Le dialogue entre les syndicats de pharmaciens d'officine et le Conseil de la concurrence se tend autour du projet d'ouverture du capital des pharmacies à des investisseurs privés. Après une première réunion jugée constructive, les représentants de la profession dénoncent un changement de méthode, laissant planer la menace d'une mobilisation nationale. Au-delà de la réforme envisagée, c'est la conception même du modèle officinal et du processus de concertation qui interroge. Quelques jours seulement après une première réunion jugée «constructive», le dialogue entre les représentations syndicales des pharmaciens d'officine et le Conseil de la concurrence semble de retour au point mort. En cause, la méthode adoptée par le Conseil dans l'examen du dossier sensible de l'ouverture du capital des pharmacies à des investisseurs privés. Selon nos informations, les échanges tenus lors de la dernière rencontre n'ont pas dissipé les inquiétudes de la profession. Bien au contraire. Le Conseil de la concurrence y aurait présenté un benchmark de pays ayant opté pour la libéralisation du capital des officines, ce qui a été perçu par les syndicats comme l'indice d'une orientation déjà arrêtée. Les pharmaciens espéraient que l'instance plaiderait en faveur du maintien du modèle actuel, fondé sur l'indépendance du titulaire et l'ancrage sanitaire de l'officine. La tension est montée d'un cran avec la tenue d'une seconde réunion convoquée par le Conseil de la concurrence, à laquelle les représentations syndicales nationales n'ont pas été conviées. Celles-ci dénoncent «une violation flagrante des engagements pris» et «une exclusion injustifiée des parties prenantes essentielles de la profession pharmaceutique». Les syndicats évoquent un mépris des principes fondamentaux du dialogue et de la consultation, tels qu'inscrits dans la Constitution. Une ligne rouge, l'ouverture du capital Pour les organisations professionnelles, ouvrir le capital des officines aux investisseurs privés constituerait un basculement du modèle vers une logique prioritairement commerciale, susceptible d'affaiblir l'indépendance du pharmacien et de fragiliser le maillage territorial. Les syndicats redoutent qu'une concentration capitalistique ne déstabilise les petites et moyennes officines, déjà confrontées à des marges limitées. Les professionnels craignent par ailleurs que la réforme accentue les disparités régionales en matière d'accès aux médicaments. Dans leur déclaration, ils affirment leur rejet catégorique de toute mesure susceptible de favoriser certains lobbies ou de compromettre la santé du citoyen. Ils rappellent leur attachement aux orientations royales appelant à une gouvernance participative et à la préservation de l'intérêt général. La menace d'une mobilisation nationale Face à ce qu'ils qualifient de dangereux dérapage et de désengagement institutionnel du Conseil de la concurrence, les représentants syndicaux annoncent leur intention d'envisager toutes les mesures légales et de protestation nécessaires pour faire valoir leurs droits. Parmi les options évoquées figure l'organisation d'une grève nationale générale sans précédent. Des actions syndicales seraient actuellement à l'étude afin de déterminer les modalités d'une riposte coordonnée. Le différend dépasse désormais la seule question technique de la libéralisation du capital. Il touche à la méthode, à la place des corps intermédiaires dans l'élaboration des politiques publiques et à l'équilibre entre logique de marché et impératif sanitaire. Maryem Ouazzani / Les Inspirations ECO