Expert-comptable (CPA Australia) et professeur à l'ENCG Meknès Après la CAN 2025, la question de la transparence financière se pose avec acuité. Pour Issam Benahyoun, expert-comptable et professeur à l'ENCG Meknès, la redevabilité est essentielle pour encadrer les flux massifs de ressources publiques et éviter les dépassements budgétaires. Le Maroc dispose d'institutions solides, mais la complexité des montages événementiels reste un défi. Garantir la durabilité et l'impact social des infrastructures nécessite des audits indépendants et des indicateurs vérifiables. Pourquoi la notion de redevabilité est-elle centrale après un événement comme la CAN 2025 ? La performance sportive, aussi louable soit-elle, ne doit pas occulter les enjeux financiers. L'exigence de redevabilité, ou accountability, est fondamentale dès lors que des volumes considérables de ressources publiques sont mobilisés. Elle permet de répondre à des questions précises sur «qui décide, à quel coût et pour quels bénéficiaires». La littérature démontre qu'en l'absence de mécanismes de contrôle robustes, le contexte d'exceptionnalisme propre à ces événements favorise les dépassements budgétaires et l'opacité. Dans les pays de l'OCDE, la perception de la corruption augmente significativement après la désignation d'un Etat comme pays hôte. Il s'agit donc d'un problème structurel. La redevabilité doit être posée comme une condition ex ante et non comme un bilan ex post, afin d'éviter que l'urgence ne serve de prétexte à la dérégulation des marchés publics. Le Maroc dispose-t-il des armes institutionnelles pour contrer ces risques en vue du Mondial 2030 ? Le pays possède une architecture institutionnelle dense, incluant la Cour des comptes et l'Instance nationale de la probité, de la prévention et de la lutte contre la corruption (INPPLC). Toutefois, le défi ne réside pas dans l'existence des organes de contrôle, mais dans la maîtrise de la complexité. L'organisation de méga-événements implique des montages hybrides et fragmentés. Nos recherches récentes, publiées dans le Journal of Financial Reporting and Accounting, confirment que l'accroissement de la complexité procédurale est positivement corrélé au risque de fraude. Si les innovations sécuritaires marocaines sont réelles (bureaux judiciaires in situ, coopération sécuritaire régionale, contrôle en temps réel), la réponse aux risques financiers et comptables reste à parfaire. La crédibilité de l'organisation du Mondial 2030 dépendra de la capacité à produire des états financiers consolidés et à simplifier les chaînes de décision pour garantir une traçabilité totale des flux. Comment s'assurer que la «durabilité» ne reste pas un vœu pieux? Il existe un décalage entre la conformité technique des infrastructures, souvent validée par les instances internationales, et l'utilité sociale réelle perçue par les citoyens. Des mouvements comme les discussions portées par la GenZ212 illustrent une demande de transparence sur les priorités budgétaires et l'équité intergénérationnelle. Pour que l'héritage soit crédible, il ne suffit pas d'éviter les «éléphants blancs». Il faut instaurer des audits indépendants et publics couvrant les impacts sociaux et économiques. Tant que la durabilité ne sera pas mesurée par des indicateurs vérifiables et opposables, l'adhésion citoyenne restera fragile. L'enjeu est de transformer une promesse institutionnelle en une réalité auditable. Mehdi Idrissi / Les Inspirations ECO