La logistique s'impose comme l'un des principaux déterminants de la compétitivité économique. Longtemps perçue comme une fonction d'appui, elle se révèle aujourd'hui en tant que levier structurant, au croisement du commerce extérieur, de l'organisation des territoires et de la performance des entreprises. Au Maroc, cette mutation s'inscrit dans une trajectoire de long terme, marquée par des investissements massifs dans les infrastructures, la montée en puissance des grands ports et l'émergence d'une vision plus intégrée des flux de marchandises. À la tête de l'Agence marocaine de développement de la logistique, Ghassane El Machrafi propose, dans ce premier volet du grand entretien de «L'Invité des ECO», une lecture structurée des transformations qui traversent la logistique nationale. Comment jugez-vous la relation de l'AMDL avec ses différents partenaires institutionnels et privés ? L'AMDL s'est construite dès l'origine comme une institution profondément ouverte sur son environnement. La logistique étant, par nature, un secteur transversal, notre efficacité repose nécessairement sur une logique de convergence et de coopération étroite avec l'ensemble des parties prenantes. Le développement des zones logistiques s'effectue ainsi systématiquement en partenariat avec les régions. Cette articulation dépasse largement la seule dimension financière. Elle constitue également un levier stratégique essentiel pour garantir la pertinence des choix d'implantation. Nous disposons, depuis le démarrage de l'agence, d'études approfondies portant sur les flux, la structuration territoriale, ainsi que l'identification des assiettes foncières. Toutefois, la validation et la corroboration par les conseils régionaux apportent un niveau supplémentaire d'assurance. Elles permettent de confirmer que les projets sont positionnés au bon endroit, au niveau des nœuds logistiques les plus pertinents, là où l'optimisation de la supply chain territoriale est maximale. Notre action s'inscrit également dans une dynamique étroite avec les institutions publiques sectorielles. Le travail mené avec le ministère en charge de l'Investissement dans le cadre de la charte illustre parfaitement cette logique. Cette collaboration a permis d'intégrer pleinement la dimension logistique dans les dispositifs de soutien à l'investissement. Sur le volet de l'assistance technique, nous avons choisi de nous appuyer sur une expertise reconnue. Le contrat de gestion déléguée signé en décembre avec Maroc PME traduit cette orientation. Cet acteur dispose de compétences éprouvées, d'équipes spécialisées, ainsi que de mécanismes d'audit et de process parfaitement maîtrisés. Enfin, la relation avec le secteur privé constitue un pilier central de notre démarche. La Stratégie nationale de compétitivité logistique repose sur un contrat-programme établi avec la CGEM. Ce dernier siège au conseil d'administration de l'agence. Cette configuration reflète une conviction partagée. Elle consiste à définir avec clarté la frontière entre les responsabilités relevant de l'action publique et celles appelant l'intervention du secteur privé. Cette articulation constitue un facteur clé de cohérence et d'efficacité du dispositif logistique national.