La logistique s'impose comme l'un des principaux déterminants de la compétitivité économique. Longtemps perçue comme une fonction d'appui, elle se révèle aujourd'hui en tant que levier structurant, au croisement du commerce extérieur, de l'organisation des territoires et de la performance des entreprises. Au Maroc, cette mutation s'inscrit dans une trajectoire de long terme, marquée par des investissements massifs dans les infrastructures, la montée en puissance des grands ports et l'émergence d'une vision plus intégrée des flux de marchandises. À la tête de l'Agence marocaine de développement de la logistique, Ghassane El Machrafi propose, dans ce premier volet du grand entretien de «L'Invité des ECO», une lecture structurée des transformations qui traversent la logistique nationale. Pour commencer, quel est précisément le rôle de l'Agence marocaine de développement de la logistique (AMDL) ? Pour comprendre le rôle de l'AMDL, il faut d'abord revenir à la Stratégie nationale de compétitivité logistique. Mise en place il y a une quinzaine d'années, cette stratégie place clairement la compétitivité au cœur de son ambition. Le choix des termes n'est pas anodin. Il ne s'agit pas uniquement de développer la logistique en tant que secteur, mais bien d'en faire un levier direct de performance économique. À un moment donné, différentes évaluations ont convergé vers une estimation du coût logistique rapporté au PIB, située autour de 19% à 20%. L'objectif poursuivi reste naturellement de tirer ce niveau vers le bas. Mais au-delà de cet indicateur global, il me semble plus pertinent d'adopter une lecture par filière. La structure même de l'économie influence fortement ce ratio. Une économie davantage orientée vers des produits à forte valeur ajoutée, comme l'aéronautique, affichera mécaniquement un coût logistique relatif plus faible qu'une économie plus tournée vers des produits à faible valeur unitaire, notamment certains produits agricoles. Le véritable enjeu consiste donc à analyser, filière par filière, les marges d'optimisation possibles afin d'améliorer durablement la compétitivité logistique. Il est également important de déconstruire certaines perceptions récurrentes. La logistique est parfois présentée comme un frein au développement économique ou aux performances à l'export. Cette lecture ne reflète pas la réalité. Si de grands groupes internationaux choisissent de s'implanter au Maroc, c'est précisément parce que les conditions globales de compétitivité, y compris logistiques, sont jugées satisfaisantes. Ce positionnement résulte d'investissements structurants engagés sur plus de deux décennies, sous l'impulsion des hautes orientations et de la vision de Sa Majesté le Roi Mohammed VI que Dieu l'assiste. Ports de classe mondiale, réseau ferroviaire aux meilleurs standards, près de 2.000 kilomètres d'autoroutes, routes nationales modernisées, zones industrielles intégrant des composantes logistiques. Ces infrastructures constituent aujourd'hui des fondations solides. Enfin, la compétitivité logistique ne se mesure pas uniquement à la sortie d'usine. Elle s'apprécie à l'échelle du marché final, là où le produit est effectivement consommé. C'est cette vision systémique qui structure notre action. Dans ce cadre, la raison d'être de l'AMDL consiste à contribuer au développement de la compétitivité logistique nationale, dans un secteur profondément transversal où interagissent institutions publiques, démembrements de l'Etat et acteurs privés. L'agence s'est ainsi construite autour d'un positionnement stratégique visant à assurer cohérence, convergence et efficacité au sein de cet écosystème.