Le ministère de l'Education nationale, du Préscolaire et des Sports affine sa stratégie de réforme à travers deux nouveaux dispositifs d'accompagnement. L'un est dédié au pilotage de proximité dans les directions provinciales et l'autre est orienté vers la gouvernance centrale du programme «Collèges pionniers». Objectif affiché : transformer durablement les pratiques éducatives en misant sur une gestion plus réactive, collaborative et ancrée dans les réalités locales. Le ministère de l'Education nationale, du Préscolaire et des Sports (MENPS) prépare le lancement de deux chantiers complémentaires pour transformer durablement l'école publique. L'un porte sur l'accompagnement des directions provinciales dans le pilotage des programmes écoles et collèges pionniers. L'autre vise à renforcer la gouvernance stratégique et opérationnelle du programme Collèges pionniers au niveau central. Ces dispositifs s'inscrivent dans la dynamique impulsée par la feuille de route 2022-2026. Objectif : renforcer la qualité des apprentissages, responsabiliser les acteurs locaux, et faire émerger une culture de pilotage pédagogique fondée sur les résultats et la transparence. Vers un pilotage de terrain mieux outillé L'école publique marocaine connaît un moment charnière. Depuis la publication de la feuille de route 2022-2026, une nouvelle doctrine prévaut dans les arcanes du ministère de l'Education. Selon cette vision, pour améliorer les apprentissages, il ne suffit plus de revoir les programmes ou d'augmenter les budgets. Il faut transformer la manière dont le système éducatif est piloté, du sommet jusqu'à l'établissement scolaire. C'est dans ce contexte que s'inscrivent deux projets structurants, dont les termes de référence viennent d'être finalisés et pour lesquels la tutelle entend se faire accompagner par un appui externe. Le premier dispositif porte sur l'accompagnement des directions provinciales (DP) dans la mise en œuvre et le pilotage du programme Ecoles pionnières et de son équivalent dans le secondaire, les Collèges pionniers. Ce programme, en phase de généralisation progressive, se veut un levier de transformation local, centré sur la qualité des apprentissages, la mobilisation des équipes éducatives, et l'amélioration du climat scolaire. Or, pour que cette ambition se concrétise, encore faut-il que les directions provinciales disposent des outils, des compétences et de l'autonomie nécessaires. C'est précisément l'enjeu de ce dispositif. Il vise à aider les DP à devenir des centres de pilotage pédagogique agiles, réactifs, et orientés vers les résultats. L'appui prévu se fera en deux temps. Une première phase visera à diagnostiquer les pratiques de pilotage existantes, à identifier les marges de progrès, et à cartographier les ressources humaines et techniques disponibles. Une seconde phase sera consacrée à la formation, à la co-construction d'outils (tableaux de bord, canevas de planification, indicateurs de performance), à l'accompagnement sur le terrain, et à l'ancrage de routines de pilotage. L'idée est de faire émerger une posture nouvelle chez les responsables provinciaux : celle de catalyseurs du changement au sein de leur territoire éducatif. Cette évolution nécessite également un appui à l'ingénierie du pilotage. Le projet prévoit ainsi la mise en place d'un accompagnement intensif dans une quinzaine de directions prioritaires, identifiées sur la base de critères pédagogiques et territoriaux. Ces directions bénéficieront d'un soutien renforcé, dans une logique de laboratoire d'expérimentation, avec une documentation systématique des pratiques pour faciliter la capitalisation et la réplication. À terme, l'objectif est de doter chaque direction provinciale d'un «binôme pilote» – un chef de projet et un inspecteur référent formé, outillé et capable de mobiliser les acteurs de terrain autour d'un même cap. Une transformation en profondeur du cycle collégial En miroir de cette approche territoriale, le deuxième projet se déploie à l'échelle centrale. Il concerne le renforcement du pilotage stratégique et opérationnel du programme Collèges pionniers. Lancé en 2023, ce programme vise à transformer en profondeur le cycle collégial, trop souvent identifié comme le maillon faible du système. Echec