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Maroc : vers une alliance PAM-Istiqlal-PPS ?
Publié dans Les ECO le 23 - 07 - 2020

À un an des élections, trois partis de l'opposition planchent sur les réformes politiques et électorales. Le PAM, le PI et le PPS ont unifié leurs rangs pour parler de la même voix avec le gouvernement et les autres partis politiques. S'agit-il d'une alliance préélectorale ?
Le PAM, l'Istiqlal et le PPS ont préparé un mémorandum commun sur les réformes politiques et électorales. Les trois partis de l'opposition envisagent-ils une alliance préélectorale? Une question qui s'impose d'emblée pour éclairer l'électeur sur le contexte de ce rapprochement. Les trois chefs de file de ces formations qui ont tenu, mercredi à Rabat, un point de presse sont formels : «chaque chose en son temps». Actuellement, le but est de rapprocher les points de vue des partis politiques en vue de rationnaliser l'échiquier politique. À un an du rendez-vous électoral, il s'avère difficile d'afficher les couleurs sur les alliances. En outre, le mode de scrutin ne permet pas cette possibilité, comme le laissent entendre les trois secrétaires généraux qui n'hésitent pas à dégainer et tirer sur les partis de la majorité qui n'ont pas pris l'initiative de présenter un mémorandum en commun sur leur vision de la réforme escomptée. La coalition gouvernementale est en effet vertement critiquée pour le manque d'homogénéité entre ses composantes. En gros, le PAM, le PI et le PPS véhiculent un message principal : l'objectif ne réside pas dans les élections mais dans la nécessité de restaurer la confiance perdue dans l'échiquier politique et dans les institutions et d'inciter les citoyens à voter massivement aux prochaines échéances électorales.
Réformes politiques
Sur le plan des réformes politiques et démocratiques, les trois partis plaident, entre autres, pour la conclusion d'un nouveau pacte politique basé sur les réformes politiques et institutionnelles et sur le renforcement des rôles des partis politiques ainsi que sur des ruptures nécessaires avec certaines pratiques qui déteignent sur le processus démocratique et politique.Il s'agit aussi du renforcement de l'indépendance et du véritable pluralisme, de la clarification de la vision politique et des rôles du politique et du technocrate dans la vie générale. Une grande mission incombe aussi, selon le trio de l'opposition, aux partis politiques qui sont appelés à mettre à niveau leurs structures organisationnelles, à renouveler leur élite, à encourager la présence des jeunes et des femmes dans leur structure et à renforcer la démocratie interne.
Réformes électorales
Au niveau de la réforme du système électoral, il est proposé de créer une instance nationale supervisant les élections, composée des représentants des partis politiques, des organisations syndicales représentées au parlement, des représentants du gouvernement et présidée par un magistrat. L'objectif est de mettre en place un mécanisme de concertation, de préparation et de suivi qui ne va pas gérer les élections sur le terrain. Cette mission doit toujours, d'après le mémorandum, relever du ressort du gouvernement. Il faut dire que sur le plan technique, la seule entité qui dispose de tous les moyens pour organiser les élections reste le ministère de l'Intérieur. S'agissant du découpage électoral, il est recommandé de se concerter sur les textes y afférents qui doivent être soumis à la commission nationale des élections et aux commissions régionales. Les trois partis de l'opposition soulignent la nécessité de prendre en considération certains nouveaux pôles urbains dans le découpage territorial et électoral et de regrouper certaines communes. Sur le volet du mode de scrutin qui divise les partis politiques, le mémorandum stipule le maintien du double système (scrutin de liste et scrutin uninominal) dans les élections communales. On prône l'adoption des élections par liste dans les communes dont le nombre des habitants dépasse 50.000 ainsi que dans les communes dont la population est inférieure à ce seuil à condition de l'existence d'un siège de la préfecture sur leur territoire. Et dans le reste des circonscriptions, on prône l'adoption du scrutin uninominal. Par ailleurs, le maintien de la discrimination positive au profit des femmes et des jeunes est soutenu par le PAM, le PI et le PPS qui proposent des listes régionales dédiées aux femmes et aux jeunes ( hommes et femmes) au lieu de la liste nationale tout en prenant en considération la représentativité des cadres et des compétences ainsi que des MRE. Une recommandation qui fait grincer des dents. Certains acteurs politiques et observateurs considèrent le système de quota comme une rente politique.
D'ailleurs, même le secrétaire général du parti du tracteur a toujours qualifié la liste des jeunes de rente politique. Comment expliquer ce revirement? Cela s'inscrit, selon lui, dans le cadre des rapprochements des points de vue et de la coordination entre les trois partis politiques. Du côté de Nabil Benabdellah, sans discrimination positive, on ne peut pas garantir une bonne représentativité des femmes. Quant aux jeunes, «le but est d'ouvrir la porte aux potentialités dont regorgent les partis politiques en vue d'accéder au parlement et de rehausser le niveau de débat au sein de l'institution législative». Même son de cloche auprès de Nizar Baraka qui s'est chargé de présenter les grandes lignes du mémorandum en commun. Lequel recommande aussi la promotion de la représentativité des femmes et des jeunes dans les élections communales. Sur la question de la représentativité des MRE, le pari n'est pas gagné d'avance. Le gouvernement a toujours brandi la carte des difficultés matérielles et logistiques pour justifier le retard dans la mise en œuvre des dispositions constitutionnelles. L'éparpillement des Marocains du monde pose la question de l'équité en matière de représentativité. En tout cas, il est temps de trouver des solutions à cette question qui a fait l'objet de plusieurs propositions de loi.
Concernant les listes électorales, il est proposé d'encourager les jeunes à participer aux élections à travers une batterie de mesures dont l'inscription automatique dans ces listes par les autorités tout en menant une campagne pour doter les jeunes de la CIN. Plusieurs autres mesures sont proposées pour réussir les prochaines élections. On peut citer notamment l'impératif de revoir l'interdiction dans les campagnes électorales des symboles nationaux et de réduire la durée de la compagne à 10 jours au lieu de 14 jours. Il s'agit aussi d'opter pour le mercredi en tant que jour de scrutin pour la tenue des élections, communales, régionales et législatives (même date). Sur le point du seuil, les trois partis sont divisés. Alors que le PI et le PPS plaident pour l'unification du seuil électoral et financier (3%), le PAM plaide pour sa suppression. Il est à rappeler que les petits partis ont toujours appelé à la suppression du seuil électoral alors que le PJD et l'Istiqlal plaidaient pour son élévation à 10 %. Le PAM justifie sa position par la nécessité de garantir la pluralité en matière de représentativité politique. Par ailleurs, la révision du système du financement des partis politiques est l'un des dossiers épineux qui tient à cœur à toutes les formations partisanes. Plusieurs propositions sont émises à cet égard dont la révision de la répartition du soutien étatique, l'amendement de la loi organique sur les partis politiques et l'augmentation du seuil des dons au profit des partis. 
Vote obligatoire ?
Les trois formations partisanes se prononcent contre le vote obligatoire, mais proposent certaines mesures qui pourraient s'inscrire dans le cadre d'un vote obligatoire « déguisé» : prendre en considération le vote pour trancher entre deux candidats (en cas de leur égalité) pour accéder à la fonction publique et considérer le vote comme condition préférentielle pour bénéficier des services et des programmes sociaux, comme le logement social, la promotion nationale et la solidarité sociale. Pour les trois SG, il ne s'agit pas d'instaurer le vote obligatoire qui risque d'approfondir davantage la crise de confiance, mais le but est d'inciter les citoyens à voter en leur offrant certains encouragements.
Jihane Gattioui / Les Inspirations Eco


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