Face aux bouleversements climatiques qui fragilisent les équilibres agricoles, Bayer accélère sa transformation pour façonner une agriculture plus résiliente et durable. Au cœur de cette stratégie mondiale, le Maroc s'impose comme un hub majeur d'innovation et d'expérimentation, où le groupe déploie semences robustes, solutions phytosanitaires de nouvelle génération et outils numériques au service d'une production plus efficiente. Une ambition qui vise à concilier performance économique, préservation des ressources et sécurité alimentaire. Réputé pour sa solide expérience dans l'industrie pharmaceutique, Bayer entend désormais s'impliquer davantage dans le secteur agricole. Son objectif est de redéfinir les contours d'une production plus résiliente et plus efficiente. En effet, à travers sa division Crop Science, le groupe allemand veut façonner une agriculture capable de répondre simultanément à la pression environnementale, à la croissance démographique et aux impératifs économiques. Ainsi, Bayer investit massivement dans l'innovation afin de développer des semences plus robustes, de réduire l'usage des intrants et d'optimiser le rendement des exploitations. Approche intégrée Dans cette stratégie globale, le Maroc occupe une place centrale. «À l'échelle africaine, le Maroc est le pays le plus stratégique, notamment au niveau de la division Crop Science. Il représente à lui seul 70% du chiffre d'affaires global du continent», affirme Amina Dussud, directrice générale de Bayer Maroc et de Crop Science Afrique du Nord. Une performance qui s'explique autant par la diversité agricole du pays que par son rôle de laboratoire à ciel ouvert pour tester, adapter et déployer des solutions technologiques destinées à d'autres marchés du continent. Le modèle défendu par Bayer repose sur une approche intégrée articulée autour de trois piliers : des semences capables d'offrir une meilleure résistance aux aléas climatiques, une protection phytosanitaire combinant produits conventionnels et biosolutions et l'intégration de l'agriculture numérique. Il s'agit de mettre à disposition des cultivateurs une «chimie nouvelle génération», soutenue par des données, des capteurs et des outils d'aide à la décision. Ce socle technologique bénéficie d'un investissement annuel en recherche et développement de deux milliards de dollars au niveau mondial, signe de l'importance stratégique accordée à l'innovation variétale et à la transition agroécologique. Au cœur de cette transformation, chaque paramètre est scruté : composition des sols, résidus admissibles, teneurs en fertilisants, caractéristiques climatiques régionales… «La semence est la partie maîtresse de chaque système de production, tandis que les pesticides jouent un rôle de protecteur», rappelle Ismail ElHardouni, directeur de développement de la division Crop Science. Au Maroc, l'un des axes de travail prioritaires concerne les céréales, avec la volonté de développer plus largement la culture du maïs, plante à la fois stratégique et vulnérable. L'intégration du numérique constitue l'autre grand levier du programme. L'agriculture connectée doit permettre d'améliorer le rendement en rationalisant l'usage des ressources. Le défi est de pouvoir intervenir au bon moment, avec la dose adéquate et le produit approprié. Une équation qui, en pratique, demeure difficile pour de nombreux agriculteurs, souvent rétifs au changement. «Plus on augmente les revenus des agriculteurs, plus on renforce une agriculture résiliente et génératrice d'impact positif», explique-t-il. L'agriculture numérique devient ainsi un outil d'aide à la décision précieux, capable d'indiquer les périodes d'intervention, de prédire les pressions parasitaires ou encore d'ajuster la fertilisation. Chaque année, Bayer accompagne et forme près de 1.500 agriculteurs marocains à ces pratiques, encore nouvelles pour certains d'entre eux. Changement de mindset Sur le terrain, les professionnels témoignent de l'impact de cet accompagnement. Fouad Raji, président de l'Association des producteurs de céréales de la région du Gharb, souligne que l'amélioration du rendement ne dépend pas uniquement de la qualité des semences. Le traitement précoce des mauvaises herbes, la gestion des maladies bactériennes ou encore le bon timing du lancement de la campagne figurent parmi les facteurs déterminants, bien qu'ils restent souvent méconnus des agriculteurs. C'est précisément sur ces éléments que Bayer intervient, en instaurant des pratiques plus rigoureuses et en favorisant l'adoption de techniques modernes. L'enjeu dépasse largement les frontières du Royaume. Bayer Maroc, dont le chiffre d'affaires a atteint 244 millions de dirhams en 2024, contribue à une dynamique mondiale qui cherche à concilier performance agricole et responsabilité environnementale. «Produire mieux avec moins», la formule résume une ambition qui vise simultanément la hausse des revenus agricoles, la préservation des sols et la création de systèmes alimentaires plus résilients, tout en limitant la pression sur les habitats naturels. Les innovations développées permettent de cultiver davantage sans étendre les surfaces agricoles, une nécessité à l'heure où les espaces naturels régressent sous la pression démographique mondiale. Cette évolution répond également à une tendance de fond. Le marché global de la protection des cultures et des semences innovantes devrait dépasser deux milliards d'euros avant 2030, porté par une demande croissante en solutions durables, capables de s'adapter aux sécheresses récurrentes, aux maladies émergentes et à la volatilité climatique. Le Maroc, en tant que terrain d'expérimentation et hub régional, se trouve à la croisée de ces enjeux. En s'appuyant sur un écosystème agricole diversifié et sur une volonté affirmée d'accompagner la transformation du secteur, le pays pourrait bien devenir l'un des moteurs de la nouvelle agriculture africaine. Et Bayer, en misant sur des approches intégrées et un effort massif de formation, entend y jouer un rôle déterminant. Maryem Ouazzani / Les Inspirations ECO