Le lancement de la 5G au Maroc marque bien plus qu'un simple saut technologique mais ouvre une nouvelle phase décisive pour l'économie, l'industrie et l'inclusion numérique. Avec déjà des millions de terminaux compatibles et des milliers de stations déployées, le Royaume s'achemine vers une transformation profonde où l'éducation, la santé, les startups, les ports et les usines pourraient changer d'échelle. Derrière les promesses de vitesse, la 5G dessine un véritable projet de société, où souveraineté de la data, cybersécurité, innovation et égalité d'accès deviennent les piliers d'un Maroc digital pleinement assumé. Horizon Press a consacré une table ronde au sujet avec en prime des intervenants de premier rang : Ahmed Khaouja, expert auprès de l'Union internationale des télécommunications, Hind Khouy, directrice marketing chez inwi, et Abdelkarim Mazouzi, vice-président de l'APEBI. Alors que la 5G commence à s'installer dans le paysage télécom marocain, la question du rôle futur de la 4G se pose avec insistance. Pour Ahmed Khaouja, expert de l'Union internationale des télécoms, la réponse ne souffre d'aucune ambiguïté. Il estime en effet que la 4G n'est pas condamnée à disparaître, bien au contraire. Il affirme que «la 4G a toujours de l'avenir» et qu'elle demeure «la meilleure technologie mobile pour le citoyen et le consommateur». L'expert rappelle même que «54% des abonnés au niveau mondial sont toujours 4G», ce qui montre l'importance de cette technologie dans l'équilibre du marché. La 4G conserve donc une pertinence technique et économique évidente, non seulement parce qu'elle constitue la base du parc actuel, mais aussi parce qu'elle reste indispensable au fonctionnement de la 5G dans sa version NSA, dont Khaouja rappelle qu'elle «ne peut pas fonctionner sans 4G». Cette complémentarité technologique n'est pas seulement transitoire, elle est fonctionnelle. La 5G apporte de nouvelles capacités, en particulier dans les bandes 3,4 GHz et plus tard millimétriques, alors que «les fréquences de la 4G sont saturées» dans les bandes 800, 1800 et 2600 MHz. La 5G soulage donc mécaniquement la 4G en absorbant les usages les plus gourmands. Pourtant, la 4G reste essentielle pour garantir la couverture nationale, en particulier dans les zones où la 5G serait trop coûteuse à déployer à court terme. La bande 700 MHz, réservée par l'ANRT, jouera d'ailleurs un rôle déterminant pour assurer cette continuité, car elle permet de couvrir de très grandes distances avec peu d'infrastructures. Khaouja souligne que «pour la bande 700, on n'a pas besoin d'installer beaucoup d'antennes», contrairement aux déploiements massifs de petites cellules nécessaires dans les grandes villes pour la 5G. Sur le plan économique, la 4G reste également un pilier de rentabilité pour les opérateurs. Les zones où les revenus sont faibles ne seront pas immédiatement migrées vers la 5G. C'est précisément pour compenser cette logique de marché que le fonds du service universel intervient, financé par «les 2% que payent les opérateurs». Ce mécanisme permet de maintenir une couverture nationale en 4G et de réduire la fracture numérique en finançant les zones non rentables. Enfin, la 4G conserve une valeur stratégique pour des secteurs économiques clés. Dans l'industrie automobile, dans les chaînes de production ou dans les engins connectés destinés à l'export, une connexion fiable reste indispensable. La 4G demeure donc une technologie pivot, essentielle à la fois pour la continuité du service et l'équilibre du marché. La 4G ne sera pas délaissée. Elle formera le socle sur lequel reposera un écosystème 5G encore en construction.