudes.
C'est que Dubaï se rêve depuis quelque temps en capitale culturelle de la région. La cité multiplie les initiatives pour attirer le gotha international: La Dubaï Design Week, l'Art Dubaï, le festival international du film de Dubaï... Mais c'est sans compter sur la rivalité des autres émirats de fédération ainsi que des états voisins tels que le Qatar qui multiplie les surenchères. Même l'Arabie Saoudite est désormais dans la course, avec la très dynamique Fondation Misk, créée à l'initiative du prince héritier. Cependant aux Emirats, les politiques culturelles sont différentes d'un émirat à l'autre.
Quand Dubaï mise sur la peopolisation de la culture, le très conservateur émirat de Sharjah mise lui sur les institutions et multiplie les infrastructures «publiques» entre musées nationaux, résidences d'artistes et quartiers anciens entiers réhabilités et transformés en lieux d'expositions. Du côté d'Abu Dhabi, les projets prennent des dimensions quasi pharaoniques.
La plus riche cité reste la plus ambitieuse des trois avec le complexe de Saadiyat Island (Île de la félicité) créé ex nihilo dans la dernière décennie. L'émirat se propose de construire une cité entière consacrée à la culture avec pas moins de 4 grands musées et un centre d'arts vivants. Les promoteurs veulent ni plus ni moins concurrencer les plus grandes cités culturelles telles que Londres, New York ou Paris.
Le Louvre Abu Dhabi, construit par l'architecte français Jean Nouvel est déjà ouvert depuis novembre 2017. Alors que sont annoncés le Guggenheim Abu Dhabi dessiné par Frank Gehry, le Zayed National Museum par Norman Foster et le Maritime Museum attribué à l'architecte japonais Tadao Ando. Le Centre for Performing Arts devait, lui, être construit selon des plans réalisés par la star anglo-irakienne Zaha Hadid décédée en 2016.
De notre envoyé spécial, Amine Boushaba


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