Clôture à Marrakech de la 12ème édition de la World Policy Conference    Cinq ans pour réussir la transformation radicale de l'école    Chasse dans l'Oriental: Le contrôle se muscle    Un Monde Fou    Dialogue social : El Otmani rencontre syndicats et employeurs    Essoufflement de la croissance de la région MENA en 2019    La Bourse de Casablanca affiche une performance hebdomadaire en baisse    Etat des lieux de l'entrepreneuriat au Maroc    TGR : Le déficit budgétaire s'est creusé à 32,3 MMDH en septembre    Raz de marée annoncé pour le juriste Kais Saied    Un accord possible sur le Brexit dans la dernière ligne droite    Il fait l'actu : Kaiss Saïed, nouveau président de la Tunisie    Allemagne et Pays-Bas entrevoient l'Euro    Neymar de nouveau blessé    Le Gabon, ultime test pour le Onze national avant l'entame des éliminatoires de la CAN    Salaheddine Mezouar jette l'éponge    Au grand dam des demandeurs d'asile marocains, le Maroc est un pays sûr    Nouveau modèle de développement et confiance    Madrid s'attaque à ses perruches invasives    Les plus gros bad buzz des stars du football    Une journée sans voiture : L'idée est louable mais la manière n'y était pas vraiment    Insolite : Promesse ministérielle    Les trophées "Export bio Maroc 2019" décernées à sept entreprises    El Jadida à l'heure de son 2ème Salon du dessin et de l'estampe    La Biennale internationale de Rabat a déjà accueilli plus de 50 000 visiteurs    Arab Reading Challenge: La Marocaine Fatima Zahra Akhiar passe en finale    Outsourcia s'offre le français Simplify    Le 3e Salon maghrébin du livre fait la part belle aux enfants    Elle devrait s'accélérer, selon la Banque mondiale : Une croissance économique de 3,3% en 2020-2021    FRMF: Tout savoir sur les billets du match Maroc-Algérie locaux    TIBU Maroc présente la 1ère promotion de «Intilaqa»    Yemoh & The Minority Globe lance «Welcome to Africa» le 25 octobre    Suite à une réunion avec la tutelle : Les transporteurs routiers de marchandises annulent leur grève    Les violations des droits humains à Tindouf mises à nu    Ligue des champions de la CAF : Le WAC gagnera par forfait contre l'USMA    Brexit: Un accord « possible » dans la dernière ligne droite, selon Dublin    Moga Festival. L'électro métissé d'Essaouira !    Le Maroc tenu en échec par la Libye en attendant le Gabon ce mardi    À Hong Kong, la violence des radicaux n'entame pas l'unité du mouvement    Joie dans les rues de Quito pour célébrer la fin de la crise    Ouverture de la première session de la 4e année législative    Al Hoceima-CGI, un démenti en toute diligence    Paul Kagame : « Le développement de l'Afrique relève de la responsabilité des Africains »    Le Maroc remporte à Abu Dhabi le Championnat arabe du muay-thaï    Fès : Trois individus arrêtés en flagrant délit de possession de plus de 2 t de chira    Vidéo. Marrakech : L'accident enregistré par une caméra de surveillance    WPC de Marrakech : La ‘‘Route de la Soie'', entre alarmistes et réalistes    Le roi félicite le Premier ministre éthiopien lauréat du Prix Nobel de la paix    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.





Apatride ou l'exil poétique de Narjiss Nejjar
Publié dans Les ECO le 20 - 02 - 2018

