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Y a-t-il une vie après l'Aïd ?
Publié dans Les ECO le 23 - 11 - 2010

Vous allez trouver que j'insiste un trop sur cette sacrée fête du mouton, j'en ai fait tout un plat, mais, croyez-moi, il y a vraiment à boire et à manger dans cette histoire. D'ailleurs, moi, j'ai toujours été persuadé qu'on n'en sort jamais indemne. Aujourd'hui, je ne vais aborder que les aspects purement psychologiques. Tenez ! Mon fils, par exemple : depuis le jour -il devait avoir 5 ou 6 ans- où on a égorgé le beau «sardi» pure race pour lequel il s'était pris d'affection, il a décidé de faire la grève et de ne plus manger de viande de mouton. Alors, chaque année, c'est la galère : il faut lui trouver un substitut. Je vous assure que ce n'est pas simple du tout. Pendant plusieurs années, ce jour-là, ce n'était pas la peine de chercher une boucherie ouverte qui vend de la viande «normale» ou un snack «normal» qui propose des steaks, des brochettes ou des sandwichs «normaux», bref, des produits d'origine bovine, ou même juste aviaire pour assouvir sa faim. Rien ! Alors, il se rabattait, le pauvre, en alternance -c'était un peu à la mode à cette époque- sur les omelettes au fromage et les œufs au plat au cumin. Il a fallu attendre que les Américains débarquent en force au Maroc, pour qu'on soit enfin tranquilles. Mais, je le plaignais, mon petit chou, car, ingurgiter plusieurs fois par jour, et plusieurs jours à l'affilée, hamburger sur hamburger, il fallait le faire, et il l'a fait. Il faut dire qu'il est peu têtu, mais, comme vous allez sûrement le dire, il a de qui tenir. Cela dit, les choses ont évolué dernièrement depuis l'arrivée des chinoiseries, et, surtout, cette fameuse tendance maniaque des sushis. Nous, manger des trucs pas cuits ?!? Qui l'eût cru ? Pourtant, qu'est-ce que ça marche ! Moi, ces machins-là, ce n'est vraiment pas ma tasse de thé, mais je suis obligé parfois de dire oui pour ne pas passer pour un plouc. En fait, comme disaient certains prestigieux inconnus, ce n'est nippon ni mauvais, mais, en tout cas, moi, à cause de ce traumatisme post-ovin, ça me coûte aujourd'hui bonbon. Oui, parce que ces bidules, ce n'est pas donné. Mais bon, qu'est-ce qu'on ne ferait pas pour nos gamins! Revenons à nos moutons et restons dans le rayon psy.
À chaque Aïd, je ne peux pas m'empêcher d'essayer d'imaginer la réaction d'un étranger qui n'aurait jamais entendu parler de ce rite sacré du prophète Abraham et qui atterrirait au Maroc, justement, le jour du sacrifice. Que ferait-il quand il verrait tous ces bouchers pros ou improvisés, avec leurs armes blanches rouges de sang et leurs blouses ensanglantées, avec quelquefois des rouleaux d'intestins dans les mains, et qui se promènent en toute impunité, à la recherche de nouvelles victimes ? Il aurait la trouille aux tripes. À quoi pourrait-il penser en voyant tous ces ados autour de grands braseros, en train de cuire à petit feu toutes ces grosses têtes ? Je suis sûr qu'il en perdrait la sienne. Mais, je crois que tout ça ne peut pas arriver. Et vous savez pourquoi ? Parce que notre brave Brigitte Bardot a déjà fait le boulot. Merci BB !

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