Le Royaume-Uni a annoncé, vendredi 6 février, la conclusion d'un accord avec la République démocratique du Congo autorisant le renvoi de migrants congolais en situation irrégulière. Kinshasa devient ainsi le troisième pays africain à coopérer avec Londres sur les expulsions, après l'Angola et la Namibie, dans un contexte de durcissement assumé de la politique migratoire britannique. Après plusieurs mois de tensions, Londres affirme avoir obtenu de Kinshasa un engagement formel sur la reprise de ses ressortissants en situation irrégulière, au terme de négociations engagées sous la menace de restrictions migratoires ciblées. Un accord obtenu sous contrainte Dans un communiqué publié vendredi, le ministère britannique de l'Intérieur s'est félicité d'avoir obtenu la coopération de la République démocratique du Congo (RDC), jusque-là jugée insuffisante dans l'acceptation des retours de ses ressortissants expulsés du Royaume-Uni. En décembre dernier, Londres avait annoncé des restrictions de visas à l'encontre des ressortissants congolais, assorties de la menace d'une suspension totale des délivrances. Cette pression diplomatique a conduit les autorités congolaises à ouvrir des discussions avec le Royaume-Uni, aboutissant à un accord similaire à ceux conclus quelques semaines plus tôt avec l'Angola et la Namibie. Ces deux pays, également visés par des mesures restrictives, avaient accepté de coopérer afin d'éviter un durcissement supplémentaire des conditions d'entrée de leurs ressortissants sur le territoire britannique. Selon Londres, ces accords pourraient permettre l'expulsion de plus de 3.000 migrants originaires de ces trois pays africains. Les dispositifs concernent aussi bien les personnes en situation irrégulière que celles condamnées pour des infractions graves. Une ligne dure assumée par le gouvernement travailliste Pour la ministre britannique de l'Intérieur, Shabana Mahmood, le message se veut sans ambiguïté. « Si les gouvernements étrangers refusent d'accepter le retour de leurs citoyens, ils en subiront les conséquences », a-t-elle déclaré, revendiquant une accélération des procédures d'expulsion et un usage assumé de la contrainte diplomatique. Ces accords s'inscrivent dans un ensemble de mesures annoncées depuis novembre visant à durcir le cadre britannique de l'asile. Parmi elles figurent la réduction de la protection accordée aux réfugiés, appelés à rentrer dans leur pays dès lors que la situation y est jugée sûre, ainsi que la suppression de l'accès automatique aux aides sociales pour les demandeurs d'asile. Depuis l'arrivée au pouvoir du gouvernement travailliste dirigé par Keir Starmer en juillet 2024, près de 58.500 personnes ont été expulsées du Royaume-Uni, selon les chiffres officiels. Le ministère de l'Intérieur fait état d'environ 15.000 expulsions effectives, auxquelles s'ajoutent plus de 43.000 départs volontaires consécutifs à une notification d'irrégularité. Une pression politique croissante sur l'exécutif La question migratoire reste au cœur du débat politique britannique. Les demandeurs d'asile au Royaume-Uni sont majoritairement originaires du Pakistan, d'Afghanistan, d'Iran et d'Erythrée, selon les dernières données gouvernementales disponibles. Face à la montée du parti anti-immigration Reform UK, crédité d'intentions de vote élevées dans les sondages, l'Exécutif travailliste cherche à afficher des résultats concrets sur un terrain longtemps exploité par l'opposition. L'usage des sanctions en matière de visas à l'encontre des pays d'origine apparaît désormais comme un instrument structurant de cette stratégie, au risque de redessiner durablement les relations diplomatiques du Royaume-Uni avec plusieurs Etats africains.