Lors d'une rencontre avec la presse à Casablanca, Laurent Sacchi, secrétaire général de Danone Monde, a détaillé la vision du groupe au Maroc. Loin d'une approche opportuniste, Danone revendique une stratégie fondée sur le temps long, l'ancrage local et la construction patiente de la confiance, dans un pays considéré comme un pilier de son développement en Afrique. À Casablanca, mardi 6 janvier, Laurent Sacchi n'a pas livré un discours de circonstance. Face à quelques représentants de la presse marocaine, le secrétaire général de Danone Monde a pris le temps d'expliquer, avec méthode, la logique qui guide l'engagement du groupe au Maroc. Pour Danone, le Royaume ne relève ni d'un pari conjoncturel ni d'un marché périphérique. Il s'impose comme un pilier stratégique, appelé à s'inscrire dans la durée. Dans l'esprit du dirigeant, la relation entre Danone et le Maroc dépasse largement la seule équation économique. Elle s'est construite sur le temps long, à travers des cycles, des ajustements et des choix parfois exigeants. «La confiance ne se proclame pas, elle se démontre», résume-t-il en substance. Cette conviction irrigue l'ensemble de la stratégie du groupe dans le pays, loin d'une approche purement volumique ou de court terme. La CAN comme symbole d'un engagement assumé La participation de Danone à la Coupe d'Afrique des Nations illustre cette lecture. L'événement, rappelle Laurent Sacchi, n'est pas appréhendé comme un simple levier marketing. Il incarne un moment de communion nationale, un temps fort de fierté collective. S'y associer relève d'une logique d'accompagnement des grands rendez-vous du pays, sans attente immédiate de retour sur investissement. Une présence pensée comme un engagement symbolique autant qu'économique. Cette posture explique aussi un choix assumé, celui de soutenir l'équipe nationale dans sa globalité, sans incarner la marque à travers une figure individuelle. Pour Danone, la réussite durable ne repose jamais sur un seul visage. Elle est le fruit d'un collectif, d'une organisation et d'une continuité dans l'effort. Une philosophie qui fait écho aussi bien à l'ADN du groupe qu'aux valeurs portées par le sport de haut niveau. L'ancrage local comme socle de la confiance L'ancrage local constitue l'autre pilier de cette relation de confiance. Produire au Maroc, s'approvisionner auprès d'éleveurs marocains, structurer une filière nationale et créer de l'emploi ne relèvent pas d'un discours de communication. Pour Laurent Sacchi, il s'agit d'un passage obligé pour toute entreprise qui prétend s'inscrire durablement dans un pays. Danone entend être perçue comme un acteur intégré à l'économie marocaine, et non comme une entité extérieure opérant à distance. Cette présence industrielle et humaine permet aussi au groupe de mieux comprendre les spécificités du marché, d'adapter son offre et de construire des relations durables avec ses partenaires locaux. Une logique d'intégration qui renforce, dans le temps, la crédibilité de la marque auprès des consommateurs. Le Maroc, pilier africain du groupe Dans cette architecture, le Maroc occupe une place singulière. Le secrétaire général de Danone Monde le qualifie sans détour de premier marché africain du groupe, tant en termes de chiffre d'affaires que de contribution aux résultats. Une position qui justifie des investissements continus et une attention soutenue portée au développement industriel, logistique et humain. Son regard sur l'économie marocaine se veut confiant. Il s'appuie sur la dynamique des grands projets d'infrastructure, la montée en puissance de la distribution moderne et l'existence d'un potentiel de consommation encore loin d'être saturé. Autant de facteurs qui confortent la vision de long terme du groupe dans le Royaume. Sécuriser la filière laitière, un enjeu économique et social Au cœur de cet engagement se trouve la filière laitière, véritable colonne vertébrale de la présence de Danone dans le pays. Laurent Sacchi insiste sur la nécessité de garantir des revenus stables aux éleveurs, notamment à travers des prix du lait lisibles et prévisibles. Cette visibilité est essentielle pour leur permettre d'investir, d'améliorer leurs pratiques et de se projeter dans l'avenir. Derrière cet enjeu économique se joue aussi un équilibre social plus large, lié au maintien des populations rurales et à la transmission des exploitations agricoles. Pour Danone, accompagner cette filière revient à agir bien au-delà de son seul périmètre industriel. Accompagner l'évolution des habitudes alimentaires La responsabilité du groupe s'étend enfin aux questions de santé publique et de nutrition. Laurent Sacchi ne nie pas les mutations rapides des habitudes alimentaires, ni les dérives qu'elles peuvent parfois engendrer. Pour Danone, l'amélioration du profil nutritionnel des produits, notamment la réduction du sucre, doit s'inscrire dans une démarche progressive. L'objectif est d'accompagner les consommateurs dans le changement, sans rupture brutale, afin de garantir une transformation durable, comprise et acceptée. Une approche graduelle, qui privilégie l'adhésion à la contrainte. Une relation de long terme au cœur de la performance durable À travers cette prise de parole, Laurent Sacchi esquisse une ligne claire, celle d'un groupe qui privilégie la continuité à l'effet d'annonce, l'ancrage local à la logique d'extraction, et la confiance à la performance immédiate. Le Maroc n'est pas seulement un marché stratégique pour Danone. Il est un partenaire de long terme, au cœur d'une vision où la solidité des relations humaines et économiques demeure la condition première d'une croissance durable. Laurent Sacchi Secrétaire général de Danone Monde «Le Maroc n'est pas pour Danone un marché de passage. C'est un pays clé avec lequel nous construisons une relation dans le temps, fondée sur la confiance, l'ancrage local et l'engagement collectif. Notre ambition n'est pas le retour immédiat, mais une performance durable, partagée avec les acteurs économiques et sociaux du pays.» El Mehdi Allabouch / Les Inspirations ECO