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Génération Green : 2030 en perspective, la tutelle passe en mode "turbo"
Publié dans Les ECO le 27 - 01 - 2026

Cinq ans après son lancement, la stratégie «Génération Green» s'apprête à franchir une nouvelle étape décisive. Avec 58 milliards de dirhams déjà investis et des résultats tangibles sur le terrain, le ministère de l'Agriculture enclenche une dynamique d'accélération pour renforcer l'impact territorial, social et environnemental de la stratégie à l'horizon 2030.
Cinq ans après son lancement, la stratégie «Génération Green 2020–2030» entre dans une nouvelle phase. Pensée comme une transformation profonde de l'agriculture marocaine, elle visait à dépasser le simple objectif de croissance pour inscrire le secteur dans une logique de durabilité, d'équité sociale et d'attractivité pour les jeunes générations. Aujourd'hui, le ministère de tutelle souhaite dresser un premier bilan des retombées et définir les mesures d'accélération pour atteindre pleinement ses ambitions d'ici 2030.
Un socle solide, mais des disparités territoriales
Depuis 2020, la stratégie Génération Green a surtout recentré les politiques agricoles sur l'élément humain, plaçant l'insertion économique des jeunes, la promotion de la classe moyenne rurale et la protection sociale des agriculteurs au cœur de l'action publique. Plusieurs milliers de jeunes ont été accompagnés dans des projets agricoles ou para-agricoles, des coopératives ont été créées ou renforcées et l'accès à la couverture sociale a connu une nette amélioration.
Un autre point marquant concerne l'approche territoriale adoptée dans le déploiement de la stratégie. Des diagnostics régionaux participatifs ont été menés, donnant lieu à des plans d'action adaptés aux spécificités locales. Selon la tutelle, cette logique de décentralisation a permis de mieux répondre aux besoins du terrain, tout en mettant en lumière des écarts de mise en œuvre entre les régions. Ces disparités s'expliquent aussi par une coordination inégale entre les différents acteurs de la gouvernance territoriale.
Pourtant, la stratégie repose sur l'activation de multiples leviers institutionnels : offices régionaux de mise en valeur agricole (ORMVA), chambres d'agriculture, Centres régionaux d'investissement (CRI), et également collectivités territoriales et initiatives telles que l'INDH. Leur mobilisation conjointe est indispensable pour ancrer les projets dans une dynamique de développement intégrée, à l'échelle locale.
Car malgré les succès enregistrés, les autorités reconnaissent une cadence inégale dans le déploiement des projets, un manque d'articulation entre les volets sociaux et productifs, ainsi que des déficiences dans les circuits de commercialisation des petits producteurs. Autant de défis que la deuxième phase de la stratégie devra relever avec davantage de rigueur et une meilleure coordination.
Des secteurs porteurs pour transformer les économie rurales
Dans cette nouvelle phase, le ministère identifie une série de filières à fort potentiel, capables de structurer l'économie rurale autour de l'innovation, de la durabilité et de l'inclusion. L'un des axes les plus stratégiques reste l'agriculture durable, qui vise à renforcer la résilience des exploitations face aux aléas climatiques tout en optimisant l'utilisation des ressources naturelles.
Ce modèle repose sur des pratiques agroécologiques, la diversification des cultures et l'intégration croissante des technologies vertes. Les produits du terroir, quant à eux, représentent une opportunité importante de valorisation locale. En misant sur leur qualité, leur ancrage territorial et leur traçabilité, ils offrent aux petits producteurs des débouchés à forte valeur ajoutée, que ce soit sur les marchés nationaux ou à l'export.
Le secteur des plantes aromatiques et médicinales connaît également un engouement croissant. En tant que filière émergente, il attire l'intérêt de jeunes entrepreneurs, notamment grâce à ses débouchés dans l'industrie pharmaceutique, cosmétique et alimentaire.
L'élevage constitue une autre priorité. Il s'agit non seulement d'un pilier économique dans de nombreuses régions rurales, mais aussi d'un levier d'amélioration de la sécurité alimentaire et de la diversification des revenus. Son développement passe par la modernisation des pratiques, l'amélioration de la santé animale, ainsi que la structuration des filières de transformation.
La valorisation et la transformation agroalimentaire occupent également une place centrale dans la vision 2030. Elles permettent de créer de la valeur sur place, de limiter les pertes post-récolte et de favoriser l'industrialisation rurale.
Cette dynamique est soutenue par l'appui à la création de TPE et d'unités de transformation artisanales et semi-industrielles, avec un accent particulier sur l'entrepreneuriat féminin. Parallèlement, l'artisanat rural, l'agrotourisme et les énergies renouvelables appliquées à l'agriculture sont perçus comme des secteurs transversaux capables de diversifier l'économie rurale. L'artisanat, en valorisant les savoir-faire locaux, contribue à la création d'emplois et au rayonnement culturel des territoires. L'agrotourisme, quant à lui, offre une nouvelle vocation aux exploitations, en combinant activité agricole et accueil touristique.
Enfin, les énergies renouvelables, comme le solaire ou la biomasse, sont de plus en plus intégrées aux projets agricoles en vue de réduire les coûts énergétiques et de promouvoir un modèle circulaire. Ce qu'il faut retenir de cette orientation multisectorielle, c'est une volonté perceptible de dépasser le cadre strictement agricole pour ancrer la Génération Green dans une logique de transformation économique globale, résolument tournée vers l'avenir.
