Il aura fallu une pandémie mondiale pour mettre en lumière «le care», un mot trop longtemps resté dans l'ombre du débat public. Ce mot anglais, qui désigne à la fois le soin, l'attention, la sollicitude, renvoie à une réalité universelle, mais souvent invisible, du travail des aidantes et aidants, rémunéré ou non, qui soutiennent la vie au quotidien. Nourrir, accompagner, écouter, soigner. Des gestes simples, essentiels, mais historiquement relégués aux marges de l'économie, car non monétisables, peu visibles, souvent féminisés. Le Conseil économique, social et environnemental remet aujourd'hui ce travail du lien au centre du jeu. En appelant à une stratégie nationale dédiée à l'économie du soin, il propose une réponse concrète aux impasses d'un modèle productiviste qui a trop souvent sacrifié l'humain à l'autel de l'efficacité. Les chiffres sont sans appel. Le vieillissement de la population, l'éclatement des solidarités familiales, la montée des maladies chroniques, la charge invisible supportée par les femmes, tout cela révèle un double déficit. Institutionnel d'abord, avec des infrastructures trop rares, mal réparties, inadaptées. Social, ensuite, de précarité endémique pour celles et ceux qui prennent soin, sans cadre, sans reconnaissance, sans droits. L'enjeu est alors double. Il faut reconnaître, structurer, protéger et, en parallèle, libérer le potentiel économique d'un secteur porteur d'emplois, d'équité et de cohésion. Il faut en faire un pilier du contrat social, au même titre que les routes ou l'électricité. Ce changement de regard suppose de repenser ce que nous valorisons : le profit ou le lien ? Le court terme ou la durabilité ? Le care est un acte économique. Il crée de la richesse, soutient la productivité et stabilise la société.Pourtant, il reste encore trop souvent invisibilisé dans nos statistiques, nos budgets, nos priorités. Il ne s'agit pas de monétariser la solidarité, mais de reconnaître que prendre soin est un acte collectif, un choix politique. Et ce pourrait bien être notre meilleur investissement d'avenir. Meriem Allam / Les Inspirations ECO