Les ECO : Peut-on dire que la Bourse est sortie de son cycle baissier entamé en 2011 ? Karim Hajji : Ce que je peux vous dire, c'est que le marché a connu récemment plusieurs événements positifs qui pourraient favoriser sa reprise. Je citerai l'entrée de la Bourse de Casablanca dans l'indice MSCI Frontier Markets, qui va permettre d'attirer davantage d'investisseurs étrangers. D'abord parce qu'au lieu de 3 valeurs seulement dans l'Emerging Market, nous aurons 8 valeurs dans le Frontier Market ! Ensuite parce que nous avons un poids plus important dans l'indice Frontier. Un poids amené à augmenter pour atteindre les 6,7% environ avec la sortie du Qatar et des Emirats arabes unis du Frontier Market en mai prochain. Comme vous le savez, le classement dans l'Emerging Market apportait plus en termes d'image qu'en termes d'investissements étrangers. Le poids de notre place n'y était que de 0,1%, ce qui n'incitait pas les gestionnaires d'actifs à inclure nos valeurs dans leurs portefeuilles. Dans le Frontier Market, nous devenons plus importants et donc plus visibles. Par ailleurs, la Banque centrale prévoit une croissance du PIB de l'ordre de 4,5% cette année. Cela devrait se traduire par une progression au niveau des résultats des sociétés cotées. La sortie de la crise implique l'amélioration de la liquidité de la place. Quelles sont concrètement les actions qui sont menées dans ce sens ? Nous avons lancé en janvier 2013 une série de mesures techniques susceptibles d'augmenter la liquidité du marché. Il s'agissait de cinq mesures, à savoir: l'élargissement des seuils de variation et des horaires de cotation, la réduction des pas de cotation, l'augmentation de la quantité minimale à afficher dans les ordres cachés et la révision de la procédure de réservation de 10 à 5 mn en cas de dépassement des seuils de variation. Nous avons également lancé des consultations auprès des professionnels du marché en vue de mettre en place des contrats d'apporteurs de liquidités. Les conditions du marché n'ont cependant pas encouragé ces derniers à envisager cette nouvelle activité. D'autres éléments sont également susceptibles d'améliorer l'attractivité de la place, puisque la Bourse est le point quasi-central du projet Casablanca Finance City. Il s'agira d'offrir aux investisseurs, notamment étrangers, de nouveaux produits ou mécanismes tels que le prêt / emprunt de titres, les fonds indiciels et autres types de fonds, puis de procéder à une refonte des compartiments de la bourse. Cette sortie implique également l'accélération du chantier de la loi sur la Bourse de Casablanca. Quel est l'état d'avancement de ce chantier et comment la Bourse de Casablanca se prépare-t-elle à la mise en place de cette nouvelle loi ? Un premier pas a été franchi en 2013 par l'adoption de la loi qui autorise le prêt-emprunt de titres. Pour le reste, nous pensons que la loi sur le marché à terme et celle sur la Bourse de Casablanca devraient être votées au cours de l'année. Ce sera un pas considérable vers le développement du marché, car nous aurons plus de latitude pour l'introduction de nouveaux produits. Il est important de savoir que pour accompagner ces éventuelles évolutions, nous travaillons depuis un moment sur une nouvelle plateforme de cotation et de surveillance adaptée à ces nouveaux produits. Un accord de coopération a été signé en 2013 avec la BRVM. Quelles sont vos attentes par rapport à ce partenariat ? Nous entretenons depuis de nombreuses années des relations de coopération fructueuses avec la BRVM. Aussi, notre partenariat est une manière de formaliser cette coopération et d'en définir quatre principaux axes, à savoir l'échange d'informations et d'expériences, la formation et l'assistance technique, la promotion des deux marchés et le développement des doubles cotations. Dans un objectif plus global, nous espérons mettre en place un plan d'actions communes à la Bourse de Casablanca et à la BRVM pour une meilleure intégration entre les deux marchés. Dans ce sens, nous avons créé une commission mixte chargée de suivre trimestriellement l'état d'avancement de ces actions. Devrions-nous assister à une redynamisation des IPO et des augmentations de capital en 2014 ? Nous pensons que cela est tout à fait probable. Nous savons que l'Etat a déjà contacté par des banques d'affaires pour une éventuelle privatisation de Marsa Maroc. Si cette opération se fait via la Bourse, cela aura des répercussions bénéfiques sur le marché. Pour ce qui est des augmentations de capital, le marché boursier n'a pas perdu de son attractivité. En 2013, par exemple, neuf entreprises ont levé 3,2 MMDH. En 2014, nous espérons dépasser ce montant. Cette année, quels sont en définitive les chantiers prioritaires ? Comme expliqué dans une précédente question, nous travaillons sur la mise en place d'une nouvelle plateforme de cotation et de surveillance pour accueillir de nouveaux produits boursiers. D'autres projets structurants, non moins importants sont dans le pipe. Nous ne manquerons pas de communiquer sur cela au moment opportun.