C'est vendredi soir, que la presse du monde entier a découvert «Apatride», le film politico-poétique de Narjiss Nejjar lors de la 68e édition du Festival international du film de Berlin. Poignant, cette chronique qui révèle un bout de l'histoire que l'on aurait presque floutée est portée par une Ghalia Benzaouia bluffante, un Aziz Fadili saisissant et un Avishay Benazra poignant.
Avec Apartide, Narjiss Nejjar signe une chronique à la fois douce et amère de l'exil, située dans des paysages de l'Orientale, à la frontière du Maroc et de l'Algérie. Avec son titre, elle nous met en garde et nous plonge dans l'histoire d'une Jane Doe, Hénia qui «n'a pas de nationalité légale, qu'aucun Etat ne considère comme son ressortissant». À quelques kilomètres de chez elle, l'Algérie semble loin et impossible à atteindre. «L'Algérie nous a tout pris. Ce n'est pas vraiment mon pays». Obsédée par son besoin de rejoindre «sa mère patrie», puisque le pays de son père ne la reconnaît pas. Tout au long du film, elle se précipite au bureau d'un fonctionnaire pour présenter ses papiers et aspirer à une carte nationale. Mais le verdict est clair : pas de carte nationale sans livret de famille. Sa tante qui est en vérité la femme qui l'a recueillie, interprété par Nadia Niazi, lui propose de loger dans la maison d'un vieil homme aveugle, incarné par Aziz Fadili, qui la veut pour épouse alors qu'elle éprouve des sentiments pour son fils Mohad, marié et ayant une vie en France, joué par Avishay Benazra. Pourquoi cette jeune femme mystérieuse n'a pas de passé ? On découvre qu'il a été effacé par un bout de l'histoire sordide. Hénia fait partie de ces 350.000 Marocains expulsés d'Algérie du jour au lendemain, sans papiers ni affaires personnelles. Telle une âme en peine, elle ère, de bras en bras, de Mohad, au père aveugle en passant par le soldat à la frontière; elle vit dans le flou. Un flou maîtrisé de façon artistique, d'une belle précision, par la réalisatrice, Narjiss Nejjar, qui n'a d'yeux que pour son actrice principale, la magnifique Ghalia Benzaouia. Une véritable révélation. Un jeu juste et profond, l'actrice rappelle ces comédiennes iraniennes, qui de leur seule présence illuminent. Un jeu maîtrisé, basé sur le silence, sur la profondeur du regard, le pouvoir des expressions. Hénia n'a pas besoin de parler, on la comprend.
D'ailleurs, la réalisatrice joue sur les silences, les bruits de fond, les respirations. Un parti-pris de Narjiss Nejjar audacieux, car les lenteurs auraient pu être toxiques au film. Mais pas du tout. On se prend au jeu, on suit et on attend l'explosion que l'on sent arriver. Un silence qui cache des humiliations, des blessures, des secrets entre des personnages qui pourtant vivent des moments légers. À la frontière, les soldats chantent tour à tour des tubes de leurs deux pays respectifs, avec eux un Mohad tourmenté et déchiré par deux mondes de traditions et de modernité. Incarné par Avishay Benazra que l'on n'a jamais vu comme cela, malheureux et enragé, perdu entre le cœur et la raison, entre l'esprit de famille et ce qui est juste. Un jeu poignant et juste sublimé par un charisme inné. Quant au soldat, campé par Mohamed Nadif fidèle à lui-même et à son jeu propre, lui aussi a des choses à nous apprendre. Aucune scène, même les plus esthétiques, ne sont là par hasard, tout a un sens que l'on découvre au fur et à mesure de ces plans serrés sur les personnages, sur cette caméra qui aime ses acteurs et qui les embellit même dans l'horreur, de ces mouvements de caméra et la caméra à l'épaule qui nous plonge dans l'appel au secours étouffé de Hénia. Une tension presque oubliée lorsque Lise, campée par une Julie Gayet pleine de fraîcheur, fait irruption dans le film. Mais cette «révolution française» aux allures des étés à la Marcel Pagnol qui fera presque oublier à l'héroïne que «la gloire de son père» a été piétinée et que «le château de sa mère» est introuvable, ne durera pas longtemps. Une magnifique lumière maîtrisée avec finesse et une photographie incroyable qui donne une dimension poétique et romanesque à cette fresque glauque. Un travail raffiné de la part de Narjiss Nejjar qui a su dégager une émotion rare de tous ces portraits. Et quel bonheur de retrouver Aziz Fadili en père meurtri par le décès de sa femme, aigri, qui gère mal sa relation avec son fils et qui est à la fois doux et dur avec la jeune Hénia sa future épouse. Une fresque aussi attachante qu'étouffante, aussi tendre que brutal, servi par une Narjiss Nejjar à fleur de peau et portée par d'excellents acteurs.


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.