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Une nouvelle race d'investisseurs entre en jeu
Publié dans Les ECO le 21 - 07 - 2010

La crise économique qui a frappé plusieurs pays européens a mis en évidence la fragilité de la ligne MRE dans les comptes de la nation. Le pays a pu se rendre compte, réellement, du poids des Marocains résidant à l'étranger (MRE) dans l'équation de l'équilibre macro-économique. Depuis le début de la crise, les transferts des MRE, qui connaissaient déjà un essoufflement, ont significativement baissé. Selon les chiffres de l'Office des changes, le mois de janvier 2009 a été marqué par la plus forte baisse de l'année, soit -14,8% par rapport au même mois de l'année 2008. En 2009, les recettes MRE du pays ont atteint 50.244,1 millions de DH, contre 53.072,4 millions en 2008, soit une baisse de 5,4%. Cette situation a imposé la réflexion et donc la naissance de nouvelles mesures nationales dédiées aux MRE. Objectif principal: ne plus considérer les MRE comme sources de transfert de devises, mais plutôt comme investisseurs potentiels dans les différents projets structurants du pays. Une approche qui fait son bout de chemin depuis quelques années déjà, mais qui prend toute son ampleur cette année. Mais, avant d'essayer de les séduire, il serait judicieux de connaître leurs motivations, leurs attentes et leurs besoins. Le nombre de MRE (3,3 millions aujourd'hui) évolue à un rythme jamais constaté par le passé, enregistrant une hausse avoisinant les 100% en 10 ans. L'investissement, élément important dans la dynamique de transfert de fonds des MRE, se trouve désormais influencé par cette évolution.
Les premiers investisseurs
Il ya quelques décennies, les MRE qui voulaient investir au Maroc le faisaient en gardant dans leur ligne de mire le retour définitif au pays. Une grande partie de ces investisseurs étaient au troisième âge et leur niveau d'études était limité. Ces premières générations d'immigrés cherchaient alors des investissements sûrs à rendements «fiables» même s'ils ne sont pas très élevés. L'objectif premier était de s'assurer des rentrées d'argent régulières pour «les vieux jours». Cette recherche de la sécurité les amenait à investir dans l'immobilier, l'épargne, les cafés et restaurants... Aujourd'hui, la donne change considérablement. Devenue multiforme, massive, générale et continue, l'émigration de nos Marocains concerne désormais tous les profils professionnels. Elle implique fortement les deux sexes et tous les âges avec une proportion croissante de jeunes nés à l'étranger. La mentalité des Marocains résidents à l'étranger a changé par la même occasion. Ce sont de plus en plus des jeunes qui investissent dans leur pays d'origine pour créer de la richesse et «faire carrière». «Généralement armés de diplômes, ils souhaitent monter leurs affaires tout en restant dans leurs pays d'accueil», nous explique Rachid El Amrani, directeur général d'Original Invest. Il est pratiquement impossible de déterminer avec précision le nombre de MRE qui ont choisi d'investir au Maroc, ni les montants de leurs investissements. Pour Abdallah Chater, Chef du département d'aide aux investisseurs au Centre régional d'investissement (CRI) de Casablanca, la raison est très simple. «Les statistiques ne peuvent pas être fiables à 100%, pour la simple raison que les investisseurs ne se présentent jamais en tant que tels. Quand un investisseur prend contact avec le CRI, soit il se présente comme étant un Marocain, soit comme un étranger», nous confie-t-il. Mais si personne ne peut dire avec précision combien ils sont, les projets qui intéressent nos MRE suivent cependant une tendance identifiable.
Des projets d'investissement
de plus en plus complexes
Contrairement à ses , cette nouvelle race d'investisseurs souhaite en général se lancer dans des projets qui sont en parfaite cohésion avec les métiers mondiaux du Maroc. Ce sont surtout les métiers où l'innovation est un élément clé. Il s'agit notamment des domaines liés aux technologies de l'information, à l'offshoring, à la finance, etc. Mais lever la barre aussi «haut» les confronte souvent à des problèmes d'un nouveau genre. Fini le temps où ce sont les démarches administratives liées à la création d'entreprise qui dissuadaient les plus déterminés d'entre eux. Une des problématiques rencontrées aujourd'hui par les Marocains résidents à l'étranger souhaitant investir au pays est le foncier. Ce dernier se fait de plus en plus rare et devient par conséquent hors de portée pour des projets qui sont basés essentiellement sur la technologie. De plus, l'accès à l'information représente une difficulté majeure que doivent surmonter ces investisseurs nouveaux. «Certes, le Maroc a fait des efforts considérables en matière d'information macroéconomique, mais c'est l'information spécialisée qui fait encore défaut», souligne un MRE porteur de projet. Il ajoute qu'«aujourd'hui, à moins de commander une étude sur mesure, ce qui coûte extrêmement cher, les investisseurs ont du mal à se renseigner sur les spécialités qui les intéressent». Pour «s'en sortir», ces futurs investisseurs se sont regroupés en associations (voir encadré). «Les Marocains du monde ont compris l'intérêt qu'ils ont à se rassembler en associations et l'importance de ce type de regroupement dans la présentation du Maroc comme destination privilégiée pour leurs investissements», explique Rachid El Amrani. Aujourd'hui, ces associations se présentent comme des espaces de réflexion entrepreneuriale, d'échanges d'idées et de réseautage. À défaut de structures spécialement dédiées qui ont réponse à la plupart des questions que se posent nos MRE porteurs de projets, ces réseaux de «linking» se présentent comme une solution pour faciliter le retour, ne serait-ce que «partiel», au bercail.
