Page 18 du dernier rapport mondial de Forvis Mazars, le Maroc figure dans le trio de tête africain. 806 professionnels du private equity interrogés à travers le monde placent le Royaume aux côtés de l'Afrique du Sud et du Kenya. Satisfaisant ! Mais un autre passage du rapport, plus discret, retient l'attention. C'est un témoignage, depuis le Brésil, de Vinicius Silveira Cunha, partner du fonds IG4 Capital. En quelques phrases, il raconte une erreur et donne une leçon. «Les actifs réels font partie de notre protection contre les baisses, explique-t-il. S'il n'y a pas d'actifs réels, nous n'investissons pas. Avec cet investissement, nous avons commis deux erreurs : nous avons vendu les actifs réels et détruit notre protection ; et nous avons compté sur une croissance qui n'est pas venue assez vite». Tout est dit. La tentation de la financiarisation, l'illusion que l'on peut faire reposer la création de valeur sur des montages sophistiqués sans ancrage physique, et la sanction, brutale, quand la croissance promise ne vient pas. Au Maroc, nous sommes aussi un pays d'actifs réels. Notre économie s'est construite sur des usines, des terres, des infrastructures. L'immobilier y est une valeur refuge. Le foncier, un marqueur social. Et pourtant, depuis quelques années, la donne mue. On parle de finance désincarnée, de modèles légers, de bilans «optimisés» où l'on vend les murs pour alléger le passif. Les meilleures opérations de private equity réalisées dans le Royaume ont pourtant une caractéristique commune : elles ont adossé des projets industriels ou de services à des actifs tangibles. Une unité de production qu'on modernise, du foncier qu'on valorise, des infrastructures qu'on rentabilise. Alors, certes, les TMT sont devenus le premier secteur d'intérêt des investisseurs mondiaux, devant la finance, et l'intelligence artificielle promet de tout révolutionner, mais ce nouveau monde ne nous fera pas oublier qu'une économie sans ancrage physique est sans défense. Le témoignage de Vinicius Silveira Cunha rappelle que vendre ses actifs réels, c'est vendre sa protection. Et que compter sur une croissance éternelle, c'est préparer sa chute. Le private equity marocain de demain devrait être celui qui saura conjuguer deux exigences. Celle de la modernité, bien sûr, mais aussi celle de la sagesse. Meriem Allam / Les Inspirations ECO