Le Maroc n'échappe pas aux effets du raffermissement du dollar, qui redessine les dynamiques du marché des changes et influence directement l'évolution du dirham. Après la correction observée fin janvier, le marché des changes a entamé début février une phase de rééquilibrage dominée par le retour en force du dollar américain. Selon l'analyse de BMCE Capital Global Research, ce mouvement ne relève pas d'un simple rebond technique, mais d'une reconstruction plus profonde, alimentée par la solidité relative des fondamentaux américains et par la persistance des divergences de politiques monétaires. Les Etats-Unis reprennent l'ascendant Aux Etats-Unis, les derniers indicateurs macroéconomiques ont contribué à raffermir la devise américaine. La hausse marquée de l'indice des prix à la production, combinée à une amélioration des enquêtes PMI, a ravivé les anticipations d'une inflation plus résistante que prévu. Dans ce contexte, la remontée graduelle des rendements longs a renforcé l'attractivité du billet vert, malgré des statistiques d'emploi ponctuellement contrastées. BKGR souligne également l'impact institutionnel de la nomination de Kevin Warsh, perçue comme un signal plus restrictif sur le plan monétaire. Cette évolution a contribué à stabiliser les anticipations de marché, réduisant les craintes d'un pivot accommodant prématuré de la Réserve fédérale et soutenant l'indice dollar, en hausse hebdomadaire de 1,6%. Une zone euro en manque de catalyseurs Face à cette dynamique américaine, l'euro a subi une correction nette. La monnaie unique a été pénalisée par un environnement macroéconomique moins porteur et par l'absence de signal monétaire fort de la Banque centrale européenne. Le statu quo sur les taux directeurs, accompagné d'un discours jugé insuffisamment restrictif, n'a pas permis d'enrayer la baisse de l'EUR/USD, en recul de 1,62% sur la semaine. La poursuite du processus de désinflation en zone euro accentue cette fragilité. L'IPCH de janvier, tombé à 1,7%, son plus bas niveau depuis septembre 2024, renforce les anticipations d'un assouplissement monétaire à venir. Pour BKGR, cette configuration limite structurellement le potentiel de rebond de l'euro face au dollar à court terme. Livre sterling et dirham, trajectoires contrastées La livre sterling n'a pas échappé à cette recomposition des équilibres. Elle s'est repliée de plus de 2% face au dollar, sous l'effet d'un discours de la Banque d'Angleterre perçu comme plus conciliant qu'anticipé. Les marchés intègrent désormais la possibilité d'une première baisse de taux dès mars, dans un contexte marqué par des incertitudes politiques persistantes et une prime de risque toujours présente sur les obligations britanniques. Sur le marché local, le dirham marocain a évolué de manière différenciée. Il s'est déprécié face au dollar, avec une hausse de la paire USD/MAD de 1,54%, tout en s'appréciant légèrement face à l'euro. Cette configuration reflète avant tout l'effet mécanique du renforcement du billet vert à l'échelle internationale, dans un régime de change toujours encadré. Enfin, BKGR note que, malgré les mouvements observés sur les parités, la volatilité implicite demeure globalement maîtrisée. Cette relative stabilité traduit un marché encore confiant dans le scénario central, tout en restant attentif aux prochains signaux de politique monétaire. Dans cet environnement, la hiérarchie des devises reste largement dictée par les différentiels de croissance et de taux, au premier rang desquels figure le couple dollar-euro.