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Autoconstruction anarchique : la responsabilité du contrôle en question
Publié dans Les ECO le 11 - 12 - 2025

L'effondrement de deux immeubles à Fès dans la nuit de mardi à mercredi rappelle les failles d'une urbanisation mal encadrée et d'un système de gouvernance fragmenté. En dépit des alertes répétées et des dispositifs officiels censés prévenir ces risques, l'absence de contrôle, la multiplication des acteurs et la dilution des responsabilités continuent de transformer chaque catastrophe en révélateur d'un modèle qui peine à se réformer.
C'est l'effondrement de trop. Le drame survenu à Fès, dans le quartier Al Massira, dans la nuit de mardi à mercredi, s'ajoute à une série de catastrophes qui, depuis plusieurs années, mettent à nu les fragilités de la gestion urbaine. Deux bâtiments se sont successivement écroulés, le premier aux alentours de
23 h 30, le second moins d'une minute plus tard, emportant plusieurs foyers et replongeant la ville dans un scénario devenu tristement familier.
Des constructions en toute irrégularité
Ce nouvel accident survient quelques mois à peine après l'effondrement d'un immeuble d'habitation qui avait fait neuf morts, en mai dernier, dans la même ville. Le bâtiment était inscrit sur la liste des structures menaçant ruine et faisait l'objet d'un ordre d'évacuation que ses occupants n'avaient pas suivi.
Quelques mois auparavant, en février 2024, cinq personnes avaient perdu la vie dans l'effondrement d'une maison de la vieille ville. Et bien avant cela, en 2016, deux enfants avaient péri à Marrakech, tandis qu'à Casablanca, un immeuble de quatre étages s'était effondré, faisant quatre morts et vingt-quatre blessés. À Al Massira, le quartier porte les stigmates d'une urbanisation rapide et insuffisamment encadrée.
Selon les informations que nous avons pu recueillir, les habitants concernés sont d'anciens résidents de bidonvilles relogés en 2007 dans le cadre d'un vaste programme public de résorption de l'habitat insalubre. L'Etat avait fourni les lots de terrain, mais les constructions avaient été laissées aux propriétaires, dans une logique d'auto-construction supposée favoriser l'accession à un logement décent.
Cette approche, pensée comme une solution pragmatique, s'est transformée avec le temps en un terreau d'irrégularités. Les autorisations initiales prévoyaient des bâtiments de deux étages, mais de nombreuses constructions du quartier atteignent aujourd'hui quatre niveaux, édifiés sans accompagnement technique, sans contrôle d'ingénierie et souvent sans respect des normes de sécurité les plus élémentaires. L'absence de surveillance systématique a ouvert la voie à une densification anarchique, où la pression foncière et la recherche d'espace ont pris le pas sur la sécurité des habitants.
Ayoub Redouani, consultant en politiques publiques, pointe des dysfonctionnements institutionnels qui dépassent largement le cas de Fès. «En théorie, les dispositifs existent et devraient être pleinement opérationnels. En pratique, la mise en œuvre dépend fortement du contexte politique du moment, de priorités fluctuantes et d'une capacité d'action qui se dilue dans un labyrinthe administratif. Le même schéma se répète à chaque effondrement. Des déclarations officielles, mobilisations ponctuelles, réunions d'urgence… Mais derrière ce ballet institutionnel, les responsabilités demeurent difficiles à établir, et les mesures de fond tardent à se matérialiser».
En effet, l'articulation entre les différents niveaux de décision reste confuse. Le ministère de l'Habitat met en place des programmes pour traiter les constructions dangereuses, mais le ministère de l'Intérieur détient les leviers opérationnels sur le terrain. Les autorités locales disposent de prérogatives en matière d'aménagement, tandis que les communes délivrent les permis de construire. Chacun possède une part de compétence, mais aucun n'assume la responsabilité globale du suivi et du contrôle. Cette superposition d'acteurs crée un système où les décisions circulent sans trouver de véritable pilote, où les décrets supposés renforcer la sécurité dépendent de plusieurs administrations, et où l'exécution se heurte à des zones grises que personne ne s'empresse de clarifier.
Une gouvernance fragmentée
Cette confusion institutionnelle se retrouve jusque dans le fonctionnement des collectivités. Le président de la commune délivre les autorisations de construire, mais le contrôle de leur conformité échappe largement à son administration. Les services de proximité, comme les moqaddem ou les pachas, interviennent eux aussi dans le processus, tandis que les gouverneurs peuvent suspendre ou annuler des décisions locales.
À chaque étape, de nouveaux acteurs apparaissent, multipliant les points de blocage et diluant d'autant la responsabilité finale. Des affaires récentes de démolition pour violation des règles d'urbanisme, telles que celle de Dar Diyafa à Bouskoura, ont entraîné des limogeages successifs de responsables locaux, reflétant encore une fois la complexité de la chaîne décisionnelle où chacun peut agir, mais où personne ne rend véritablement de comptes.
Pour Ayoub Redouani, cette fragmentation est l'un des principaux obstacles à une politique publique cohérente dans le domaine du logement. Dans d'autres pays, la planification urbaine repose sur une vision globale, intégrant dès la conception les équipements, les infrastructures, l'esthétique, l'accessibilité et la sécurité. La ville est envisagée comme un ensemble interconnecté, pensé en amont. Au Maroc, la construction procède souvent par additions successives, sans cadre directeur suffisamment robuste.
«Les interventions publiques ne suivent pas une stratégie d'ensemble, mais répondent à des urgences qui se répètent et entretiennent l'impression d'un système incapable d'apprendre de ses propres échecs», déplore l'expert.
Cette absence de vision est accentuée d'un problème de culture administrative. En dépit de l'évolution des normes, les pratiques restent marquées par des réflexes anciens. Le consultant évoque une gestion encore largement archaïque, où le formalisme des annonces contraste avec la réalité du terrain.
«La responsabilité ne peut exister que si la chaîne d'acteurs est identifiée, fonctionnelle et contrôlable. Aujourd'hui, elle est morcelée au point de rendre toute reddition des comptes presque impossible», indique Redouani.
Le drame d'Al Massira vient rappeler l'urgence d'une réforme profonde de la gouvernance urbaine. Les politiques de l'habitat doivent être repensées pour clarifier les responsabilités, renforcer les mécanismes de contrôle, harmoniser les interventions et instaurer un suivi continu des constructions, y compris dans les quartiers issus de l'auto-construction.
Maryem Ouazzani / Les Inspirations ECO


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