Dans le sillage de la suspension des exportations de sardines congelées, le Maroc réorganise la pêcherie Sud avec un repos biologique révisé et un accès restreint à 75 navires. Cette gestion impose des contrôles techniques accrus et des quotas pour garantir l'approvisionnement prioritaire du marché intérieur avant le Ramadan. L'administration durcit également le cadre coercitif, prévoyant des exclusions de cinq ans pour tout manquement aux nouvelles normes de durabilité et de transparence. Après que le Maroc a suspendu l'exportation des sardines congelées à compter du 1er février 2026 pour lutter contre la flambée des prix et assurer l'approvisionnement du marché intérieur, notamment durant la période du Ramadan, le secrétariat d'Etat chargé de la Pêche maritime a procédé à la refonte du calendrier du repos biologique. Dans un tournant stratégique pour la gestion de ses ressources halieutiques, la décision N° PP-01/26 a été promulguée en amendant le calendrier initial de protection des petits pélagiques en Atlantique Sud. Cette révision, qui fixe désormais la période de repos biologique du 1er janvier au 15 février 2026, témoigne d'une volonté d'adaptation aux réalités biologiques des stocks. S'appuyant sur l'avis scientifique de l'Institut national de la recherche halieutique (INRH) d'octobre 2025, cette mesure vise à garantir le renouvellement des espèces dans la zone névralgique située entre le Cap Boujdour (26°07'N) et le Cap Blanc (20°46'N). Au-delà du calendrier, l'administration a imposé aussi une limitation de la flotte autorisée. 75 navires de pêche à la senne autorisés Pour la campagne 2026, seuls 75 navires de pêche à la senne, dont les noms figurent sur la liste officielle rendu publique, ont reçu le feu vert pour opérer depuis le port de Dakhla. L'accès à cette pêcherie est désormais conditionné à des critères administratifs et techniques : l'obtention d'un agrément sanitaire valide, la vérification de la propriété effective des navires et, surtout, le respect d'un quota individuel de capture qui sera défini ultérieurement en fonction de l'état réel de la ressource. L'analyse des directives révèle une intensification du suivi en temps réel des activités en mer. Chaque navire autorisé est tenu de maintenir son système de surveillance par satellite (VMS) opérationnel avec une fréquence de transmission des signaux fixée à une heure maximum. Les obligations ne s'arrêtent pas en mer : les débarquements doivent s'effectuer exclusivement au port de Dakhla toutes les 24 heures, avec une interdiction de stocker le poisson hors des cales ou d'utiliser des contenants non standardisés. Cette logistique standardisée vise à éliminer toute zone d'ombre dans la chaîne de valeur et à lutter contre la pêche non déclarée et illicite. Sanctions et discipline budgétaire La décision administrative introduit également un volet coercitif dissuasif. Les armateurs bénéficiaires de licences ont jusqu'au 15 février 2026 pour s'acquitter de leurs redevances. Tout retard de paiement ou manquement aux dispositions réglementaires entraînera des sanctions, notamment l'exclusion de la pêcherie pour une durée de cinq ans, sans possibilité de remplacement du navire. Cette fermeté souligne que le droit de pêche en Atlantique Sud est désormais un privilège accordé aux opérateurs respectueux des équilibres écologiques et des engagements financiers, plaçant la responsabilité des acteurs au cœur du modèle de développement de l'économie bleue marocaine. Yassine Saber / Les Inspirations ECO