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Conjoncture 2026 : une croissance solide mais sous tension
Publié dans Les ECO le 16 - 01 - 2026

À en croire les dernières prévisions de la Banque mondiale, l'économie marocaine poursuivra sa trajectoire de croissance en 2026, avec un taux attendu de 4,4%. Une performance honorable dans un contexte international instable, mais qui révèle aussi les limites d'un modèle encore vulnérable aux chocs sectoriels. Pour maintenir cette dynamique, il faudra impérativement accélérer les réformes et renforcer la résilience structurelle du pays.
Alors que l'économie mondiale peine à retrouver un rythme de croissance soutenu, le Maroc s'inscrit dans une trajectoire de reprise modérée, mais encore vulnérable. Le dernier rapport «Perspectives économiques mondiales», fraîchement publié par la Banque mondiale en ce mois de janvier 2026, propose un diagnostic nuancé de la conjoncture marocaine.
À l'horizon 2026, le Royaume pourrait atteindre un taux de croissance de 3,5%, dans un contexte international de ralentissement généralisé, marqué par des incertitudes monétaires et géopolitiques. Loin de tout triomphalisme, cette projection est conditionnée à plusieurs facteurs internes, notamment climatiques, structurels et sociaux.
Une reprise progressive mais fragile
En 2025, l'économie marocaine aurait crû à un rythme de 3,1%, tirée par une reprise modérée de l'activité non agricole. Cette croissance, bien qu'en amélioration par rapport aux années précédentes marquées par la sécheresse et la pandémie, reste en deçà du potentiel structurel du pays.
En 2026, la Banque mondiale anticipe une légère accélération, à 3,5%, portée par la demande intérieure, les investissements publics et une certaine normalisation de la production agricole.
Toutefois, cette reprise reste conditionnée par la bonne tenue des précipitations et la stabilité des prix mondiaux de l'énergie et des intrants agricoles.
La croissance de l'économie non agricole demeure soutenue, notamment dans les secteurs des services, du BTP et de certaines industries exportatrices comme l'automobile et l'aéronautique. La consommation des ménages, quant à elle, reste modérée en raison de l'érosion du pouvoir d'achat sous l'effet d'une inflation persistante des produits alimentaires.
Le climat, facteur déterminant
Le rapport insiste sur le poids des aléas climatiques dans la performance économique marocaine. En l'absence d'irrigation suffisante et d'infrastructures résilientes, la sécheresse continue de compromettre la contribution du secteur agricole à la croissance. Cela affecte non seulement la valeur ajoutée agricole, mais aussi l'emploi et la demande rurale.
Pour 2026, la Banque mondiale recommande une accélération des investissements dans l'adaptation climatique, notamment dans la modernisation de l'irrigation, la gestion des ressources hydriques et la diversification des revenus dans les zones vulnérables.
Des déséquilibres budgétaires sous surveillance
Sur le plan macroéconomique, le Maroc conserve une certaine stabilité, mais sa marge de manœuvre budgétaire demeure contrainte.
Le déficit budgétaire est estimé à environ 4,5% du PIB pour 2025 et devrait légèrement se réduire en 2026, sous réserve d'une meilleure maîtrise des dépenses ainsi que d'un élargissement de l'assiette fiscale.
Le niveau de la dette publique reste élevé, bien que contenu, atteignant près de 70% du PIB. Les réformes fiscales engagées doivent être poursuivies avec davantage d'efficacité, selon l'institution de Bretton Woods. Le défi est de maintenir l'effort d'investissement public, notamment dans les infrastructures, tout en maîtrisant les risques de surendettement.
Inflation maîtrisée, mais toujours source de pression
Après un pic inflationniste en 2022-2023, la courbe semble s'aplanir. L'inflation est estimée à environ 4,3% en 2025 et pourrait se stabiliser autour de 3% en 2026. Cette tendance, si elle se confirme, permettrait à la Banque centrale d'assouplir progressivement sa politique monétaire, favorisant la relance du crédit à l'économie. Toutefois, les chocs exogènes, notamment les fluctuations des prix de l'énergie, pourraient réactiver les tensions sur les prix.
Un appel à la réforme structurelle
La Banque mondiale insiste sur l'urgence des réformes structurelles pour maintenir un sentier de croissance durable. L'accent est mis sur l'amélioration du climat des affaires, la gouvernance publique, l'éducation, et le marché du travail. Le rapport note que la productivité reste trop faible et que le taux d'emploi, notamment des jeunes et des femmes, demeure insatisfaisant.
Le document souligne également la nécessité de mieux cibler les politiques sociales, notamment le Registre social unifié (RSU), pour garantir une redistribution plus efficace et limiter les inégalités. En guise de recommandations stratégiques, le rapport exhorte les autorités marocaines à ancrer leur politique économique dans une stratégie de moyen terme, en priorisant la diversification productive, l'industrialisation verte et l'inclusion sociale.
L'investissement privé, particulièrement national, devra être relancé, notamment via une réforme de la commande publique et une simplification administrative. La digitalisation des services publics, le soutien ciblé aux PME, la réforme de l'enseignement technique et la transparence budgétaire sont autant de leviers identifiés pour renforcer la croissance potentielle.
Une économie mondiale à deux vitesses
Alors que le Maroc montre des signes encourageants de résilience, l'économie mondiale reste en terrain fragile. D'après le rapport de la Banque mondiale, la croissance globale devrait se redresser légèrement à 2,7% en 2025. Ce rythme reste en deçà des moyennes historiques, traduisant un essoufflement prolongé après les chocs cumulés de la pandémie, de la guerre en Ukraine, de la crise énergétique et de la désorganisation des chaînes d'approvisionnement. Les pays avancés connaissent un net ralentissement.
La zone euro est encore plus affectée, avec une prévision de 0,7%, plombée par la faiblesse de la demande intérieure, la désindustrialisation et les tensions énergétiques. Le Japon reste sur une pente modeste, à peine au-dessus de 1%. À l'inverse, les pays émergents et en développement (PEVD) affichent des dynamiques contrastées.
L'Asie reste le moteur de la croissance mondiale, tirée par l'Inde (5,9%) et la reprise progressive de la Chine (4,5%). L'Amérique latine et l'Afrique subsaharienne peinent à enclencher une dynamique soutenue, malgré des prix des matières premières relativement favorables.
Dans plusieurs cas, la consolidation budgétaire et les taux d'intérêt élevés freinent l'investissement public et privé. Le rapport insiste sur les vulnérabilités croissantes des pays à faible revenu, confrontés à une montée des dettes souveraines, à des tensions sociales exacerbées par l'inflation alimentaire, et à une réduction de l'aide internationale. Le ralentissement du commerce mondial et les incertitudes géopolitiques aggravent ce contexte incertain.
Dans cet environnement, la Banque mondiale appelle à renforcer la coopération multilatérale et à réorienter les politiques vers des investissements productifs, notamment dans les infrastructures vertes et l'éducation, pour sortir de cette stagnation prolongée.


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