En diversifiant les opportunités, le ministère entend ainsi rendre les territoires ruraux plus attractifs, plus dynamiques et mieux intégrés dans les chaînes de valeur nationales et internationales. L'un des axes les plus structurants de Génération Green réside dans les parcours d'insertion proposés aux jeunes ruraux. Plus que l'appui financier, ces parcours intègrent une formation technique préalable, un accompagnement à l'entrepreneuriat, des services d'incubation, ainsi qu'un suivi personnalisé après l'installation.
Vers une accélération des chantiers d'ici 2030
Dans la foulée de la réalisation du bilan d'étape de la stratégie, les responsables du ministère de l'Agriculture souhaitent mettre en place une série de mesures d'accélération pour consolider les acquis et donner un nouvel élan à Génération Green.
Parmi les priorités identifiées figure le renforcement des centres de services agricoles régionaux, qui joueront un rôle clé en tant que guichets uniques pour l'accompagnement, la formation et le financement des jeunes porteurs de projets. Une attention particulière sera accordée à l'économie coopérative, avec des incitations renforcées pour la montée en gamme et la professionnalisation des regroupements de producteurs. Autre chantier majeur : la modernisation des circuits de distribution.
La création de plateformes régionales de commercialisation, la promotion des circuits courts, ainsi que le développement du e-commerce pour les produits du terroir, sont envisagés pour mieux connecter l'offre à la demande, et réduire les pertes de valeur en aval.
Inclusion, genre et gouvernance territoriale au cœur du processus
Dans cette nouvelle dynamique, l'inclusion reste un fil conducteur. Des programmes spécifiques seront lancés pour renforcer l'autonomisation économique des femmes rurales et favoriser l'émergence d'une véritable classe moyenne agricole. L'Etat prévoit également de cibler les zones marginalisées, à travers des projets adaptés à leur potentiel productif et à leurs besoins sociaux.
Pour piloter cette montée en puissance, un dispositif intégré de suivi-évaluation sera mis en place. Il permettra un suivi en temps réel des projets, une meilleure remontée des données depuis le terrain, et une évaluation rigoureuse de l'impact des politiques publiques.
Cette logique de pilotage est soutenue par un dispositif de contractualisation territoriale. Des conventions multipartites, conclues entre les services de l'Etat, les acteurs régionaux et les bénéficiaires, permettront d'encadrer les engagements de chaque partie tout en assurant la cohérence entre objectifs nationaux et réalités locales. Ce cadre formalisé permettra de renforce la redevabilité, la transparence et l'impact des actions engagées.
Une vision partagée pour un monde rural attractif
Au-delà des mesures techniques, c'est une vision de transformation globale que le ministère cherche à réaffirmer. Celle d'une ruralité synonyme de dynamisme économique, de résilience sociale et d'innovation territoriale. Une ambition que partagent de nombreux acteurs – collectivités locales, agences publiques, partenaires internationaux – qui seront appelés à renforcer leur coordination.
Un autre enjeu-clé pour cette deuxième phase de la stratégie concerne la capitalisation sur les réussites locales. Des mécanismes sont envisagés pour recenser, documenter et diffuser les expériences réussies d'insertion, de coopératives ou de filières innovantes.
En s'appuyant sur des plateformes d'échange et des réseaux d'acteurs, le ministère entend créer une dynamique d'apprentissage permanent entre les territoires. Ce processus favorisera l'émergence de solutions adaptées, reproductibles et ancrées dans les réalités du terrain.
58 milliards de dirhams déjà mobilisés
La montée en puissance de la stratégie Génération Green s'inscrit dans une dynamique de réévaluation continue. Dès septembre 2025, les autorités avaient engagé un diagnostic approfondi des cinq premières années de mise en œuvre, en intégrant les nouveaux impératifs climatiques et les leçons tirées du terrain.
Cette initiative, portée par un marché d'étude lancé par le ministère de l'Agriculture, visait à actualiser les priorités d'ici 2030 et à mieux articuler les politiques agricoles avec les enjeux d'adaptation au changement climatique. Elle a permis de tracer les contours d'une feuille de route actualisée, plus attentive aux vulnérabilités régionales, aux équilibres territoriaux et aux exigences de durabilité.
Dans le même temps, les indicateurs financiers annoncés par le ministère confirment une mobilisation exceptionnelle. Entre 2021 et 2023, près de 58 milliards de dirhams (MMDH) ont été investis pour soutenir les différents chantiers de la stratégie, avec une répartition équilibrée entre les apports publics (55%) et privés (45%). Le Fonds de développement agricole a injecté 13,7 MMDH en subventions directes, contribuant à la modernisation des exploitations et à la structuration des filières.
Par ailleurs, 1,2 million d'hectares sont déjà couverts par l'assurance agricole, avec une cible de 2,5 millions d'hectares, tandis que plus de 1,4 million d'agriculteurs ont été intégrés au régime de protection sociale. Le salaire minimum agricole a enregistré une revalorisation de 15% sur la période.
Le volet foncier connaît également des avancées majeures : à fin septembre 2024, quelque 620.000 hectares de terres collectives ont été mobilisés, dont 176.000 attribués à plus de 50.000 bénéficiaires. Le défi désormais est de maintenir cet élan tout en consolidant l'impact territorial, social et environnemental de cette stratégie à l'horizon 2030.


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