scolaire, décrochage, démotivation…, le collège cristallise nombre de difficultés accumulées depuis le primaire. Pour y remédier, le MENPS veut faire du programme Collèges pionniers un levier d'innovation systémique. Mais pour cela, encore faut-il qu'il soit piloté de manière rigoureuse, agile et collaborative. Le nouveau dispositif vise ainsi à structurer une gouvernance nationale intégrée, capable de piloter le programme dans ses différentes dimensions (stratégie, mise en œuvre, suivi, amélioration continue). Cela passe par la mise en place d'une cellule centrale dédiée, la création d'un comité de pilotage inter-départements, et la définition d'une feuille de route pluriannuelle. Le projet prévoit aussi le développement d'un cadre logique de résultats, avec des indicateurs d'impact clairs (taux de rétention, niveaux d'apprentissage, bien-être scolaire), ainsi qu'un système de reporting régulier, alimenté par les académies et les établissements. Le pilotage stratégique ne se limite pas à une simple supervision administrative. Il s'agit aussi d'un processus d'apprentissage institutionnel. Le dispositif prévoit donc un appui méthodologique à l'analyse des données, à la rédaction de notes stratégiques, à l'animation de revues de performance, et à l'organisation de cycles de dialogue politique. L'enjeu est de renforcer la capacité du ministère à ajuster les actions en fonction des résultats observés, à tirer des enseignements des expérimentations locales, et à orchestrer une montée en charge progressive du programme. Un changement de culture managériale Les deux projets partagent une même philosophie. Ainsi, pour réussir une réforme, il faut aligner les niveaux du système – central, régional, provincial, local – sur une vision commune, et leur donner les moyens de se l'approprier. Cela implique de rompre avec les logiques descendantes, de promouvoir l'intelligence collective, et de créer des boucles de rétroaction continues. C'est ce que traduisent les dispositifs prévus. Cela porte sur des dynamiques collaboratives, une culture de la donnée, une valorisation des pratiques de terrain, et un souci permanent de l'amélioration continue. Ce tournant du pilotage représente une rupture culturelle pour l'administration éducative marocaine. Longtemps centrée sur le respect des procédures, elle est appelée à devenir une organisation apprenante, fondée sur la confiance, la responsabilisation et l'impact. Pour cela, les acteurs clés – cadres de direction, inspecteurs, chefs d'établissement – devront être formés à ces nouveaux rôles. Le projet prévoit donc un investissement conséquent dans la formation continue, l'ingénierie pédagogique et l'accompagnement managérial. Ces deux dispositifs s'inscrivent dans un agenda plus large de transformation du système éducatif, soutenu par les partenaires internationaux du Maroc, au premier rang desquels la Banque mondiale. Ils préfigurent également une évolution de la manière de faire la politique éducative, vers une démarche plus concertée, plus territorialisée, plus ancrée dans les réalités des établissements. L'enjeu, au final, n'est pas seulement d'avoir des écoles et des collèges dits «pionniers», mais de faire de cette posture pionnière un état d'esprit partagé à tous les niveaux du système. Une éducation publique performante, équitable et inclusive ne peut reposer que sur des acteurs engagés, formés et responsabilisés. Ces deux dispositifs posent ainsi les bases d'un changement systémique, qui dépasse les slogans pour investir dans les structures, les personnes et les pratiques. Collèges pionniers : une initiative en pleine montée en charge Lancé en 2023 par le ministère de l'Education nationale, le programme «Collèges pionniers» vise à faire du cycle collégial un véritable levier d'apprentissage. Il repose sur un trépied fondamental : renforcer les apprentissages de base, améliorer le climat scolaire et stimuler la motivation des élèves. Aujourd'hui, plus de 300 établissements sont engagés dans la démarche, avec des retours encourageants sur la mobilisation des équipes pédagogiques. Ce programme, qui incarne une nouvelle génération de politiques éducatives, repose sur l'autonomie accrue des établissements, l'accompagnement rapproché des directions provinciales et une gouvernance par les résultats.