Professeur d'économie financière à l'Université Ibn Tofail- Kénitra La stabilité des prix reste un enjeu central pour l'économie marocaine. Dans cet entretien, Younes Ait Hmadouch, professeur d'économie financière à l'Université Ibn Tofail de Kénitra, analyse les objectifs du ciblage de l'inflation. Il revient sur le rôle du régime de change dans la maîtrise des prix. Et met en garde contre les risques d'une flexibilisation avancée du dirham. Quel est l'objectif à travers l'instauration du ciblage de l'inflation ? Ce mécanisme vise à soutenir la croissance économique de manière indirecte et durable, en évitant que l'inflation élevée ou instable ne perturbe l'allocation des ressources, n'érode l'épargne ou n'accentue les inégalités. Dans une économie ouverte et importatrice comme celle du Maroc, l'objectif est aussi de renforcer la résilience de l'économie face aux chocs extérieurs, en combinant l'action du taux directeur et la gestion du taux de change pour maintenir la stabilité macroéconomique globale. Un autre objectif central est l'ancrage des anticipations d'inflation des agents économiques, en donnant des signaux clairs et crédibles sur l'orientation de la politique monétaire, ce qui permet d'influencer les décisions de consommation, d'investissement et de fixation des prix. Quid du régime de change ? Le régime de change administré a constitué jusqu'à présent un pilier central de la maîtrise relative de l'inflation. En maintenant une certaine stabilité du dirham, BAM a pu limiter la transmission des chocs externes aux prix domestiques, en particulier ceux liés aux importations. Ce rôle stabilisateur du taux de change est d'autant plus important que l'inflation au Maroc est largement importée. Dans ce contexte, le régime de change agit comme une véritable ancre nominale complémentaire à la politique monétaire. Un passage vers un régime de change beaucoup plus flexible exposerait l'économie marocaine à des pressions inflationnistes sans précédent, même en présence d'un ciblage strict de l'inflation. La faiblesse du mécanisme de transmission de la politique monétaire vers l'économie réelle limiterait fortement la capacité de BAM à neutraliser ces chocs par le seul ajustement du taux directeur. Quelles en sont les répercutions ? Dans une économie caractérisée par un déficit commercial structurel et un déficit public en partie libellé en devises, toute dépréciation du taux de change se traduirait rapidement par une hausse généralisée des prix. Tant que les politiques économiques ne sont pas orientées de manière crédible vers le renforcement de l'appareil productif national et la réduction de la dépendance aux importations, une flexibilisation avancée du régime de change ferait peser un risque majeur sur la stabilité des prix. Le danger ne serait pas seulement une inflation élevée, mais une dynamique inflationniste difficilement maîtrisable, voire proche de l'hyper-inflation, que le ciblage de l'inflation à lui seul ne pourrait contenir. Pour le Maroc, la cohérence entre régime de change, capacité de transmission de la politique monétaire et structure productive de l'économie demeure donc une condition préalable incontournable à toute réforme profonde du cadre monétaire. Maryem Ouazzani / Les Inspirations ECO