Rachid El Amrani,
Directeur général d'Original Invest.
«La nouvelle génération préfère les projets NTI»
Les Echos quotidien : Pourquoi cet engouement constaté chez les investisseurs MRE ?
Rachid El Amrani : Investir au Maroc n'avait aucun sens auparavant pour ces Marocains. Mais avec l'avènement de la crise économique, l'idée a paru de plus en plus attractive. Les conditions économiques sont en effet différentes désormais. Alors que la croissance moyenne annuelle est de 5% au Maroc, elle n'est que de 1% en moyenne en Europe.
À quels obstacles doivent-ils s'attendre s'ils décident de franchir le pas ?
Parmi les obstacles les plus difficiles à surmonter se trouve celui des ressources humaines. La nouvelle génération d'investisseurs MRE opte souvent pour des projets à la pointe de la technologie. Ces métiers nécessitent d'abord des compétences qu'il n'est pas toujours facile de trouver localement. Depuis la mise en place des stratégies nationales liées aux métiers mondiaux du Maroc, plusieurs écoles et établissements de formation ont vu le jour. L'objectif derrière la mise en place de telles structures est d'alimenter le pays en ressources humaines capables d'accompagner l'émergence de projets exigeants en compétences. Mais ces établissements ne donneront véritablement leurs fruits que dans quelques années. En attendant, les MRE souhaitant investir dans des projets à la pointe de la technologie sont obligés d'investir dans des ressources humaines étrangères.
Qu'en est-il du financement ?
Les banques sont encore très réticentes à l'idée de financer des projets basés sur le savoir-faire sans investissement dans du matériel ou du foncier. L'émergence de nouveaux fonds tels Bladi invest est une bonne initiative. Ce fonds a été mis en place dans le cadre des efforts visant à renforcer les liens économiques avec les Marocains du monde. Le montage financier des projets combine un apport personnel en devises de 25% du coût du projet, une aide de l'Etat de 10% et et un financement bancaire pouvant atteindre 65% du coût du projet. Ceci peut se révéler extrêmement intéressant pour les porteurs de projet à qui il manque une partie du capital. Malheureusement, ce fonds n'est pas encore très utilisé, car il y a peu de communication autour du sujet.
Couples business
En l'absence de compétences et de partenaires locaux, les MRE se tournent généralement vers leurs pays d'accueil pour sélectionner des partenaires capables de les suivre dans leurs aventures. Ces partenaires «étrangers» sont choisis en général pour leur expertise dans le domaine d'investissement ciblé. L'union avec un partenaire étranger doit faciliter l'accès aux marchés internationaux, à commencer par le marché du pays d'accueil. Ces «couples business» sont difficilement synonymes de réussite, vu le manque de connaissances dont ils font preuve face à un marché marocain en constante évolution. Le Maroc vient tout juste de prendre conscience de l'importance des MRE dans le maintien de l'équilibre des échanges commerciaux avec l'extérieur. Aujourd'hui, les Marocains du monde sont organisés en associations qui servent de relais entre le pays d'origine et d'accueil. Ces associations permettent aux futurs investisseurs de mettre la main sur des compatriotes au fait des nouvelles avancées en matière de législation, d'études de marché, de réseau local, de recrutement,... Ainsi, on retrouvera parmi les associations les plus actives, Maroc entrepreneurs. Créée en 1999, cette association compte désormais plus de 10.000 membres répartis entre les bureaux de Paris, Lyon et Londres. En Allemagne, c'est l'association TMK, avec ses 600 membres de «gros calibre», qui se charge du réseautage entre les porteurs de projets MRE et les Marocains d'ici. Enfin, l'Associationdes Marocains professionnels d'Amérique (AMPA) représente les MRE porteurs de projets et le Maroc comme une destination «in».


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