Alors que des conditions météo exceptionnelles ralentissent le déchargement dans plusieurs ports, la tutelle assure que l'approvisionnement national en produits pétroliers reste stable et maîtrisé. Toutefois, sur le terrain, des professionnels disent redouter une tension grandissante et évoquent des livraisons réduites, surtout dans les stations situées hors des grandes villes. Alors que des conditions météorologiques exceptionnelles perturbent depuis plusieurs semaines l'activité portuaire, Leila Benali, ministre de la Transition énergétique, a tenu à rassurer sur l'état de l'approvisionnement du marché national en produits pétroliers. Le département évoque une situation stable et maîtrisée, portée par un stock national dépassant 617.000 tonnes, présenté comme suffisant pour couvrir les besoins à ce stade. Des retards de déchargement, sans rupture Selon le ministère, les perturbations climatiques ont eu un impact direct sur l'activité de certains ports nationaux, compliquant les opérations de déchargement de plusieurs navires transportant des produits énergétiques. Les contraintes logistiques liées à l'état de la mer et aux aléas météo ont entraîné des retards dans le traitement de certaines cargaisons, sans toutefois remettre en cause, assure la tutelle, l'équilibre global de l'approvisionnement du marché national. Face à cette situation, le département affirme avoir mobilisé l'ensemble des acteurs publics et privés dans une approche qualifiée «d'anticipative et coordonnée». L'objectif est de garantir la régularité de l'approvisionnement et de dépasser les contraintes liées au retard de déchargement de certaines cargaisons. Dans le détail, les services du ministère indiquent suivre de près, en coordination permanente avec les professionnels, l'évolution des stocks nationaux ainsi que la situation des navires en attente dans les ports. La tutelle insiste sur un niveau de stock national supérieur à 617.000 tonnes, censé permettre de «tenir» durant cette période d'instabilité climatique, le temps d'un retour à des opérations portuaires normales. Le ministère fait également état de plusieurs navires transportant plus d'un million de tonnes supplémentaires de produits pétroliers, actuellement en attente. Leur déchargement devrait intervenir dès l'amélioration des conditions météorologiques, renforçant ainsi le niveau des stocks disponibles. Au-delà de la gestion des flux, le département souligne que des mesures préventives ont été prises avec les intervenants concernés, notamment l'inventaire des installations et stations de distribution temporairement fermées dans certaines zones affectées par les inondations. Ces fermetures, précise-t-il, relèvent d'une logique de précaution visant la sécurité des personnes et la protection de l'environnement, en attendant que les conditions de reprise soient réunies. Une coordination quotidienne avec les acteurs du secteur des hydrocarbures, les autorités locales et les professionnels est également mise en avant, ainsi qu'une cellule de veille chargée de suivre l'évolution de la situation et de réagir à tout élément nouveau pouvant affecter l'approvisionnement. Le dispositif prévoit aussi la continuité du service au niveau du Laboratoire national de l'énergie et des mines afin de faciliter le contrôle qualité et d'accompagner la reprise des opérations de déchargement dès que les conditions météo le permettront. Au final, le ministère inscrit ces mesures dans le cadre d'une expérience accumulée par le Maroc depuis plus de 35 ans dans l'analyse des changements climatiques et la gestion de leurs impacts. Il assure que la communication se poursuivra en fonction de l'évolution de la situation. Un climat d'inquiétude persistant Mais en dépit des messages officiels se voulant rassurants, plusieurs professionnels interrogés disent ne pas être confiants quant au rythme réel des opérations portuaires et à la capacité du circuit à absorber durablement les retards. Selon nos informations, cela ferait près de 20 jours qu'aucun navire pétrolier n'a effectivement accosté dans les ports concernés, notamment ceux de Mohammedia et de Jorf Lasfar. Des opérateurs estiment que la situation pourrait devenir critique si la météo continue de freiner les manœuvres d'accostage et les opérations de déchargement. Au-delà des inquiétudes générales, c'est surtout le kérosène qui cristallise les craintes. «Si le navire actuellement en rade n'accoste pas dans les jours qui viennent, l'étau se resserrera», alerte un acteur du secteur, évoquant le risque d'une tension plus rapide sur ce produit. Du côté des stations-service, aucune communication claire ne filtre sur la situation globale. Les informations recueillies portent surtout sur les quantités livrées. Selon un professionnel, la tension serait plus marquée dans les stations situées hors des grandes villes, où les ruptures seraient plus fréquentes. En termes d'approvisionnement, les volumes livrés seraient réduits de moitié, indiquant un resserrement de la distribution dans certaines zones. Les transporteurs, eux, disent rester aux aguets, l'activité étant en partie en stand-by dans l'attente de la marchandise. Une mobilisation complète serait programmée dès la reprise des déchargements afin d'accélérer l'acheminement et de limiter l'effet de rattrapage sur la distribution. Entre stocks annoncés et signaux de tension remontés du terrain, l'évolution des conditions météo et la reprise effective des opérations portuaires seront déterminantes dans les prochains jours. Maryem Ouazzani / Les Inspirations ECO