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Kamal Aberkani : "A travers l'usage de drones et de satellites, l'Etat pourrait envisager un zonage agricole dynamique interdisant ou limitant les cultures d'hiver dans les secteurs les plus exposés"
Professeur à la Faculté pluridisciplinaire de Nador et spécialiste en sciences de l'agriculture Les fortes précipitations enregistrées récemment ont mis à l'épreuve les sols agricoles du nord du pays, entre risques d'inondation et opportunités agronomiques. Kamal Aberkani, professeur à la Faculté pluridisciplinaire de Nador et spécialiste en sciences de l'agriculture, décrypte les réactions contrastées des sols du Gharb et du Loukkos. Il revient aussi sur les bénéfices à moyen terme de cet épisode pluvieux et les ajustements stratégiques nécessaires pour une agriculture marocaine plus résiliente. Comment analysez-vous la réaction des différents types de sols des régions du Gharb et du Loukkos face à ces volumes de précipitations ? Il existe une distinction fondamentale entre les deux bassins. Le Gharb est dominé par des sols lourds qui retiennent l'eau. L'infiltration y est lente, ce qui favorise la stagnation et le ruissellement en surface lors d'épisodes intenses. À l'inverse, le périmètre du Loukkos se caractérise par des sols sablonneux, souvent liés aux influences marines. La capacité de filtration y est naturellement élevée et rapide. L'eau rejoint vite la nappe phréatique. Malgré cet avantage structurel du Loukkos, l'intensité exceptionnelle des pluies et les délestages nécessaires des barrages ont saturé les capacités d'absorption des deux zones. La topographie de plaine accentue mécaniquement l'étalement des eaux dans les points bas. Au-delà des pertes constatées, quels sont les bénéfices agronomiques que l'on peut attendre de cet épisode pluvieux ? L'impact positif le plus significatif concerne la salinité des sols. La sécheresse des dernières années avait provoqué une concentration des sels dans la rhizosphère, ce qui nuisait aux rendements. Les quantités d'eau reçues permettent un lessivage profond et un drainage des sels hors des zones racinaires. La qualité agronomique des terres s'en trouve restaurée pour les cultures de printemps et l'arboriculture. Il faut aussi noter la recharge complète des nappes phréatiques et la régénération de la biodiversité du sol. L'humidité favorise le retour d'une microfaune utile. Le couvert végétal spontané sera plus dense, ce qui offrira des ressources fourragères supplémentaires pour le bétail. Quelles leçons stratégiques le secteur agricole doit-il tirer de ces inondations pour l'avenir ? Le Maroc doit désormais se préparer à gérer deux extrêmes climatiques, la sécheresse et les inondations. La maintenance des systèmes de drainage a parfois été reléguée au second plan face à l'urgence de l'irrigation. Elle doit redevenir une priorité technique. L'outil technologique est incontournable pour l'adaptation. L'usage de drones et de satellites permet d'identifier précisément les zones à risque. L'Etat pourrait envisager un zonage agricole dynamique interdisant ou limitant les cultures d'hiver dans les secteurs les plus exposés. La réforme de l'assurance agricole est également centrale. Elle doit gagner en flexibilité pour couvrir l'ensemble des producteurs, y compris ceux dont le statut foncier est complexe. M.I. / Les Inspirations ECO